La Libye filtre ses touristes
Le durcissement des formalités d’entrée en Libye risque de coûter cher à la destination. Car si l’incidence est minime pour les TO, les croisiéristes pourraient supprimer Tripoli de leurs escales.
L’excentrique colonel Kadhafi, chef de l’Etat libyen, a encore frappé ! Hier nouvel ami des Européens, le voici qui se met à dos une partie du monde touristique. Dimanche 11 novembre, la destination méditerranéenne a décidé de durcir la règlementation en matière d’entrée et de sortie de son territoire, imposant aux visiteurs du Vieux Continent de présenter une traduction de leur passeport en arabe.
Pas de préavis pour l’occasion, mais une mise en application immédiate, qui a laissé sur le carreau 172 Français à bord d’un vol d’Air Méditerranée, affrété par Go Voyages (le TO est engagé sur 1 vol Paris-Sebah tous les dimanches, jusqu’à fin mars). Dans les airs au moment de cette décision, ils ont dû rebrousser chemin une fois sur le sol libyen, n’ayant pas le sésame nouvelle version. A l’inverse, 83 passagers hexagonaux qui attendaient à l’aéroport de Sebah n’ont pas pu embarquer pour rentrer à Paris. Go Voyages a été contraint d’affréter un vol supplémentaire pour les rapatrier, le lendemain.
Depuis cette coûteuse mésaventure, les procédures se sont organisées, relayées sur le site Internet du quai d’Orsay : la Libye exige la traduction en langue arabe du titre de voyage (page d’état civil du passeport) par un traducteur assermenté, dont le cachet officiel doit figurer sur le document traduit. Coût : 50EE, qui viennent s’ajouter au prix du visa.
Des voyageurs avertis
Les TO programmant la destination (beaucoup de spécialistes du désert, de la randonnée et des circuits culturels) regrettent ce durcissement des formalités mais ne se montrent pas inquiets quant à l’avenir de leur production. Les voyageurs qui vont en Libye sont des personnes «averties». Ils savent que certains pays sont plus «compliqués» que d’autres, et s’adaptent, analyse Jane Jaffart, chez Intermèdes. Le TO culturel prendra toutefois à sa charge les 50EE pour les clients inscrits sur le prochain circuit Libye, en fin d’année.
En revanche, la pilule est plus dure à avaler pour les croisiéristes. Ils n’ont pas à bord un groupe de 30 personnes mais parfois plusieurs milliers de passagers, qui débarquent pour un ou deux jours seulement, nécessitant une certaine souplesse dans les formalités d’entrée en Libye. Mais il semblerait que les autorités ne l’entendent pas de cette oreille. MSC, Costa Croisières et CroisiFrance, qui n’ont pas pu débarquer leurs passagers à Tripoli le 11 novembre, ont rerouté leurs paquebots vers Tunis, Naples ou Palerme. Ils ont dû aussi rayer l’escale libyenne pour les prochains départs. MSC, qui a demandé aux autorités libyennes des garanties pour 2008, attend toujours une réponse. Du coup, le pays pourrait disparaître de son programme l’an prochain, même si le croisiériste reconnaît que l’étape constitue le point d’orgue d’une croisière d’hiver en Méditerranée. CroisiFrance pourrait aussi revoir l’itinéraire de l’Orient Queen, dont 4 croisières (en avril et novembre 2008) passent par Tripoli.
Coup dur pour la croisière donc, mais aussi pour la destination. Car l’escale à Tripoli est celle qui engrange le plus d’excursions (pour les sites antiques de Leptis-Magna et Sabratha). La perte de revenus pourrait être énorme pour les professionnels locaux, sans compter les boutiques dans lesquelles les touristes ne manquent pas de dépenser leurs deniers. Présente aux derniers salons SMT et Top Resa, la Libye était en forte croissance sur le marché français, même si aucun chiffre n’est disponible. Une situation qui pourrait changer l’an prochain…