Métiers du tourisme : comment faire son chemin ?
Constat : les diplômés en tourisme rencontrent parfois des difficultés à s’insérer dans le milieu professionnel.Contexte : les attentes des professionnels et celles des jeunes diplômés ne coïncident pas toujours.Enjeu : avec l’aide des professionnels, il faut savoir évaluer ses besoins et ceux de l’entreprise, pour éviter les surprises et les désillusions.
Pas toujours évident de se sentir comme un poisson dans l’eau lorsque l’on plonge dans le grand bain du tourisme ! BTS, licence ou master, c’est bien souvent le même combat : les jeunes diplômés se retrouvent propulsés dans le monde du travail sans s’y être réellement projetés.
Comment, avec pour seul bagage son diplôme et ses stages, prouver que l’on correspond au profil du poste ? Pour Simon, la tentative s’est soldée par six mois de chômage. Quant à Ophélie, elle n’a pu que grappiller quelques jobs au gré de la saison touristique. Claire s’imaginait vendre le Kenya et ses safaris. Polarisée sur la vente en agence, elle ne soupçonnait pas toutes les voies qui s’offraient à elle. Si elle n’avait pas poussé la porte de OHLALA (Loire-Atlantique Tourisme), elle ne serait peut-être même plus dans ce secteur d’activités.
Être titulaire d’un même diplôme ne veut pas dire s’engager sur un même parcours. Sur les 17 étudiants de la promotion 2005 du BTS VPT du lycée Sacré-Coeur de Nantes, un seul est aujourd’hui chef de produit, deux sont forfaitistes, quatre agents de voyages, un travaille dans l’événementiel, trois autres sont respectivement responsable de l’hébergement, réceptif à l’étranger ou agent d’escale, alors que les six restants ont quitté le tourisme.
La formation prépare-t-elle si bien à la réalité du métier ? L’apprentissage est normé et sécurisant, ce qui est parfois loin d’être le cas dans la réalité du monde professionnel. « En stage, j’étais très encadré alors qu’en débutant mon premier emploi ce fut le grand saut dans l’inconnu », explique un ancien étudiant « J’ai été surpris par la diversité de la clientèle, loin des stéréotypes de la formation », souligne un autre… Le débutant qui n’a pas cerné tous les impératifs du secteur comme l’accueil du client, les horaires élastiques, l’adaptation à des outils inconnus, peut être rapidement perdu et déçu.
La première expérience s’avère souvent déterminante dans la façon d’appréhender son avenir professionnel. Si elle ne se déroule pas bien, l’étudiant ou le jeune diplômé est parfois tenté de se détourner ponctuellement ou durablement d’un métier, voire du tourisme. « Lors de mes stages, je n’ai pris aucun plaisir dans ce travail », témoigne Virginie, qui a mis huit ans avant de revenir au métier d’agent de voyages. Anaëlle n’a jamais pu s’y adapter ; elle a finalement choisi de devenir conseillère en assurances.
Pour se préparer au mieux à faire le grand saut une fois le diplôme acquis, les étudiants veulent se rassurer en collectant le plus d’informations possible, qu’ils n’estiment pas toujours avoir. Mélanie voudrait ainsi assister à plus d’interventions professionnelles afin de découvrir davantage de métiers. D’autres pensent ne pas être assez au courant des possibilités de spécialisation après leur cursus, pourtant utiles pour faire carrière. Gaëlle est ainsi devenue chef de réception dans une résidence hôtelière à 25 ans grâce à une licence pro « responsable d’accueil ». Parfois enfin, le prolongement des études, l’indécision ou le besoin insatiable d’informations cachent parfois une hésitation à se confronter à un monde de travail toujours plus exigeant.
Les nouveaux impératifs du secteur conditionnent un parcours. « La vente en ligne n’est pas à la base un métier d’agent de voyages mais ce sont pourtant eux qui le font. Nos métiers sont dans des schémas différents ; aujourd’hui la réflexion s’engage vers de nouveaux métiers » constate Olivier de Boüard, directeur de l’agence LTI à Nantes.
Les jeunes ont tendance à mettre en avant leur diplôme, or ils sont très nombreux à le détenir. L’acquis est un pré-requis, mais il ne fait pas vraiment la différence au départ : « Accéder à un premier poste signifie vendre son potentiel, sa volonté, son dynamisme avant même son diplôme », déclare Sandrine Billière, responsable des ventes E. Leclerc Voyages qui regrette de voir les professionnels exiger bien souvent une expérience de deux à trois ans lors des recrutements. Le réseau a fait le choix inverse et recrute à chaque ouverture d’agence, un étudiant fraîchement diplômé et ce, afin de faciliter son insertion.
« Suis-je fait pour ce métier ? » C’est en se confrontant à la réalité qu’on y trouve la réponse. « Je ne me sentais pas bien dans la formation, mais la confiance d’un maître de stage m’a fait changer d’avis », se réjouit Simon. Ils sont nombreux ainsi à devoir beaucoup à leur période de formation en entreprise. Se plonger dans le milieu professionnel est le meilleur moyen de faire son nid. « Les stages sont une opportunité à ne pas négliger, une occasion en or de décrocher un premier emploi », témoigne Harald. Ce n’est toutefois pas un sésame.
FAIRE PREUVE DE TENACITÉ
La ténacité est peut-être la vraie clé de la réussite.Maître de son destin, c’est à l’étudiant de se renseigner auprès des professionnels et enrichir son carnet d’adresses en utilisant toutes les sources d’informations, y compris le bouche à oreille. De cette manière, il peut mieux apprivoiser le monde du travail dans lequel il veut évoluer et, même, se sentir prêt à le conquérir.
D’autres éléments sont à prendre en compte pour se sentir bien dans son premier job. Culture géographique et techniques de vente sont des notions abordées au cours de la formation, mais nécessitent d’être approfondies en lisant la presse professionnelle par exemple. « Il y a un manque de connaissances en géographie ! », condamne Françoise Kunzer, responsable chez 1001 Croisières à Nantes. Pour Steeve, conseiller en voyages, c’est une préparation psychologique à l’entretien commercial qui lui a manqué : « Passer d’un client sympa à un client caractériel peut vite déstabiliser, je n’y étais pas préparé ».
Le jeune diplômé doit, en outre, faire preuve de mobilité en quittant sa région d’origine. Simon, après sept mois à Prague chez Transavia, se voit maintenant travailler dans un pays anglophone. Mathilde s’est envolée en Égypte pour devenir représentante dans un hôtel club. Enfin, c’est la souplesse d’esprit qui a permis à Ludivine, agent d’aéroport, de porter son uniforme comme une seconde peau, alors qu’elle refusait au début jusqu’à l’idée de porter un uniforme.
Mais pour réussir, l’important est d’avoir envie, de bien tenir un cap défini, mais aussi se donner le droit à l’erreur. « Il n’y pas de règle pour s’insérer, on a tous nos caractères, nos ambitions », glisse d’expérience Olivier de Boüard.
« Accéder à un premier poste signifie vendre son potentiel, sa volonté, son dynamisme, avant même son diplôme », déclare Sandrine Billière.
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