L’équation qui fâche
Alors que l’or noir frôle, à la baisse, les 100 dollars, les surcharges carburant suscitent polémiques, grogne des consommateurs et jettent la suspicion sur tout le secteur du tourisme. En attendant que Bruxelles impose des prix vraiment TTC, le système D est encore de mise. Explications.
Depuis sa création en mai 2004, la surcharge carburant a rarement fait couler autant d’encre. Le débat a pris encore plus d’ampleur la semaine dernière quand deux associations de consommateurs, Consommation, logement et cadre de vie (CLCV) et l’UFC-Que Choisir, sont montées au créneau contre Air France, lui demandant de répercuter la baisse du cours du pétrole. Et vite ! Elles ont finalement obtenu gain de cause. L’occasion de faire un peu de pédagogie.
Pour sa défense, Air France a répondu que, face aux aléas de l’or noir, elle fait preuve d’inertie à la baisse… comme à la hausse. Elle a en effet attendu le 10 juillet, soit deux mois, avant de répercuter dans ses prix le passage du brut au-delà des 125 dollars, précise sa direction. Et le 4 septembre, elle a retiré sa dernière surcharge, après que le prix ait « baissé pendant une période significative ». Il en faudra toutefois plus pour contenter les consommateurs. « Le système des surcharges carburant est un mécanisme opaque et invérifiable », déplore François Carlier, directeur adjoint des études de l’association UFC-Que Choisir. Face à l’ire des voyageurs, Air France tente toujours de calmer les esprits. Le groupe rappelle à l’envi que l’or noir s’est emballé : de 30 dollars en 2004, le baril est passé 147,50 dollars en juillet (puis à 102 dollars le 9 septembre). Du coup, sa facture a augmenté de 140 %. « Nous avons trois leviers pour tenir face à la hausse du pétrole : la couverture carburant, la surcharge et un programme d’économies qui se chiffre à 620 ME pour 2007/2008 », annonce la direction. Selon Christian Boireau, DG d’Air France en charge du commercial France, les couvertures carburant couvrent les trois quarts des besoins actuels.
L’Europe devrait faire la loi
Jean-Pierre Mas, président d’Afat Voyages, et René-Marc Chikli, président de l’Association de tour-opérateurs/Ceto, ont souvent posé la question qui fâche : quand les compagnies aériennes vont-elles intégrer la surcharge carburant dans leurs tarifs ? Emirates a prouvé que c’était mission possible, puisque ses prix sont vraiment TTC depuis le 1er novembre 2007. Air France est contre – comme ses confrères -, et préfère annoncer séparément des surplus or noir. « C’est pour nous une garantie de transparence, estime sa direction. Sinon, on pourrait nous reprocher d’augmenter nos prix de manière opaque. »
Puisque l’industrie n’est pas volontaire, d’aucuns espèrent que Bruxelles imposera l’intégration de la surcharge dans les prix finaux. L’Ectaa (Groupement des unions nationales des agences et organisateurs de voyages de l’Union européenne) suit le sujet de près, depuis Bruxelles. Un projet de règlement européen est effectivement dans les cartons, pour contraindre les transporteurs aériens à communiquer sur des tarifs incluant les taxes et les surcharges. « Nous en attendons la publication au Journal Officiel d’ici la fin de l’année », indique Isabelle Leroy, conseillère juridique de l’Ectaa. Reste à savoir comment le règlement sera appliqué, puisqu’il porte son champ d’application aux taxes et surcharges « inévitables et prévisibles ». « Les surcharges carburant sont, à un certain niveau, prévisibles », estime Isabelle Leroy.
Clarifier la perception du client
En attendant, les TO mais aussi les réseaux, confrontés au yo-yo du baril et soucieux de ménager leurs clients, cherchent des solutions. Au cours de l’été, chacun a tenté, en ordre plus ou moins dispersé, de trouver la parade, ce qui n’a pas toujours arrangé la perception du consommateur. Les réseaux ont ainsi mis en place des assurances surcharges en partenariat avec leurs assureurs. Avec un succès mitigé. « Ces assurances ne sont pas bien vendues », témoigne le courtier TMS. « Le prix du baril a commencé à baisser lorsqu’on les a mises sur le marché », précise Pascal Briodin, DG d’Europ Assistance. Du côté des voyagistes, on a également essayé d’être réactifs. Parmi les tout premiers, dès le mois de juillet, les TO du groupe Transat, Vacances Transat et Look Voyages ont ainsi annoncé qu’ils garantissaient leurs prix sur leurs principales destinations pour tout l’hiver, et cela pour toute réservation effectuée avant le 31 octobre, pour des départs allant du 1er novembre au 30 avril 2009. Une formule que reprend TUI pour sa production hiver (assurée sur Corsairfly) mais sans contrainte de dates. Tandis que Marsans annonce lui aussi garantir ses prix grâce à un système « transparent » qui prend notamment en compte la moyenne de la variation entre D-60 et D-30 et un seuil déclencheur de 4 dollars de variation. Marmara et Nouvelles Frontières ont communiqué différemment, répercutant aussitôt dans le cours de l’été, les baisses de surcharges lorsque le cours du baril a commencé à baisser. Marmara, toujours soucieux « du juste prix » devrait d’ailleurs annoncer, dans les prochains jours, une nouvelle baisse. Héliades vient de faire de même.
Des problèmes de compréhension
Mais simultanément, des annonces contradictoires perturbent la compréhension. Ainsi, Best tours qui à contre-courant a fait savoir qu’il augmentait sa surcharge. « Malgré la tendance baissière des cours du pétrole, les compagnies ne se pressent pas pour réduire les surchargent instaurées début juillet au plus fort de la crise. Nos appels sont jusqu’à présent restés vains. Malheureusement, pendant ce temps, le dollar s’est quant à lui fortement réévalué. C’est pourquoi, nous ne pouvons plus assumer cette différence », a justifié Philippe Bertholet, directeur commercial du TO. Fram a préféré, quant à lui, mettre en place une nouvelle clause « garantie des prix » dans son assurance maison Framassur tandis qu’Ailleurs a instauré des « sécuritaxes » dans le même esprit. Une avalanche – louable – d’initiatives, mais qui justifie qu’il y ait vite une prise de position commune.
Les distributeurs du Cered et les TO du Ceto qui se sont réunis le 5 septembre ont commencé à plancher sur la question en réfléchissant à l’instauration d’un code de bonne conduite. Les brochures et les prix de l’été 2009 devraient en bénéficier. Les clients aussi.
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