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En Polynésie française, moins de chambres, plus de croisières et un nouveau record

Malgré un déficit chronique de stock hôtelier, la Polynésie française établit un nouveau record de fréquentation touristique pour la troisième année consécutive.

En 2025, la Polynésie française a accueilli 281 227 touristes internationaux (+6,8%) : un nouveau record. C’est la troisième année consécutive que la destination paradisiaque dépasse ses meilleures performances en la matière. Les marchés nord-américain (42% des touristes) et français (31%) structurent la fréquentation.

Les touristes hexagonaux n’ont même jamais été aussi nombreux en Polynésie (85 600). « Si on compare à 2019, le marché français est en hausse de 42% », sourit Vaihere Lissant, directrice générale de Tahiti Tourisme depuis le printemps 2025. Au-delà de son volume, le marché français affiche quelques particularités qui répondent aux objectifs des autorités touristiques locales : longs séjours (23 nuits), diversité dans les îles fréquentées ou les types de produits consommés, et budget confortable (3 185 euros en moyenne par touriste et hors vols internationaux).

« Les TO vous le diront : le problème, en Polynésie, ça n’est pas l’aérien »

Ces résultats s’inscrivent par ailleurs dans la stratégie touristique de la Polynésie française, à savoir le développement d’une activité qui ne génère pas de crispations au sein de la population locale, à condition qu’elle soit raisonnée et concertée*. La demande pour la destination n’a jamais été aussi élevée, et les connexions aériennes sont désormais multiples (lire plus loin). Mais la destination demeure confrontée à un problème structurel : le manque de chambre d’hôtels.

« Les TO vous le diront : le problème, en Polynésie, ça n’est pas l’aérien », glisse Vaihere Lissant. Les voyagistes – Austral Lagons, Beachcomber Tours et Exotismes en tête – qui trustent 60% du marché français, s’affrontent en effet sur les plus beaux hôtels, les pensions de famille les plus recherchées… et sur une saison resserrée d’avril à août. Et la situation ne s’améliorera pas en 2026. Plusieurs hôtels emblématiques dans les îles les plus courues lancent des programmes de rénovation ambitieux qui réduisent mécaniquement le nombre de chambres disponibles sur le marché.

Le Te Moana, à Tahiti (120 clés, fermé toute l’année) ; le Sofitel de Moorea (111 clés, fermé de janvier à mars, réouverture partielle dès avril et travaux jusqu’en novembre 2026) ; le Conrad de Bora Bora (114 clés, fermé de janvier à avril 2026) ; l’Intercontinental de Bora Bora (84 clés, fermé de juin à décembre 2026) ou encore le Kia Ora de Rangiroa (58 clés, fermé à partir de novembre 2026) enlèvent 487 chambres du stock, soit -18% par rapport à 2025.

La précieuse industrie de la croisière en plein développement

Une baisse en petite partie compensée par l’ouverture du Tahiti Lagoon Resort (142 clés, premier trimestre 2026), du Reva Tahiti (43 clés) et du Bloody Mary’s de Bora Bora (53 clés, premier semestre 2026), soit 238 nouvelles chambres. Mais Tahiti Tourisme mise surtout sur le développement de l’industrie des croisières en pleine explosion dans l’archipel. En 2026, pas moins de 1 260 escales sont ainsi prévues dans l’archipel.

« Les croisiéristes représentent 20% du nombre total de touristes internationaux en Polynésie, et 30% de ceux arrivant par avion », chiffre Bud Gilroy, le président du Conseil d’administration de Tahiti Tourisme. Et malgré les polémiques atteignant (de moins en moins souvent) l’image de la croisière, la Polynésie française assume cette stratégie. « Au-delà de compenser la baisse du stock hôtelier, les croisières sont précieuses pour nous. D’abord parce que ce sont des croisières dites « tête de ligne ». C’est-à-dire que tous les passagers embarquent et débarquent en Polynésie française », explique Bud Gilroy. « Cela rayonne sur l’ensemble de l’industrie locale, avec les séjours pré ou post croisières, les transferts, etc… ».

Surtout, « 90% des navires qui font escale chez nous comptent moins de 500 passagers ». Ce chiffre, qui peut paraître important pour un non-initié, positionne en fait la Polynésie française sur le segment des croisières de luxe. À titre de comparaison, les géants des mers qui naviguent en Méditerranée ou aux Caraïbes peuvent accueillir 12 fois de plus de passagers. « Quelques-uns de ces navires font de rares escales sur nos îles, lors de tours du monde ou de croisières de repositionnement », note Bud Gilroy.

« Tout ceci doit rester à taille humaine pour nos îles »

Cette échelle contenue a permis « l’acceptation sociale » de la population polynésienne, associée à l’ensemble des réflexions des autorités touristiques dans le cadre de la stratégie Fāri’ira’a Manihini 2027 lancée en 2023. « Tout ceci doit rester à taille humaine pour nos îles », insiste Vaihere Lissant. Quatre bateaux opèrent par ailleurs toute l’année en Polynésie (le Paul Guauguin, l’Aranui 5, le Star Breeze et le Panorama, soit 400 cabines). Trois autres navires les rejoindront bientôt : le Na Hiro e Pae (deuxième semestre 2026), l’Aranoa et le Winspirit (2027).

Autre levier pour compenser la baisse du stock hôtelier : les meublés touristiques type Airbnb. Soumis à moins de contraintes mais bénéficiant de moins d’avantages fiscaux et autres que les pensions de famille, leur nombre a explosé ces dernières années. « Et c’est clairement l’un des facteurs qui explique la croissance du marché français depuis la crise sanitaire », explique Vaihere Lissant.

Un nouveau vol direct vers Sydney

Un marché que les autorités touristiques locales vont chercher à consolider dès 2026. Tout en allant chercher de nouvelles clientèles. « Nous ne pouvons pas nous reposer sur ces deux marchés, si importants soient-ils », justifie Bud Gilroy. La destination espère notamment tripler le nombre de touristes australiens (de 8 000 à environ 30 000) dès 2027, à la faveur d’un nouveau vol direct reliant Sydney à Papeete (à partir de décembre 2026), opéré par Air Tahiti Nui.

Avec des vols directs depuis Los Angeles, San Francisco, Honolulu, Tokyo, Nouméa, Auckland, Rarotongo et, bien sûr, Paris (de 13 à 18 liaisons hebdomadaires), la Polynésie française n’a d’ailleurs jamais été aussi accessible qu’en 2026. Mais « le problème », à l’autre bout du monde, ça n’est pas l’aérien.

*Enquête Tahiti Tourisme (2023)

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