Portugal : l’enquête sur l’accident de funiculaire à Lisbonne franchit une nouvelle étape
L’enquête sur les causes de l’accident de funiculaire doit livrer de nouvelles conclusions sur ce tragique déraillement, qui a mis à nu le manque de sécurité de ce moyen de transport iconique de la capitale portugaise.
L’enquête suite à l’accident meurtrier de funiculaire qui a fait 16 morts début septembre à Lisbonne avance vite. Après une première « note informative » publiée trois jours après le drame, le Bureau d’enquête sur les accidents aériens et ferroviaires (GPIAAF) dévoilera son « rapport préliminaire » ce lundi en fin de journée.
Un rapport final susceptible de formuler des recommandations de sécurité est prévu dans un délai d’un an. Si ce délai ne peut être respecté, les enquêteurs pourraient publier un rapport intermédiaire pour faire le point sur l’avancée des investigations. Le 3 septembre, une des deux cabines de l’emblématique « ascenseur de Gloria », l’un des trois funiculaires historiques de Lisbonne, a dévalé cette rue pentue à toute vitesse et déraillé avant de s’écraser contre un immeuble, faisant 16 morts et une vingtaine de blessés.
Des travaux de maintenance toujours réalisés dans les délais
Parmi les personnes décédées, huit hommes et huit femmes âgés de 36 à 82 ans, se trouvaient cinq Portugais et onze étrangers. Le funiculaire de la Gloria, qui date de 1914 dans sa configuration actuelle, est composé de deux wagons jaunes, pouvant accueillir 42 personnes, qui montent et descendent alternativement par un système de contre-poids, un dénivelé de 45 mètres sur 276 mètres de long.
Selon les premiers éléments d’enquête communiqués par le GPIAAF, l’accident a été provoqué par « la déconnexion du câble entre les deux cabines », au niveau du point de fixation de celle qui venait de commencer sa descente. « L’inspection visuelle programmée, réalisée le matin du jour de l’accident, n’a détecté aucune anomalie sur le câble », avaient précisé les enquêteurs dans leurs premières conclusions.
Le patron du gestionnaire des transports lisboètes, Carris, a plusieurs fois affirmé après l’accident que les travaux de maintenance, effectués depuis plusieurs années par un sous-traitant, étaient toujours été réalisés dans les délais.
« C’est une faille structurelle de sécurité »
Mais les points de fixation du câble aux cabines ne sont visibles qu’au moment de leur remplacement, tous les deux ans, explique l’expert Carlos Neves, président du collège d’ingénierie mécanique de l’Ordres des ingénieurs. Les éléments préliminaires du GPIAAF ont également établi que le conducteur de la cabine avait bien activé les deux systèmes de frein dont elle dispose, mais ceux-ci n’étaient pas conçus pour arrêter le wagon sans l’aide de l’effet de contrepoids.
« C’est une faille structurelle de sécurité », résume Carlos Neves. « Ce qui est dramatique, c’est que nous avions une bombe à retardement entre les mains. (…) Comment se fait-il qu’un transport en commun ne disposait pas d’un système de sécurité efficace? C’est selon moi la grande question à laquelle il faut répondre », a-t-il ajouté.
Cet ingénieur s’étonne notamment qu’un déraillement sans gravité survenu en 2018 n’ait pas conduit à un renforcement des dispositifs de sécurité du funiculaire de Gloria. Selon lui, il « ne disposait même pas d’un capteur de charge ». Les autres funiculaires de Lisbonne, dont l’activité a été suspendue par la mairie de Lisbonne le temps d’évaluer leurs conditions de sécurité, restent pour l’instant à l’arrêt.
