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Ferries, la menace du syndrome SeaFrance

La période est plus que jamais tendue pour les compagnies du secteur. Après l'arrêt de SeaFrance, Brittany Ferries est à son tour sous surveillance sur le marché transmanche, tandis que la remise à plat des conditions de desserte de la Corse met la SNCM sous haute tension.

Après des mois d'agonie, SeaFrance a donc fini par sombrer, liquidée définitivement le 9 janvier dernier. La guerre tarifaire avec la concurrence, la hausse du prix du kérosène, mais aussi le radicalisme syndical d'une partie des salariés ont contribué à asphyxier la compagnie. Sur le détroit du Pas-de-Calais, 2011 n'a pourtant pas été catastrophique en termes de trafic, grâce notamment au retour de la clientèle britannique : 12,9 millions de passagers l'ont traversé, soit seulement 0,7 % de moins qu'en 2010. Et les difficultés de SeaFrance ont fait les affaires de tous les concurrents : P et O à Calais (+3 %, à 8,2 millions de clients), DFDS à Dunkerque (+2,5 %, à 2,6 millions de passagers) et LD Lines à Dieppe.

Mais la bataille pour récupérer les parts de marché de la défunte compagnie ne fait que commencer. Alors que P et O a mis en service, sur la ligne Calais-Douvres, le 9 février dernier, un nouveau navire de très grande capacité, LD Lines a répliqué le 17 février en y positionnant un premier bateau, qu'elle exploitera en partenariat avec DFDS. Reste désormais à savoir si une éventuelle Scop (société coopérative), toujours en projet chez les anciens SeaFrance, peut venir jouer les trouble-fête. Eurotunnel a récemment confirmé sa volonté de soutenir ce projet en acquérant les trois navires de l'ex-compagnie pour les louer à la Scop.

En attendant, les regards inquiets se tournent désormais vers Brittany Ferries, leader du marché sur l'ouest de la Manche. La compagnie a clos en 2011 un troisième exercice déficitaire d'affilée, accusant des pertes d'environ 5 à 6 millions d'euros. À la recherche d'économies, elle a donc pris des mesures de chômage partiel cet hiver et décidé de réduire le programme de ses traversées transmanche cette année, misant davantage sur le développement de son offre de « croisières » à destination de l'Espagne, particulièrement appréciées des Britanniques. Mais c'est surtout au sud, entre Corse et continent, que l'année risque d'être la plus agitée. En novembre dernier, la justice a en effet annulé l'actuelle DSP (délégation de service public) confiée à la SNCM et La Méridionale, enjoignant qu'il y soit mit un terme le 1er septembre 2012. Un coup dur pour la SNCM, qui tire de la DSP une part substantielle de ses revenus. Anticipant cette fin de la DSP, la compagnie a cependant commencé dès l'an dernier à déployer une nouvelle stratégie. Grâce à un yield tarifaire plus efficace, elle a déjà vu son trafic progresser fortement en 2011 et, pour la première fois depuis dix ans, a gagné des parts de marché sur sa concurrente, Corsica Ferries, qui a procédé au mouvement inverse en augmentant ses prix et en réduisant son offre pour rétablir ses marges. Février 2012 vient aussi de marquer le retour de la SNCM dans le port de Toulon, où Corsica Ferries était jusqu'à présent en situation de monopole. Une ouverture de ligne, essentiellement dédiée au fret, qui a toutefois débouché sur un énième conflit social, dans une compagnie où le syndicat CGT Marins reste le vrai maître à bord. Au risque de lui faire connaître le même sort que SeaFrance ?

 

La bataille pour récupérer les parts de marché de SeaFrance ne fait que commencer.

 

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