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Conflit au Proche-Orient : le RevPAR en baisse de 6% en Europe

Une semaine après le déclenchement du conflit au Proche-Orient, le cabinet MKG constate un recul du RevPAR d’environ 6% sur le continent par rapport à la même période l’an dernier. Un impact encore contenu, mais qui pourrait s’accentuer si la guerre se prolonge.

Les grandes capitales internationales apparaissent pour l’instant les plus exposées. Paris et Londres figurent en première ligne, en raison de leur forte dépendance aux flux long-courriers et à une clientèle internationale à forte contribution.

Début de semaine dernière, quelques jours après le début de la guerre, les hôtels parisiens positionnés sur le segment haut de gamme enregistraient déjà une baisse d’environ 10% de fréquentation. Selon les projections de MKG, ce recul pourrait atteindre rapidement 20%, alors que la Fashion Week se termine le 10 mars. Londres affiche également un choc immédiat, avec un repli estimé autour de 15%.

« 13% du trafic européen transite aujourd’hui par les hubs du Golfe »

Le premier impact est avant tout structurel et tient au transport aérien. Les fortes perturbations de plusieurs grands hubs du Moyen-Orient ont ralenti les flux entre l’Est et l’Ouest. Ces plateformes jouent désormais un rôle central dans le transport aérien mondial. « Environ 13% du trafic européen transite aujourd’hui par les hubs du Golfe, notamment ceux de Dubaï ou de Doha », affirme Adrien Lanotte, analyste chez MKG Consulting. À cette situation s’ajoute la fermeture de l’espace aérien russe, qui compliquait déjà les routes entre l’Europe et l’Asie. « Dans ces conditions, une large partie des liaisons Est-Ouest se retrouve aujourd’hui fragilisée, ce qui limite mécaniquement l’arrivée de voyageurs internationaux », poursuit le CEO du cabinet, Vanguélis Panayotis.

L’impact reste toutefois très variable selon les marchés européens. Certaines destinations bénéficient de facteurs de résilience conjoncturels. L’Italie profite par exemple de l’ouverture des Jeux paralympiques, tandis que l’Allemagne s’appuie sur un calendrier dense de salons professionnels. Les stations de montagne, de leur côté, disposent d’un niveau de réservations déjà sécurisé depuis plusieurs mois. Ces poches de demande permettent pour l’instant d’amortir le choc au niveau européen.

Au-delà de la réaction immédiate, les professionnels observent déjà un phénomène d’attentisme. Les prises de réservations pour l’été ralentissent sensiblement dans plusieurs destinations situées à proximité de la zone de tensions. Les marchés touristiques comme l’Égypte ou la Turquie enregistrent ainsi une dégradation marquée sur le rythme des nouvelles réservations. Pour l’instant, les indicateurs sur le reste du semestre demeurent toutefois positifs, notamment grâce à l’avance de réservations accumulée en début d’année.

La question de la durée du conflit

La question centrale est désormais celle de la durée du conflit. Les analystes de MKG identifient plusieurs précédents historiques susceptibles d’éclairer la situation actuelle. Le scénario le plus favorable correspondrait à un conflit court, comparable à la guerre Iran-Israël de 2025. À l’époque, malgré un choc immédiat pouvant atteindre 20% de baisse sur certaines périodes, l’impact annuel avait finalement été presque neutre grâce à un rattrapage rapide de l’activité.

Un scénario plus défavorable rappelle la guerre d’Irak de 2003. Le conflit avait alors duré près de quatre mois et pesé lourdement sur les clientèles internationales, affectant environ 35% du chiffre d’affaires annuel du secteur hôtelier au Moyen-Orient. Entre ces deux situations, le Printemps arabe offre un exemple intermédiaire, explique Adrien Lanotte. Les turbulences avaient duré près de huit mois mais avaient progressivement généré des effets de report, certaines destinations bénéficiant du déplacement des flux touristiques.

Ajustements tarifaires en vue

Historiquement, les crises géopolitiques ne se traduisent pas de la même manière selon les régions. Au Moyen-Orient, elles provoquent généralement une chute des volumes de voyageurs. En Europe, l’impact apparaît davantage du côté des prix, les hôtels compensant en partie la baisse de certaines clientèles très contributrices par des ajustements tarifaires.

La situation actuelle présente néanmoins des spécificités. Les dernières années ont vu une expansion massive de l’offre hôtelière dans les pays du Golfe, portée par les investissements touristiques de l’Arabie saoudite et des Émirats. Parallèlement, l’industrie touristique évolue dans un environnement économique plus incertain, marqué par l’appréciation du dollar, la hausse des prix du pétrole et l’augmentation des coûts de transport.

Dans ce contexte, souligne Vanguélis Panayotis, président de MKG Consulting, les opérateurs sont appelés à adapter rapidement leur stratégie commerciale. Pour les groupes hôteliers, le pilotage en temps réel devient plus que jamais indispensable afin d’ajuster les politiques tarifaires et de rééquilibrer les clientèles vers des marchés moins dépendants des liaisons long-courriers ou des hubs du Moyen-Orient. Les professionnels doivent également surveiller de près l’évolution du corporate travel, segment clé de la rentabilité hôtelière.

 

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