Antilles : des contrats pour y croire
À quelques mois du lancement des vols d’Air France au départ de Roissy vers la Guadeloupe et la Martinique, les deux départements antillais viennent de se doter de contrats de destination, engageant tous les acteurs de la chaîne touristique. Parole, parole… ?
On a envie d’y croire. Se convaincre que cette fois, les contrats de destination que viennent de signer une ribambelle d’acteurs impliqués dans le tourisme antillais (régions, État, Air France, hôteliers, Snav, taxis, loueurs de voiture…) vont permettre à la Guadeloupe et à la Martinique de redonner un souffle à leur industrie touristique. Les 25 et 26 mai derniers, Marie-Luce Penchard, ministre de l’Outre-mer, et Frédéric Lefebvre, son homologue au Tourisme, ont fait le voyage dans les deux départements pour parapher les documents, dont l’élaboration a été coordonnée par Christian Mantei, directeur général d’Atout France. Objectif : mobiliser tous les acteurs de la chaîne pour assurer le succès des vols qu’Air France va lancer à l’automne vers les deux destinations au départ de Roissy et, plus globalement, engager une dynamique de croissance de l’activité à court et moyen termes. Les deux contrats fixent notamment comme ambition « d’atteindre 10 % de clientèles européennes à l’horizon 2015 », contre 5 % aujourd’hui, « de dépasser 50 % de taux d’occupation » en basse saison, ou encore de « développer des séjours combinés entre la Guadeloupe et la Martinique ». Rien d’autre qu’une nouvelle déclaration de belles intentions ? En coulisses, plusieurs signataires reconnaissent qu’« il y a beaucoup de blabla ». Mais pas seulement.
Parmi les mesures concrètes, Air France s’engage ainsi à opérer ses vols depuis Roissy du 4 novembre 2011 au 31 octobre 2012 au moins, « sauf en cas de crise grave ou de déficit important de la ligne », et à mettre en place des « grilles tarifaires de bout en bout à partir des principales villes » des marchés cibles (Belgique, Allemagne, Italie, Suisse), y compris avec la possibilité d’inclure un transfert inter-îles pour favoriser les combinés. Pour appuyer ce lancement, elle commercialise actuellement, et jusqu’à fin juin, des billets aller-retour au départ de ces pays à 699 E TTC, pour des voyages pouvant être effectués quasiment à tout moment de l’année. Les deux comités locaux du tourisme devront de leur côté assurer des opérations de promotion communes dans les pays européens visés, et y consacrent chacun un budget de 350 000 E.
Les hôteliers, quant à eux, promettent de réserver des stocks de lits (plusieurs centaines) à ces nouveaux marchés, y compris en période de haute saison. « Le premier progrès, c’est d’avoir réuni tout le monde, commente Willy Rosier, directeur général du Comité du tourisme des Iles de Guadeloupe. Mais on ne peut pas attendre plus qu’une mise en commun des moyens. Il ne faut pas se leurrer : on ne sera pas à 90 % de remplissage dès l’année prochaine. C’est dans un an que ces contrats vont commencer à porter des fruits en termes de ventes sur les marchés étrangers». « Il y a un effet positif d’entraînement, notamment auprès des populations locales », reconnaît aussi Nicolas Vion, président du Groupement hôtelier touristique guadeloupéen. Mais lui n’est pas tendre avec Air France. « D’abord, l’engagement de la compagnie reste limité : elle a seulement déplacé deux vols d’Orly vers Roissy, mais ça ne fait pas un siège de plus, et je parie que ces vols seront plein de métropolitains ou d’Antillais. D’autre part, elle n’a toujours pas donné ses tarifs aux TO européens. La vérité, c’est qu’Air France ne veut pas libérer ses slots à Orly, qui risquent d’être réattribués à ses concurrentes low costs».
Et certains de craindre, d’ores et déjà, que la compagnie ne décide de mettre un terme à l’expérience dès la fin de son engagement, en novembre 2012. Au moment même où, espèrent les professionnels antillais, les TO européens commenceront à intégrer la Guadeloupe et la Martinique à leurs brochures.
Air France s’engage à opérer ses vols depuis Roissy.
Les prix n’ont quasiment pas bougé depuis deux ans, alors que la dette n’a cessé de se creuser.
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