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Grève des transports : le coup de sang des Entreprises du Voyage

Au 4e jour d’un conflit social qui s’annonce long et très suivi, les Entreprises du Voyage expriment leur colère, accusant les grévistes “d’avoir perdu le sens des réalités” et chiffrant déjà de lourdes conséquences pour l’activité du secteur.

Face à la situation du blocage qui s’installe dans les transports, les Entreprises du Voyage ne mâchent pas leurs mots. Dans un communiqué diffusé mardi matin, le syndicat s’en prend notamment aux grévistes de la SNCF, qui « entendent protéger un statut d’un autre siècle ». « La retraite entre 52 et 57 ans, par exemple, date de l’époque des machines à vapeur et des escarbilles… il y a 80 ans, l’espérance de vie était alors inférieure de 20 ans à celle de 2018. » Les grévistes de la SNCF en prennent aussi pour leur grade. « Les grévistes d’Air France ont perdu le sens des réalités. Même si elle s’est améliorée en 2017 sous l’effet du bas prix du carburant, la situation économique d’Air France demeure en retrait sensible par rapport à ses concurrents européens (Lufthansa et British Airways), aux compagnies du golfe persique et aux low cost. Les exigences des pilotes (+10%) sont totalement irréalistes pour une compagnie qui doit améliorer sa productivité. » « Les grévistes pénalisent à long terme Air France : la concurrence est très ouverte, les offres sont nombreuses et non dépourvues de qualité; un conflit long se traduira par une désaffection des clients d’Air France. Les Entreprises du Voyage appellent les personnels d’Air France à la raison. En allant dans le mur, ils entraînent avec eux une entreprise en cours de redressement”, plaide le syndicat. Si Les Entreprises du Voyage sont ainsi remontées, c’est que les enjeux sont énormes pour le secteur. Au quatrième jour du mouvement de grève perlée à la SNCF, le trafic est toujours très perturbé. Selon les prévisions publiées dimanche soir par la SNCF, la situation de blocage perdure avec en moyenne un TGV sur cinq, un Intercités sur six et trois trains sur quatre à l’international. Si le taux de grévistes est à la baisse – 24,9% pour la journée de lundi, contre 29,7% le 4 avril selon les données fournies par la direction de la SNCF – sur certaines lignes, le mouvement s’est au contraire renforcé. Face à cette situation, la direction de la SNCF appelle toujours les voyageurs à reporter leur déplacement, dans la mesure du possible.

500 000 euros par jour de grève pour les agences

De quoi renforcer les craintes des professionnels du tourisme, qui, à l’instar de l’Umih, anticipent déjà un impact important sur les réservations et les vacances de Printemps, qui viennent de débuter pour la zone A. Selon les estimations des Entreprises du Voyage, la baisse des réservations de vacances (prises de commandes) pendant les périodes de grève est de l’ordre de 20% par rapport à la même période de 2017. Même si une partie des vacances d’été se rattrapera, les ponts de mai (…) pour lesquels la décision de vacances est assez tardive ne se rattraperont que très partiellement. Mais pour le syndicat, l’impact sur l’activité des agences ne s’arrête pas là. “Le surcroît de travail auquel doivent faire face les agences de voyages pour réorganiser les déplacements de leurs clients est estimé à 500 000 € par jour de grève. Quotidiennement, en France, 45 000 trajets Air France et 55 000 billets SNCF (essentiellement TGV et grandes lignes) résultent d’émissions effectuées par les agences de voyages”, souligne le syndicat. D’autre part, “les conséquences liées à l’impossibilité d’utiliser des prestations déjà payées peuvent être très élevées : impossibilité de rejoindre le port de départ pour une croisière, circuit au Japon irréalisable en raison de l’annulation du vol Air France Paris-Tokyo, annulation d’un voyage scolaire en train… Ces frais feront l’objet d’une analyse. Ils sont supérieurs à un million d’euros pour la première semaine d’avril”, évalue le syndicat. Pour Les Entreprises du Voyage, l’image de la France sera écornée par le conflit, altérant l’attractivité touristique et économique de la France. Les images des cohues dans les gares sont reprises en boucle dans le monde entier par les chaînes d’infos, s’agace le syndicat. C’est en avril et mai que l’on organise ses vacances d’été ; les arbitrages de voyages s’effectueront au profit de destinations jugées plus sereines que la France. Ce retard ne se rattrapera pas et ralentira les bonnes performances de la destination France.”

Alors que l’examen de la réforme ferroviaire en première lecture doit débuter lundi après-midi à l’Assemblée nationale, le taux de Français souhaitant « que le gouvernement aille jusqu’au bout de la réforme de la SNCF telle qu’elle a été annoncée, sans céder aux mobilisations et aux grèves » fait un bond de 11 points depuis les 30/31 mars, passant de 51% à 62% des personnes interrogées. Seuls 38% (-10) des personnes interrogées ne le souhaitent pas”, révèle un sondage Ifop réalisé les 5 et 6 avril, publié par le Journal du Dimanche.