Les Français laissent l’Égypte en jachère
Un an après la révolution, la destination reste à l'arrêt sur le marché français. TO et agences perçoivent un frémissement sur les vacances scolaires des prochains mois, mais n'espèrent pas de vraie reprise.
Elles ont toutes les deux connu un printemps 2011 révolutionnaire, des élections et une mise en quarantaine touristique. Mais depuis début 2012, le parallèle entre la Tunisie et l'Égypte ne tient plus. Sur le marché français, alors que les ventes vers la Tunisie redémarrent, la destination Égypte reste désespérément à l'arrêt. D'après les TO, l'hiver qui s'achève est marqué par un recul du nombre de passagers d'environ 40 à 50 %, soit une tendance à peu près comparable à celle de l'été dernier. Et même si Nahed Rizk, directrice de l'OT égyptien en France, tempère le constat en assurant que « les agences en ligne vendent plutôt bien », elle reconnaît que la fréquentation française en janvier était en recul de 42 % par rapport à l'an dernier.
LES TO ONT LARGEMENT RÉDUIT LA VOILURE
Malheureusement, les mois qui arrivent s'annoncent à peine meilleurs. Seule bonne nouvelle : « on enregistre de la demande sur les vacances scolaires de Pâques, mais en mer Rouge uniquement, note Annabel Judam, conseillère de vente chez Génération Voyages, à Lille. Certaines dates sont déjà assez pleines, et vendues aux prix brochure. » Plus loin dans la saison, Michel Quenot, directeur de la production de Look Voyages, dit aussi sentir « un retour de la demande pour juillet et août ». Mais pas de quoi fanfaronner. « Si on arrive à faire voler un avion sur toute la saison, on sera déjà content », poursuit-il. Avec le même ton, Xavier Ode, le responsable de production Égypte de Fram, estime que « ce sera un miracle si on atteint les 6 000 pax sur l'année, alors qu'on était à 22 481 clients en 2010… ».
Au final, tous les TO ont donc largement réduit la voilure. À titre d'exemple, Look a suspendu jusqu'à juillet les opérations de son club Lookéa d'Hurghada tandis que Fram a décidé de fermer à la vente son Framissima de Taba à partir du 14 avril. « On a pris cette décision après les enlèvements qu'il y a eu ces dernières semaines dans le sud Sinaï », explique Xavier Ode. Depuis ces événements, le Ceto a appelé les TO à suspendre les excursions dans la région et le Quai d'Orsay a placé la zone en orange. Un mauvais signe de plus, alors que c'est la peur de l'insécurité (réelle ou supposée) qui semble continuer à bloquer le retour des Français.
Tout le monde attend donc, dans un premier temps, que les élections présidentielles prévues en Égypte les 23 et 24 mai prochains clarifient davantage la situation politique. Le ministre du Tourisme, Mounir Fakhry Abdel Nour, en visite à Paris cette semaine, devait par ailleurs présenter « la charte du tourisme que vient de voter le Parlement égyptien, qui réaffirme les libertés individuelles des visiteurs étrangers », commente Nahed Rizk. Mais réalistes, les professionnels portent déjà leurs espoirs sur 2013. « On a parié, en établissant nos prévisions, sur une reprise à partir de la Toussaint », lâche Louisa Rouar, DG de STI.
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