[Tribune] Google et l’avenir agentique dans le voyage
En 2026, le duel pour l’e-commerce agentique fait rage, et Google observe OpenAI s’épuiser à ouvrir la voie. Marco Gavira, Chief Marketing Officer de Travelier.com, explore l’avenir de l’agentique dans le voyage dans une tribune pour L’Écho touristique.
En 2026, le duel pour l’e-commerce agentique bat son plein, et Google observe avec un calme olympien OpenAI s’épuiser à ouvrir la voie. L’idée que Google doit démanteler son empire Search pour survivre est un mythe. En réalité, il lui suffit de verrouiller la position d’assistant IA personnel avant son concurrent. En gardant le contrôle sur l’intention d’achat, Google s’assure de rester le maître du jeu. Voici ce que cela signifie pour l’avenir de l’industrie du voyage.
La « Stratégie Spaghetti » de OpenAI
OpenAI a multiplié les lancements dans une sorte de « stratégie du spaghetti » : on jette tout au mur pour voir ce qui reste collé, laissant derrière soi une traînée d’outils inachevés.
Des plugins GPT au navigateur Atlas — dont la part de marché plafonne sous les 1% quatre mois après sa sortie — jusqu’à l’abandon récent du paiement instantané sur ChatGPT, ses tentatives pour s’imposer comme une plateforme d’achat B2C ont manqué de solidité et de vision à long terme
Pourquoi l’écosystème de Google est le moteur de contexte ultime
Si un agent d’IA connaît vos numéros de fidélité, vos préférences de chambre et votre budget, il ne se contentera pas de chercher sur le web. Il filtrera le monde à travers ce contexte spécifique. Il garde en mémoire cette « expérience désastreuse » avec une compagnie aérienne signalée au détour d’un e-mail, tout comme il n’a jamais oublié ce « petit coin de paradis » que vous aviez précieusement enregistré sur Google Maps. C’est là que la domination de Google devient évidente. Chaque interaction dans l’écosystème Google enrichit ce contexte :
- Gmail : Sert de répertoire principal pour les réservations et confirmations de voyage.
- Maps/Android : Fournit l’historique de localisation, les lieux favoris, les paiements de micromobilité et les données de mouvement en temps réel.
- Chrome : Collecte les comportements de navigation et les préférences d’achat.
- YouTube : Capture de la phase précoce d’inspiration et de recherche de destination.
- Google Search : décode vos futurs projets de voyage en analysant l’évolution de vos requêtes et vos signaux d’intention en temps réel.
- Google Wallet : Stocke l’historique des paiements, les documents de voyage et les cartes de fidélité.

Le géant américain intègre progressivement Gemini dans chacun de ces points de contact. Le groupe a déployé le « AI Mode » qui propose déjà une planification de voyage conversationnelle dans Canva ; il a lancé la réservation agentique pour les restaurants et événements aux États-Unis ; il a publié un assistant de productivité connectant votre e-mail, calendrier et Google Drive ; et il a lancé la recherche conversationnelle dans Google Maps. En ajoutant des capacités conversationnelles et agentiques directement dans ces outils, Google s’assure de ne pas seulement avoir des données utilisateurs encore plus profondes.
Allant plus loin, le géant de la recherche a annoncé début mars le déploiement aux États-Unis de l’intelligence personnelle (Personal Intelligence) dans l’AI Mode, l’application Gemini et Chrome, offrant des suggestions d’achat sur mesure, élaborant des itinéraires de voyage personnalisés et recommandant les restaurants d’aéroport les plus adaptés en fonction de votre heure de départ, de votre porte d’embarquement et de vos goûts alimentaires.
Google enfin une « Super OTA » ?
Cela fait plus d’une décennie que les acteurs du tourisme redoutent la mutation de Google en agence de voyages en ligne (OTA). Aujourd’hui, l’avènement de l’e-commerce agentique relance le débat : cette nouvelle habitude de consommation va-t-elle transformer le leader de la recherche en l’intermédiaire de voyage le plus puissant au monde ?
Malgré des expériences passées comme « Book on Google » et « Buy on Google », le géant de Californie a systématiquement arrêté ces fonctionnalités de paiement après avoir réalisé que gérer la transaction et l’après-service est bien moins lucratif que le modèle publicitaire. Google n’a aucun intérêt à devenir votre agent de voyages. L’acteur digital a passé les vingt dernières années à perfectionner l’art de monétiser les signaux d’intention en ventes, et le monde agentique est la prochaine frontière. Il laissera les marques de voyage gérer les réalités complexes des paiements et du service client, tout en se concentrant sur le fait de rester l’infrastructure par laquelle l’intention de voyage est « taxée ».
Comment l’industrie du voyage peut se préparer à l’ère agentique
Pour les acteurs du voyage, la simple visibilité ne suffira plus. Le marketing du voyage bascule. Il ne s’agit plus de séduire un humain, mais d’alimenter le cerveau contextuel de Google. Les marques doivent devenir « éligibles à l’enchère » pour les agents IA, en s’assurant que leur réputation et leurs données sont prêtes à être converties en achat par l’assistant de l’utilisateur.
Voici trois étapes pour garder une longueur d’avance :
- Allouer des budgets expérimentaux pour l’IA. Tout en continuant à optimiser vos campagnes de recherche existantes, commencez à expérimenter les nouvelles campagnes pilotées par l’IA de Google comme PMax et AI Max for Search. Il est crucial de prendre position maintenant, car c’est précisément sur ces formats publicitaires que Google bâtit l’infrastructure publicitaire de Gemini. Ne pas y être, c’est se priver d’un accès direct au portefeuille de l’agent IA de demain.
- Devenir une « entreprise API » : Sam Altman a noté que « chaque entreprise est désormais une entreprise API, qu’elle le veuille ou non ». Rendez votre inventaire et l’ensemble de vos flux B2B/B2C totalement « lisibles » pour les LLM*. En utilisant Schema.org comme colonne vertébrale de vos données structurées, vous assurez une indexation et compréhension fluide. Votre réussite commerciale ne se joue plus sur le clic, mais sur la qualité des signaux que votre marque émet pour convaincre l’algorithme au moment critique de l’arbitrage.
- Expérimenter les protocoles agentiques : Préparer votre pile technologique pour l’e-commerce autonome implique d’évaluer et d’expérimenter constamment les protocoles agentiques émergents. Construisez un serveur MCP d’abord pour la phase de recherche et étendez-le au shopping. Expérimentez les protocoles de navigation agentique comme WebMCP, NLWeb et Cloudflare Markdown.
Réflexion finale
Google a consacré vingt ans à bâtir l’infrastructure contextuelle nécessaire à cet avènement agentique. S’il ne va pas balayer votre mix marketing actuel du jour au lendemain, ce nouveau canal va s’imposer comme un pilier incontournable de votre marketing mix. L’ignorer aujourd’hui, c’est se priver du levier de croissance majeur de la prochaine décennie.
La question pour les marques sur Google à l’avenir ne se limitera pas à : « Comment être en première page de résultat de recherche ? » ou « Comment optimiser la page de destination pour ce mot-clé ? ». Mais aussi : « Comment s’assurer que nous sommes la première marque dont l’agent se souvient lorsque le voyageur lui demande de planifier et de réserver ses prochaines vacances d’été ? »
*Large Language Model
