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Les Civets, ces nouveaux marchés qui font saliver la France

Après les Brics, première génération des pays émergents, une deuxième vague de marchés à fort potentiel attise les appétits. Le tourisme français commence à s'y intéresser.

La France se tourne vers les « puissances moyennes » et entend le faire savoir. Voilà en substance le message qu'a délivré Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, en déplacement en Thaïlande et au Cambodge il y a quelques jours. Un mot d'ordre que le tourisme français aurait toutes les raisons de faire sien. Car après les fameux Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud), de nouveaux pays émergents sont en train de devenir les réservoirs de voyageurs de demain. Friands d'acronymes, les analystes leur ont donné un nom appétissant : les Civets, qui rassemblent la Colombie, l'Indonésie, le Vietnam, l'Égypte, la Turquie et l'Afrique du Sud. Un autre groupe, baptisé Mist, regroupe quant à lui le Mexique, l'Indonésie, la Corée du Sud et la Turquie.

Chez Atout France, le sujet est d'ores et déjà sur la table, avec deux priorités : comprendre les attentes de ces nouvelles clientèles et identifier les professionnels locaux à même de commercialiser la destination France. Le travail d'approche mené par les bureaux de l'agence à l'étranger (dont ceux de Johannesburg, ouvert dès 1987, Dubaï, qui s'occupe de la Turquie, ou Bogota, en Colombie) commence d'ailleurs à porter ses fruits. Lors du prochain salon Rendez-vous en France, fin mars, « nous attendons trois TO colombiens, deux indonésiens, deux vietnamiens, six égyptiens, six turcs et huit sud-africains, accompagnés de journalistes », note ainsi Christian Mantei, DG d'Atout France.

 

EN TOURNÉE DANS LES PAYS CIBLES

 

Mais cela ne signifie pas pour autant qu'il suffira de se baisser pour ramasser les clients. « Dans plusieurs de ces nouveaux marchés, l'offre se résume à des tours d'Europe en groupes et en autocars, organisés de bout en bout par de grandes agences réceptives européennes dont aucune n'est française, commente Paul Roll, directeur de l'Office de tourisme et des congrès de Paris. Les TO indonésiens, par exemple, cherchent un interlocuteur unique qui réserve tout et fournit des prestations dans la langue de ses clients. Le défi pour les professionnels français est donc de les convaincre de dépackager la prestation. » Un message qu'une dizaine d'entreprises parisiennes (hôtels, cabarets, grands magasins…), accompagnées de l'OT, vont justement tenter de faire entendre dans quelques semaines lors d'une tournée en Thaïlande, Malaisie et Indonésie.

 

DES VOLUMES TROP FAIBLES POUR DÉLIVRER DES PRESTATIONS SPÉCIFIQUES

 

Un voyage du même genre a également été organisé récemment en Turquie. « Nous y avons participé, car ce pays fait partie, avec le Mexique, des deux nouveaux marchés identifiés l'an dernier comme prioritaires », commente Corrine Le Cam, directrice commerciale du groupe City Vision. Les premiers résultats sont déjà spectaculaires : en un an, le nombre de clients mexicains du réceptif est ainsi passé de quasiment zéro à plusieurs milliers. Un succès qui s'explique, selon Corrine Le Cam, « par le fait qu'ils voyagent beaucoup en individuel, parlent espagnol (l'une des 17 langues proposées par l'agence, Ndlr) et ont des attentes produits comparables aux nôtres. »

Est-ce à dire que les professionnels français pourront réussir à capter ces nouveaux marchés sans adapter leur offre ? « Pour l'instant, les volumes restent trop faibles pour qu'on puisse délivrer des prestations spécifiques à ces nouvelles nationalités », répond Olivier Cohn, DG de Best Western France. À l'échelle globale, le groupe hôtelier s'est d'abord mis en tête d'implanter des établissements de sa marque dans ces nouveaux pays émergents. « C'est un vecteur de notoriété qui servira ensuite à attirer dans nos hôtels français des voyageurs issus de ces marchés », reprend Olivier Cohn. Sans compter que les efforts commerciaux butent encore, aujourd'hui, sur des obstacles qui ne relèvent pas des professionnels du tourisme. Sans assouplissement des procédures d'attribution des visas, notamment, certains Civets pourraient bien rester de simples amuse-bouches pour le secteur…

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