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Yannick Faucon (EdV) : « Beaucoup de nouveaux adhérents n’ont pas d’agence physique »

S’agit-il de la « relève » ? En tout cas, Yannick Faucon observe l’émergence de nouveaux profils d’agence, en tant que président régional des Entreprises du Voyages. D’autres distributeurs n’ont toujours pas de site web…

De nombreux acteurs du voyage notent une belle reprise des réservations depuis une dizaine de jours. Vous aussi, au sein de Resaneo ?

Yannick Faucon : Oui, les réservations reprennent depuis la mi-janvier. Les gens étaient dans les starting-blocks pour partir en vacances. Mais il s’agit de ventes de dernière minute. Les prises de commandes portent sur les vacances de février. C’est un bon redémarrage, mais nous ne sommes pas dans les tendances de 2019. Le verre est à moitié plein, ce qui fait du bien, pour voir l’avenir un peu plus sereinement. Nous espérons qu’il n’y aura plus de stop and go. Nous restons prudents, la profession a été tellement échaudée au cours des deux dernières années.

Quelles sont les tendances, justement, par rapport à 2019 ?

Yannick Faucon : En termes de départs, sur février, nous sommes à 75% de 2019. En prises de réservations, nous sommes à 50% ou 60% de l’activité, sur trois ans. Nous n’avons pas vraiment de visibilité, notamment sur Pâques où nous avons peu de dossiers. D’habitude, à fin janvier, nous avons bien engagé cette période. Il faut maintenant trouver le bon équilibre entre masse salariale et augmentation du chiffre d’affaires.

Avec cette reprise, se pose un problème commun à toute la profession : la difficulté de recruter. Quelle est la situation RH chez Resaneo, depuis deux ans ?

Yannick Faucon : Nous n’avons pas mis en place de PSE. Mais 25% de nos salariés ont quitté Resaneo de manière volontaire. Suite aux confinements, ils sont partis dans le bien-être, l’immobilier, l’assurance, les énergies renouvelables. Le fait que plusieurs partent vers des métiers considérés plus vertueux ou éco-responsables montre une vraie tendance au niveau des valeurs, à laquelle notre industrie doit s’adapter. Actuellement, nous sommes donc en phase de recrutement, sur des profils de billettistes. Ce n’est pas facile de trouver du personnel formé. Avec la crise, notre secteur est beaucoup plus identifié au niveau du grand public et des médias. Mais le revers de la médaille, c’est que nos métiers ont perdu en attractivité.

Un problème lié aussi notamment aux bas salaires ?

Yannick Faucon : Pas seulement. Les salaires minima conventionnels ne reflètent la réalité, les salaires en agences sont bien plus élevés. Je connais une agence en province qui cherche un responsable d’agence, pour 2800 euros bruts, sans succès depuis trois mois. C’est un sujet que nous abordons régulièrement au niveau national des EdV, mais il n’existe pas de solution miracle… Nous ne pouvons pas nous permettre d’embaucher des personnes à un tarif plus élevés que les salariés actuels, surtout à l’heure actuelle. Il faut convaincre des jeunes à rejoindre notre industrie, qui est composé de multiples métiers passionnants. Quand la reprise sera vraiment là, il y aura un vrai bassin d’emplois.

Le point de vente n’est pas mort, mais il doit se repenser. Il faut se digitaliser.

Au niveau de la division régionale des Entreprises du Voyages (EdV) que vous présidez, combien d’agences sont adhérentes ?

Yannick Faucon : Nous réunissons environ 300 licences, en Auvergne Rhône-Alpes et Bourgogne Franche-Comté. Soit un peu plus de 450 points de vente. Le nombre est en progression. Les actions menées par les EdV au niveau national ont fait sens pour de nombreux acteurs de la profession, qui ont compris l’intérêt de nous rejoindre – sachant que l’adhésion est à moitié-prix pour les primo-adhérents. Au niveau régional, nous allons remettre en place des réunions physiques et nous prévoyons une convention régionale, sans doute en octobre, après le congrès national.

Qui sont les nouveaux adhérents ?

Yannick Faucon : En proportion, les agences traditionnelles sont minoritaires dans les nouvelles adhésions. Beaucoup de nouveaux adhérents n’ont pas pignon sur rue. Ces opérateurs reçoivent sur rendez-vous uniquement, dans des espaces de coworking par exemple. Ils peuvent aussi être à 100% sur le web et se développent sur les réseaux sociaux. C’est donc une nouvelle génération d’agences qui ne voient pas l’intérêt d’avoir un coûteux pas-de-porte en centre-ville. Les profils évoluent. Cette tendance, déjà présente aux Etats-Unis, s’est accélérée depuis la crise sanitaire. Le conseiller vend son conseil sur le modèle d’un notaire ou d’un avocat. Cela reflète de nouveaux comportements d’achat, mais n’empêche pas la rencontre physique : les gens ont besoin de se voir pour engager une relation de confiance.

Sur les réseaux sociaux, justement, des agences traditionnelles critiquent parfois l’avènement de ces « coachs », très actifs sur Internet. Votre avis ?

Yannick Faucon : Il faut que ces nouvelles agences soient immatriculées. J’ajouterais que des vendeurs quittent aussi leur agence traditionnelle, pour créer leur propre entreprise avec une nouvelle approche client : ils n’attendent pas le client, ils vont le chercher. Nous avons parlé, à netManagers (l’interview a été réalisée lors de cet événement, NDLR) de metaverses. Demain, l’agence de voyages sera sur les metaverses. Nous en sommes aux prémisses. L’immersion permettra de déclencher un acte d’achat. Ce sera plus dynamique qu’un simple catalogue.

Pour autant, le point de vente n’est pas mort, n’est-ce pas ?

Yannick Faucon : Les clients ont besoin d’être accompagnés dans toute leur expérience de voyage, c’est la vraie valeur ajoutée des agences. Non, le point de vente n’est pas mort, mais il doit se repenser. Il faut se digitaliser. Beaucoup d’agences de voyages n’ont toujours pas de site internet. C’est terrible de faire ce constat en 2022, alors qu’il y a des aides régionales pour en développer. Il est important d’avoir ce lien web et de sortir des usages de l’ancienne économie.

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