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Un hiver en pente douce

Des ventes de forfaits qui stagnent, mais un chiffre d’affaires en hausse ; une France en panne faute de neige, sans que soient vraiment dopés les départs vers l’étranger… le bilan de la saison d’hiver est contrasté. Et les perspectives estivales semblent pour l’instant plutôt moroses.

Médiocre, peut mieux faire ! En cette période de bulletins scolaires, telle pourrait être l’appréciation générale de la saison d’hiver des voyagistes français. Le baromètre semestriel (1er novembre 2006-30 avril 2007) publié le 21 juin par l’Association de tour-opérateurs/Ceto fait en effet état d’une activité en progression de 6,6 % en nombre de clients par rapport à la même saison de l’exercice 2005/2006 (à périmètre comparable). Au cours de la période, les membres du Ceto ont fait voyager 2 816 380 clients, générant un chiffre d’affaires de 2,198 milliards d’euros (en hausse de 8,9 %). Pas si mal, de prime abord. C’est bien mieux notamment que l’hiver précédent, qui s’était terminé par des compteurs à zéro, avec une hausse globale (forfaits et vols secs) infime, de 0,6 %.

Un panier moyen en hausse

Mais le commentaire doit être nuancé. D’abord parce que ce sont essentiellement les ventes de vols secs qui ont tiré la croissance l’hiver dernier, avec 845 024 passagers (+25 % au global, dont +38,5 % en moyen-courrier et +14,3 % en long-courrier). En revanche, les ventes de forfaits ont stagné en nombre de passagers, à 1 971 356 (+0,1 %). Heureusement, si le bilan est médiocre en volume, le chiffre d’affaires pour la revente de forfaits est plus glorieux. Au cours de l’hiver, la recette unitaire moyenne s’est établie à 947 E (+6,9 %) et les membres du Ceto ont engrangé au final sur ce marché un chiffre d’affaires de 1,87 milliard d’euros (+7 % par rapport à l’année précédente). Certes, une fois de plus, taxes aériennes et surcharges carburant n’y sont pas étrangères. Mais la montée en gamme de nombreux voyagistes contribue aussi sans aucun doute à cette performance. C’est vrai surtout en long-courrier. Le nombre de passagers à forfaits sur ce segment n’augmente que de 1 % (à 619 965), mais le panier moyen grimpe de 9,8 % (à 1626 E), soit au final un chiffre d’affaires long-courrier en hausse de 10,9 %, quand celui du moyen-courrier affiche une progression encore honorable de 4,6 % (avec 997 478 clients).

La France bascule sur la mauvaise pente

C’est du côté de la France qu’il faut chercher la contre-performance. L’Hexagone n’a séduit que 353 913 clients à forfaits (-9,1 %) l’hiver dernier, et la recette unitaire a chuté de 6,6 %. Le faible enneigement est sans doute la cause de cette désaffection, qui n’a profité que partiellement à l’étranger (+2,4 % de passagers). Détaillé par destinations, le baromètre semestriel du Ceto montre aussi que le bilan est contrasté suivant les pays, et donc les voyagistes.

En moyen-courrier, le Maroc et la Tunisie ont une fois encore tiré leur épingle du jeu (respectivement en hausse de 2,9 % et 3,9 % en nombre de clients), quand l’Egypte se contente d’une reprise timide (+3,9%). Les meilleures performances reviennent toutefois à la Turquie (+20 %) qui semble sortir du purgatoire, et à la Grèce (+20,6 %). Il faut signaler aussi la belle envolée de Madère (+33,5 %), boosté par le dynamisme de deux TO, Top of Travel et Euro Pauli.

L’Italie continentale s’en sort bien aussi (+10,1 %), quand l’Espagne et les Canaries sont plus à la peine. Au global, l’Europe du Sud et occidentale ont attiré 3,8 % de touristes supplémentaires, quand l’Europe du Nord recule de 2,9 % et l’Europe de l’Est de 6,2%. Ces deux dernières, très prisées en courts séjours, font indéniablement les frais de la montée en puissance des low cost et de la concurrence des agences en ligne et centrales hôtelières, qui éclipsent progressivement les TO du marché.

A la redécouverte de l’Amérique

Côté long-courrier, la République dominicaine, arrivée à maturité, déçoit un peu (-4,8 % en nombre de clients) alors que le nouvel aéroport sur la presqu’île de Samana laissait espérer une hausse des ventes. Il est vrai que la destination avait profité l’hiver précédent des déboires du Mexique. Ce dernier a retrouvé le sourire (+14,8 %), contrairement à Cuba qui n’est décidément plus à la mode (-25,5 %). Au global, la zone Caraïbes (44 % du long-courrier), recule de 6,6 %, avec en particulier des Antilles françaises en léger retrait (-2,2 %). Il faut dire qu’elles avaient engrangé l’hiver dernier les reports de la Réunion pour cause de chikungunya. L’île de l’océan Indien est toutefois loin d’être remise d’aplomb, accusant encore une baisse de 30,6 %. Ce n’est pas le cas de l’île Maurice, championne de la croissance à +46,9 % (40 401 passagers). La nouvelle desserte par Corsairfly depuis octobre et les ouvertures d’hôtels (dont le Club Med en juillet prochain) sont autant de points positifs. Dans le sillage, les Seychelles (+43,6 %) et les Maldives (+5,5 %) ont également contribué, avec des dossiers à forte contribution, au bonheur de tour-opérateurs spécialistes, comme Austral Lagons.

Côté Amériques, le Nord a retrouvé le sourire avec des Etats-Unis débarrassés du problème du passeport biométrique. Les ventes progressent de 8,7 % (ce qui reste moyen après la forte chute de l’an dernier). Le Canada est un peu moins plébiscité (+2,9 %), sans doute une déception pour des spécialistes comme Vacances Transat. L’Amérique du Sud joue les lanternes rouges, pénalisée par le Brésil qui décroche de 49,5 % ! (voir aussi page 17). C’est toutefois l’Asie qui a semblé le plus en forme l’hiver dernier (+9,7 %), malgré le Sri Lanka interdit de vente. Le Vietnam (+38,2 %) et la Thaïlande (+40,5 %) sont les plus conquérants. Asia a ainsi battu tous ses records, l’Inde n’étant pas en reste (près de 160 % d’augmentation chez le spécialiste de l’Asie !).

Cumulo-nimbus sur l’été

Qu’en sera-t-il de l’été ? Les perspectives sont tristounettes. Après des mois de février et mars corrects, les réservations ont décroché en avril (-7,9 %) et le mois de mai a été à l’avenant. L’entracte électoral y est pour beaucoup. Juin semble marquer un timide redémarrage. Mais les tensions sur le pouvoir d’achat pèsent sans doute également. C’est d’ailleurs surtout le moyen-courrier qui affiche du retard (des destinations plutôt populaires), à -11,5 % en avril, quand le long-courrier résiste bien (les Français à fort pouvoir d’achat continuent de voyager). Les TO membres du Ceto sont donc une fois de plus attentistes…

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