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Pascale Fontenel-Personne : « La vie n’est pas un long fleuve tranquille »

Membre du parti socialiste, Pascale Fontenel-Personne rejoint le Président Macron en 2017 et est alors élue députée de la Sarthe. Elle baigne dans le secteur du tourisme depuis trente ans et continue de s’y investir. Malgré des débuts houleux, elle a accepté de nous confier ce qui la guide.

L’Echo touristique : Pascale Fontenel-Personne, qui êtes-vous ?

Pascale Fontenel-Personne : Je suis une femme de 60 ans, qui a été agent de voyages pendant de nombreuses années. J’ai fait un mandat de députée de 2017 à 2022 dans le sillage d’Emmanuel Macron, comme primo-députée. J’ai fini mon mandat par choix, ne m’étant pas représentée. J’ai par ailleurs présidé le groupe tourisme pendant 5 ans à l’Assemblée nationale.

Comment passe-t-on d’un métier d’agent de voyages à le politique ?

Pascale Fontenel-Personne : Pour moi, la politique n’est pas un métier, c’est une fonction. C’est une rencontre avec Emmanuel Macron et Jean-Claude Boulard, le sénateur maire du Mans. Le projet du président était un peu d’essayer de recentrer tout le monde, et de droite et de gauche, dans un dépassement. C’est ça qui m’a intéressé. La seconde chose c’est que j’étais un peu agacée des services de l’Etat, de l’institution. Avoir l’opportunité d’aller voir dans le réacteur, c’était à ne pas manquer.

Vous êtes une déçue du socialisme ?

Pascale Fontenel-Personne : Je ne suis pas quelqu’un de déçue. Cependant, on peut faire mieux. Il faut s’ouvrir. Le principe des partis traditionnels est aujourd’hui complètement obsolète. On est dans une société hybride, qui cherche à se redéfinir par des projets de société portés par des hommes et des femmes. Le président Macron en 2017 avait un projet de société qui m’emballait, je voulais le faire, voir comment ça se passait. Il faut voir comment les choses se passent derrière, sinon la critique n’est pas objective. Je pense que je peux être très objective avec 30 belles années dans la société civile, 5 ans au Parlement, et aussi mettre de l’exigence de la société civile auprès des politiques. 

Pour communiquer, il faut du collectif.

Pour en revenir au tourisme, vous vous êtes lancée dans la partie politique du tourisme. Vous êtes macroniste, et pourtant vous parlez de « décisions malheureuses » …

Pascale Fontenel-Personne : Non ce ne sont pas des décisions malheureuses. J’ai dit que la communication avait été malheureuse sur certaines décisions. Je pense que vous parlez du Covid : on avait l’impression que ça allait rester en Chine, la pandémie a été étiquetée par le gouvernement d’une certaine manière.

J’ai la parole très libre, je considère que j’ai un peu subi cette communication du gouvernement en tout cas en mars 2020. Je suis parlementaire, élue par le peuple, dans la majorité, j’étais obligée de regarder à la télévision Edouard Philippe qui disait qu’on fermait le pays. Un petit message en amont n’aurait pas mangé de pain… Cela a été malheureux pour moi. J’ai digéré.

Après, tout le reste a été compliqué. En tout cas, je pense que pour bien communiquer, il faut du collectif. Je savais communiquer avec les citoyens localement et je pouvais certainement apporter au gouvernement des nuances, or on n’a pas toujours été entendus. J’ai fait un groupe informel sur le tourisme, avec 147 députés, et on a fait notre action qu’on a proposée au gouvernement, qui l’a reprise d’ailleurs.

Vous n’êtes plus députée, mais vous vous impliquez toujours dans la cause du secteur. Quelles sont vos envies pour la profession en général ?

Pascale Fontenel-Personne : Le tourisme est un écosystème. Ce sont des échanges de culture : entre départements, entre régions, entre pays européens et du monde. Ma vision est que l’organisation du tourisme social des vacances pour tous en France est complètement défaillante depuis 20 ans. La dernière personne qui m’a permis d’apprécier le tourisme social, c’est Michelle Demessine (ancienne ministre du tourisme, DDLR). Depuis Michelle, il n’y a rien, pas de feuille de route. La feuille de route devrait être de flécher des investissements, ce n’est pas que les aides au départ. C’est peut-être, aussi, d’aider les périodes d’ouverture sur un temps plus long de nos villages vacances et campings. Comment fait-on ? Personne n’en parle. On se réjouit de 100 millions de touristes en France, ce qui crée de l’emploi. Très bien. Mais des personnes du secteur, avec des salaires plutôt faibles, n’arrivent même pas à partir en vacances. Quand nous atteindrons le plein emploi, avec des gens qui ne pourront néanmoins pas partir en vacances, il y aura un problème social. Il faut l’anticiper.

Avec l’inflation, pensez-vous qu’il faille une aide au départ pour les Français les plus pauvres ?

