« Le Quai d’Orsay n’écoute pas les professionnels du voyage », critique Richard Vainopoulos
En situation de crise, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères ne coopère pas suffisamment avec les opérateurs de voyages, selon le président de TourCom.
L’Écho touristique : Combien de clients étaient bloqués au Moyen-Orient, en Asie et en Océanie au début de la guerre au Moyen-Orient ?
Richard Vainopoulos (président de TourCom) : Nous avions environ 120 dossiers à gérer, de plus de 80 agences de voyages. Nous avons réussi à retrouver des vols que nous avons en partie pris en charge. Les clients sont désormais tous rentrés.
Les compagnies aériennes, les hôteliers et les tour-opérateurs ont-ils joué le jeu dans cette crise, d’abord pour les rapatriements et ensuite pour les reports ?
Richard Vainopoulos : Nous avons eu beaucoup de chance : les hôteliers des pays du Golfe ont payé les séjours. Les compagnies aériennes ont fait ce qu’elles pouvaient. Les tour-opérateurs ont travaillé pour opérer les rapatriements dans de bonnes conditions, mais pas tous. Je pense notamment à un voyagiste qui a annoncé un rapatriement très important depuis les Maldives. Nous l’attendons toujours.
Nous n’avons pas eu de vrais problèmes entre nous – professionnels du voyage -, mais avec le ministère des Affaires étrangères. Le dispositif fil d’Ariane, qui joue joue normalement un rôle utile d’alerte et d’informations, a été une catastrophe. Le Quai d’Orsay a demandé aux clients de directement contacter les consulats et les ambassades, mais personne n’était disponible. Nous avons eu des remontées de clients un peu inquiets – plus que d’habitude. Le ministère a même proposé à des clients de faire plusieurs centaines de kilomètres dans le désert pour rejoindre un aéroport… Des trajets longs et coûteux, qui peuvent mettre les voyageurs en difficulté, voire en danger. Nous avons dû rectifier le tir et rassurer nos clients.
Le ministère prend des décisions sans s’appuyer sur l’expérience et la connaissance des professionnels.
Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères – le Quai d’Orsay – connaît pour vous des dysfonctionnements ?
Richard Vainopoulos : Oui. Nous avons eu le même problème pendant la pandémie de Covid-19. Le ministère des Affaires étrangères avait dit aux clients « adressez-vous aux consulats ou aux ambassades, et on va vous aider », lesquels ont conseillé aux clients d’aller à l’aéroport. Les clients se sont rendus énervés à l’aéroport, où les comptoirs ont fermé. Résultat, les avions partaient vides.
Le ministère des Affaires étrangères décide parfois de déconseiller une destination ou de l’interdire sans consulter les professionnels. Il ne nous écoute pas et prend des décisions qui ne répondent pas aux problématiques. Il a ainsi conseillé aux clients en Tanzanie de prendre la voiture et le bateau (à lire, cet article sur le sujet), ce qui est plus dangereux que de prendre un vol intérieur.
Je pense que ce serait utile qu’il écoute le Seto (Syndicat des entreprises du tour-operating, NDLR) et les Entreprises du Voyage. Il serait bien également qu’il écoute les réseaux comme TourCom et Selectour, qui représentent des milliers de points de vente. Nous avons des informations du terrain. Si on nous consultait, on pourrait trouver des solutions beaucoup plus concrètes.
Le Quai d’Orsay aurait dû demander aux compagnies aériennes de respecter un tarif bas. Cela aurait permis de rapatrier les clients, non pas pour 3 000 ou 4 000 euros le billet d’avion, mais pour 500 à 700 euros.
Par exemple ?
Richard Vainopoulos : Nous le savons tous, dans la crise du Moyen-Orient, les vols de retour ont coûté très cher. Des clients ont payé le prix fort. Je pense que le Quai d’Orsay aurait alors dû demander aux compagnies aériennes de respecter un tarif bas. Cela aurait permis de rapatrier les clients, non pas pour 3 000 ou 4 000 euros le billet d’avion, mais pour 500 à 700 euros. Nous aurions ainsi réglé beaucoup plus de problèmes, rapidement.
TourCom appelle à une réflexion sur la création d’un tarif forfaitaire de retour négocié avec les compagnies aériennes, afin d’éviter des coûts prohibitifs pour les voyageurs.
Avez-vous une idée du coût global de cette crise pour les agences de voyages ?
Richard Vainopoulos : C’est très compliqué d’estimer. Pour un distributeur indépendant, qui n’est pas garanti financièrement et n’a pas la capacité de négocier avec les TO et les DMC, le coût peut être important, en frais de rapatriement. La facture peut atteindre des dizaines de milliers d’euros, ce qui est colossal pour une petite agence.
Pour les agents de voyages dans les réseaux, avec les tour-opérateurs qui ont joué le jeu, il n’y aura pas de problème. Chez TourCom, nous avons réussi à nous mettre d’accord avec des tour-opérateurs sur le partage de la prise en charge. Quant aux autres TO, qui n’ont pas joué le jeu et pour lesquels nous avons pris des décisions à leur place, nous allons prendre des décisions financières importantes.
Ça veut dire quoi ?
Richard Vainopoulos : Nous allons déduire certains montants que le client ou que l’agent de voyages n’aurait jamais déduits.
De nombreux voyagistes, agences et plateformes évoquent une baisse des prises de commandes de 20%, voire 30%. Qu’en est-il au sein des agences TourCom ?
Richard Vainopoulos : Oui, nous sommes dans cet ordre de grandeur. Nous observons une certaine appréhension. Je ne suis pas inquiet outre mesure. Nous avons une crise presque chaque année, les gens ont la mémoire courte. Et aujourd’hui, la période de réservation n’est plus concentrée sur six mois, elle court sur douze mois.
Selon vous, faut envisager un dispositif de chômage partiel pendant cette crise qui risque de durer ?
Richard Vainopoulos : À mon avis, cela ne sert à rien. Il faut que les agences soient prêtes pour le jour où l’activité va complètement redémarrer. Quand la situation va s’apaiser, les Français vont finir par réserver, dans tous les pays, y compris les États-Unis. L’Asie reprendra en vols directs. Les Seychelles et l’île Maurice aussi.
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