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L’édito de Dominique Gobert : les coulisses d’une semaine éprouvante, pour que le tourisme français survive

C’est la guerre, a dit président Macron. C’est vrai. Non seulement des humains meurent par milliers, mais toute l’économie mondiale est laminée. Le tourisme, industrie majeure, n’est pas épargnée. Et comme d’habitude, la France, résiste, encore et toujours…

Ce matin, alors que nous sommes confinés dans nos cavernes respectives, il va falloir affronter une nouvelle journée, pendant laquelle l’ordonnance instituant pour les professionnels du tourisme -cette sorte de moratoire sur les remboursements- va être adoptée en conseil des ministres.

Ça n’aura pas été simple. D’autant plus qu’en France, le tourisme n’a jamais été considéré comme une activité prioritaire dans notre économie. Mais voilà, en France, nous avons des professionnels passionnés courageux et souvent intelligents… pour la plupart !

Et contrairement à ce que pensent certains gros voyagistes industriels, ils ont des idées et pour beaucoup d’entre eux, ont constitué -bien en amont de la catastrophe- ce que je pourrais appeler le comité de résistance. Ils se sont baptisés eux-mêmes les « amis du voyage », rebaptisée face à la montée de la crise « la meute des voyagistes ».

Leurs noms ? Rial, Caradec, Abitbol, Capestan, Chikli, Nadir, Salaün, Kervella, et beaucoup d’autres, lesquels n’ont pas attendu la chute annoncée de leurs entreprises pour réfléchir en amont au moyen de résister.

Problème : que faire face à un inéluctable arrêt, rapide, des voyages, face à des clients qui voudraient récupérer immédiatement les sommes, parfois conséquentes, versées pour des voyages annulés ?

Rembourser, c’était immédiatement ou quasi immédiatement déposer le bilan, la trésorerie des uns et des autres n’étant pas, loin de là, suffisante pour absorber la panique qui devait s’ensuivre.

C’est Caradec, patron des Bravo Clubs, qui aura l’idée. Pourquoi ne pas adopter, à l’instar du gouvernement italien, une loi instituant que l’on ne rembourserait pas les clients immédiatement, mais au contraire, on leur offrirait la possibilité de reporter leur voyage… une fois la crise passée. Et sur une période de temps assez longue, de façon à laisser passer l’orage sans léser ni les entreprises, ni les clients ? Bravo l’ami !

Dans un premier temps, c’est Jean-Baptiste Lemoyne qui est contacté. Réaction immédiate : « Je m’en occupe »… et il suivra l’affaire jusqu’au bout avec le succès qu’on lui connaît pour les professionnels.

L’idée était lancée, approuvée unanimement. Seulement, faire bouger l’Etat, c’est pas de la tarte, si je puis me permettre. Là, c’est Rial, lequel ne voulait pas trop être cité dans ces coulisses, qui va intervenir dans un premier temps. Parce que le bougre, non seulement il a les moyens de défendre son entreprise, celles de ses copains, mais, cerise sur le gâteau, il a un bon carnet d’adresses et connaît personnellement Bruno Le Maire, le chef de Bercy.

Je n’ai pas l’habitude d’être très indulgent envers cet homme, mais force est de lui reconnaître une réactivité immédiate. « Nous avons besoin, lui dira Rial en substance, que le Code du tourisme soit provisoirement « oublié » et que, au lieu de rembourser immédiatement nos clients sur des prestations annulées, nous puissions leur offrir un « avoir » … durable dans le temps ! »

Banco, dit le ministre, voyant probablement s’éloigner le spectre d’une série de faillites…

Seulement, comment faire bouger cette administration, lourde, pesante, tous ses rouages, en passant par la DGCCRF et d’autres structures ? Jean-Pierre Mas et Valérie Boned pour les EdV, René-Marc Chikli pour le Seto et tant d’autres ne ménagent ni leur temps, ni leur sommeil… mais c’est long !

Là, c’est encore un autre personnage majeur de la profession, largement décrié par des jaloux frustrés, qui va intervenir. Vite. Texto à Nicolas Sarkozy, son invité à deux congrès Selectour et pour lesquels cette initiative avait été largement moquée par certains grands penseurs de la profession.

Réponse dans les 20 secondes suivantes, rendez-vous avec l’ancien président de la République dès le lendemain. Pour info, le texte du SMS envoyé par Abitbol que je cite : « Cher Nicolas, au secours, je suis dans la merde » !

Alain Capestan, le « Grand Manitou politico-juridique » du comité de résistance, accompagne Laurent Abitbol. Chapeau Sarko, en deux coups de cuillère à pot, quelques coups de téléphone, et tout sera réglé, en parfaite coopération avec Bruno Le Maire et ne l’oublions pas, Jean-Baptiste Lemoyne, lequel aura tout au long du parcours, accompagné ce projet… malgré les quelques coups de griffe de Bercy.

Opération coup de poing avec d’un côté Rial par SMS, prenant en tenaille le cabinet de Bercy, et de l’autre côté Valérie Boned et René-Marc Chikli.

L’ordonnance sera promulguée ce matin, après le conseil des ministres.

En revanche, quid des rapports entre Iata et les professionnels du tourisme ? Pour Jean-François Rial, cette organisation, « la Fifa du voyage », comme il la décrit, qui impose des règles unilatérales qui changent sans la moindre concertation, sans le moindre contre-pouvoir, c’est inacceptable. Nous sommes d’accord pour payer, à condition que l’argent reste en France. En revanche, il est indispensable que Iata mette enfin en place une caisse de garantie pour ses compagnies aériennes qui connaissent faillite sur faillite.

Rial ne voulait pas être cité. Il m’a confié cependant sa grande reconnaissance envers Le Maire et Lemoyne… Je prends !

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