Pascale Fontenel-Personne : Il y en a déjà. J’ai écrit un rapport sur les aides au départ dans les CAF.  Chaque CAF a sa propre gestion de son conseil d’administration. L’aide au départ du Sarthois n’est pas la même que celle d’un citoyen des Pyrénées Orientales, ce qui me choque. Avant de faire des chèques, réfléchissons à mettre ces aides dans un pot commun et à sa répartition. De plus, pourquoi ne pas demander aux personnes qui peuvent partir en vacances d’arrondir leurs factures d’un ou deux euros, pour contribuer aux vacances des Français qui n’en ont pas les moyens ? Je suis sûre que plein de gens le feraient volontiers.

Aider les Français à partir en vacances ? Une priorité nationale !

Vous êtes restée très socialiste !?

Pascale Fontenel-Personne : Quand je parle avec des gens dits de droite, ils pensent comme moi… Le tourisme c’est transpartisan. J’ai travaillé 25 ans avec André Trigano, on avait les clubs mais on avait aussi les campings. On utilisait les deux prismes pour faire partir un maximum de monde, en mettant également à disposition des produits de Club Med aux comités d’entreprises. J’ai toujours eu cette politique-là chevillée au corps. On pourrait le faire en France à condition de dire que c’est important. Aujourd’hui l’égalité homme femme, c’est important, le handicap aussi. Je pense qu’on doit avoir au même rang le non-départ des Français en vacances. C’est une grande cause nationale.

Pouvez-vous décrire votre parcours ?

Fontenel-Personne : J’ai eu une maîtrise en droit qui m’a fait travailler comme mandataire judiciaire pendant 8 ans. Puis j’ai rencontré André Trigano, j’ai travaillé avec lui pendant 20 ans. C’était le moment de me recentrer sur ma vie et mon parcours. J’ai ouvert ma propre agence de voyages, jusqu’à ce que je sois élue députée. Je faisais partir des seniors à la journée par groupes de 9. Même si, dans le service à la personne, on s’occupe du ménage, repassage, repas, aide à la toilette, nous passions des belles journées.

Pour vous Pascale, la vie, c’est quoi ?

Pascale Fontenel-Personne : La vie est belle, mais ce n’est pas un long fleuve tranquille. J’ai perdu mon père et mes grands-parents en 1977, la même semaine. Ça m’a projeté dans un monde où tous les matins sont des belles journées. Soyons heureux et essayons de rendre des gens heureux. Je le fais pour mon entourage. Sur cette volonté d’égalité dans le tourisme, je ne lâcherai pas l’affaire. J’ai des espaces d’écoute, merci de me donner ce micro pour pouvoir continuer d’en parler. J’ai rendu mon rapport la veille du Covid, ça n’a pas pu être entendu. J’ai retrouvé une équipe de parlementaires qui va faire monter ce sujet-là.

Vous n’avez pas été déçue de ne pas avoir été nommée ministre ?

Pascale Fontenel-Personne : Non, ça ne laisse pas assez de libertés. Si j’étais nommée avec une feuille de route plan-plan, comme l’attractivité des métiers dont on parle depuis 30 ans, cela ne le ferait pas. Je ne suis donc pas frustrée.

Considérez-vous qu’il faut absolument une parité dans les postes de direction, les ministères ou seulement de la compétence ?

Pascale Fontenel-Personne : On a été obligés de faire une loi pour l’égalité homme-femme. C’est absolument dingue. Tant qu’il n’y a pas de parité, je suis pour cette loi, qui a néanmoins des limites. J’ai créé un mouvement qui s’appelle « Les Simone » dont Edith Cresson est notre présidente d’honneur. On a beau être arrivées au Parlement avec le même type d’élection, la même rémunération, le même temps de parole, il y a toujours un homme pour vous dire : « c’est super ce que tu fais, mais tu n’es pas prête pour l’hémicycle ! ». Il subsiste une espèce d’idée d’invisibilisation de la femme. Je pense que, oui, il faut continuer cet principe d’égalité. Je dis toujours à Marlène Schiappa (secrétaire d’État à l’économie sociale et solidaire, NDLR), pourquoi se priver d’avoir encore plus de femmes mais en même temps aussi de la compétence ? La nouvelle génération va beaucoup moins souffrir que moi qui ai 60 ans. Dans cette génération, les garçons ne se posent pas la question, il n’y a pas de sujet, tu es quelqu’un. Les jeunes sont dans les missions, ils ne sont pas dans les 35h en CDI, ils ne veulent plus de ça. Ils vont traiter la société complètement différemment, c’est pour cela que les partis traditionnels sont complètement has been. Je suis pour la liberté de choisir son avenir professionnel – c’était l’une de nos belles lois. La liberté aussi de choisir la façon dont on veut vivre sa rémunération, sa hiérarchie, son métier.

1 commentaire
  1. Bernard Personnaz dit

    Génial cet article ! On sort des sympathiques articles de Dominique Gobert que je m’amuse toujours à lire, et je me délecte en lisant celui-ci, profond, motivé, plein de vérités d’une personne qui dit ce qu’elle pense. C’est sûr que la vie (politique) n’est pas un long fleuve tranquille…

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