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Marsans : une claque de fin pour le marché

La défaillance de Marsans met en lumière des questions récurrentes, ainsi celles des délais de paiements et de la trésorerie des tour-opérateurs. Elle laisse aussi le champ libre à des concurrents pour récupérer des parts de marché bienvenues en ces temps de crise.

Pas de miracle pour Marsans ! La liquidation a été confirmée le 30 avril sans attendre le délai de deux mois prévu lors de la mise en redressement judiciaire le 15 avril. Le sort du tour-opérateur, en mal de trésorerie depuis des mois avec un besoin récurrent de 2 ME non pourvu, était en fait réglé dès lors que les ventes ont complètement cessé après l’annonce du dépôt de bilan. Sans rentrée d’argent ni perspective rapide de reprise, il ne restait plus qu’à jeter l’éponge, ce qu’a fait l’administrateur judiciaire. En quinze jours, le rideau est tombé sur Marsans, acteur majeur de la scène touristique française depuis vingt-cinq ans. Les causes de cette défaillance sont multiples, de l’ancienne maison mère espagnole Viajes Marsans, elle-même en difficulté financière, qui a ponctionné sa filiale et l’a cédé, aux abois, en début d’année à un fonds d’investissement douteux ; en passant par une stratégie à risques (stocks et affrètements massifs), réclamée par les réseaux mais mal maîtrisée. Bruno Gallois, ancien directeur général du TO, reconnaît que son avenir sur les Caraïbes (60% du chiffre d’affaires) était « compromis » dans un marché hyperconcurrencé par les trois grands (TUI, Thomas Cook, Transat). Bref, le voyagiste paye sa fuite en avant. Et ses partenaires aussi. Même si l’impact sur la clientèle a été heureusement limité.

DES AGENCES SONT TRÈS PÉNALISÉES

Il faut dire que les professionnels ont assuré. Chez AS Voyages, la cellule de crise « Marsans » est toujours active. Au siège, trois personnes sont chargées d’aider les agences et de veiller aux bonnes relations avec les fournisseurs. Tous les dossiers sont en cours de reprotection. François-Xavier De Boüard, coprésident du réseau, estime que plus d’un millier de clients ont été touchés et que le montant total des dossiers s’élève à 900 000 E, dont 600 000 E pour les groupes. « TUI a particulièrement pris le relais sur la République dominicaine, Fram sur la Croatie », indique-t-il. Le réseau étudie aussi une solution sous forme de compensation, pour « aider les agences qui devaient faire partir des groupes à limiter les pertes ». Contrairement aux acomptes de la clientèle individuelle qui passent par la centrale de paiement, ceux versés pour les groupes sont directement perçus par le fournisseur. Ces agences sont aujourd’hui les plus pénalisées. Elles seraient, tous réseaux confondus, une cinquantaine, avec plusieurs centaines de clients sur les bras. AS Voyages pourrait utiliser le « trop-perçu » encaissé pour les départs du mois de mars pour aider ces groupes et certains individuels qui ont dû repayer leur chambre d’hôtel à destination. Le réseau prévoit de prendre en charge à hauteur de 20 % les frais engagés par les clients sur place les premiers jours des difficultés de Marsans, à condition que le client fournisse à son agence une facture des nuitées supplémentaires. De son côté, TourCom « a trouvé une solution pour 80 % de ses clients », estime Richard Vainopoulos, le président. Le plus difficile, selon lui, est de reprotéger les clients croisières. « Il est bien plus compliqué d’obtenir un visa et une place d’avion ou de bateau pour un voyage en Russie qu’un nouvel hôtel en République dominicaine », note-t-il. Manor n’a pas eu de « gros pépins », constate Jean Korcia, son président, bien qu’il n’ait pas encore de centrale de paiement. « Pour la clientèle individuelle, nous avions un accord de gré à gré avec paiement après le départ », indique-t-il. Une entente également valable pour les agences du Cediv : « Seul un groupe devait partir et a eu son acompte encaissé sur un total de 250 pax. » Aurait-on pu éviter tout cela et Marsans trouver un repreneur ? Oui, dit aujourd’hui Helmut Stuckelschweiger, le PDG de Top, qui s’est porté sur les rangs (ainsi que quelques autres dont Travel&Co, la maison mère d’Australie Tours) dès la défaillance annoncée, mais a renoncé, la liquidation n’ayant pas été assez rapide. « J’étais prêt à reprendre l’activité Transtours, croisières et Europe centrale dans les trois jours qui ont suivi le redressement, précise Helmut Stuckelschweiger. C’était une prise de risque mais dans notre business modèle, un bon complément d’activité. » Les déclarations « prématurées, ambiguës voire frauduleuses » de Croisieurope qui dans un communiqué disait envisager de reprendre les croisières en Russie ont stoppé net le processus. « Rien n’était signé sur place avec les fournisseurs, l’aérien n’était pas assuré mais cela a jeté un peu plus le trouble. Je n’avais plus envie de me battre quand certains ont des méthodes de rapaces », explique le patron de Top. Le TO a malgré tout récupéré « un peu de business » : « 90 % des 2 000 clients groupes et individuels inscrits sur la Croatie ont été reprotégés chez nous. » Et il essaie d’arranger au mieux les choses pour les agences groupes qui avaient prépayé Marsans. « Nous les reprenons au tarif que leur avait proposé Marsans, précise Helmut Stuckelschweiger, ce qui est un cadeau vu les prix que pratiquait le TO. » Martine Grasser, directrice de TravelEurope qui récupère aussi des groupes sur la Croatie renchérit : « Si cela pouvait inciter les agences à mieux choisir leurs fournisseurs. À brader, on finit par mettre tout le monde dans une situation difficile. » Claudette Doute de Monde Actuel Voyages à Charleville-Mézières (08), qui a plusieurs groupes « plantés », témoigne : « Nous avons mis un mouchoir sur les sommes déboursées, tout fait pour recaser nos clients, même à un coût supérieur, ce qui fait que nous sommes perdants deux fois. Si cela peut inciter les comités d’entreprise à continuer à passer par les agences qui jouent un vrai rôle de tampon de sécurité financière plutôt que de traiter en direct, c’est au moins une bonne chose. Car la crise n’est pas terminée, il y aura d’autres défaillances de TO. »

DES CONCURRENTS EN EMBUSCADE

En attendant, certains profitent de la disparition de Marsans. Le groupe Transat en premier lieu, qui s’est positionné en force, sur les Caraïbes, dès l’annonce de la liquidation. Vacances Transat et Look annoncent pour l’été et l’hiver prochain la mise en place d’un plan de vols supplémentaires opérés par XL au départ de Paris dès les mois de juillet et août, et de cinq villes de province cet hiver (Bordeaux, Lyon, Marseille, Nantes et Toulouse avec un vol direct pour Punta Cana), soit quelque 16 000 sièges et… autant de clients potentiels engrangés. Un troisième club Lookea 5, le Catalonia Bavaro, ouvrira en novembre 2010. « Nous voulions depuis longtemps nous développer au départ de province, explique Patrice Caradec, président de Transat France. Marsans nous laissait peu de place. » Pour le coup, Transat a les coudées franches même si les groupes TUI et Thomas Cook sont, eux aussi, en embuscade. Une belle bataille en perspective. Qui a dit que le malheur des uns… ?

Le voyagiste paye sa fuite en avant. Ses partenaires aussi. Même si l’impact sur la clientèle a été limité.

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