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Amok

L’amok, c’est l’épice nationale cambodgienne, un mélange de citronnelle, curcuma, gingembre, piment et feuilles de citronniers qui parfume délicatement les plats de poissons ou de viande blanche et que les restaurants locaux  présentent souvent dans un petit panier tressé de feuilles de bananier.

J’avoue n’en avoir jamais entendu parler, encore moins goûté, avant de me rendre au Cambodge, début octobre. Pour moi, ce petit mot, amok, évoquait seulement un livre de Stefan Zweig qui se déroule en Malaisie, et décrit le comportement meurtrier d’un malheureux, en proie à une forme mystérieuse de démence.

Les deux amok, celui de la cuisine cambodgienne si raffinée et douce au palais, et celui du fou de Malaisie « qui, pris de frénésie sanguinaire, court devant lui, détruisant hommes et choses, sans qu’on puisse rien faire pour le sauver » n’ont donc à priori rien à voir. Sauf que cette homonymie a quelque chose de troublant lorsqu’on voyage au Cambodge.

Si ce pays aimante autant, c’est pour son histoire grandiose quand l’Empire Khmer, avec Angkor sa fabuleuse capitale, rayonnait en Asie mais aussi à cause de la tragédie, immense, qui l’a frappé entre 1975 et 1979.

Les fous sanguinaires menés par Pol Pot et sa bande, qui ont torturé et décimé leur propre peuple, semblaient bien en proie à une forme mystérieuse de démence. Comment expliquer autrement les atrocités perpétrées, sauf à se désespérer complètement du genre humain. On se raccroche à cette idée en visitant l’horrible S21, un lycée de Phnom Penh qui servait de QG de torture aux Khmers Rouges, aujourd’hui transformé en musée du génocide.

Pourquoi je vous raconte tout cela dans un blog culinaire ? A cause de la coïncidence autour d’un mot. Mais, surtout, surtout, parce que le Cambodge est un pays qui m’a touchée, émue, au-delà de tout ce que j’avais anticipé.

Violence et douceur sont les ingrédients de cette émotion qu’a très bien retranscrite Dane Cuypers dans son livre « Okoun tchraeun ! Voyage en pays khmer » aux Editions Acte Sud. « On écrit et presque rien n’est dit de l’envoûtement, du bouleversement. (…). Le Cambodge interroge et désarçonne, séduit. Infiniment. (…) La tendre indifférence bouddhique et la violence secrète d’un peuple troublent celui qui voyage en pays khmer. A l’autre bout du monde, ce petit pays m’a parlé de l’essentiel : de la beauté et du mal, du désespoir et de l’élan vital ».

Envoyez-y vos clients, ils ne le regretteront pas et en rentreront forcément charmés et changés.

NB : on trouve aussi de la poudre d’Amok toute faite au Cambodge et en France, dans les épiceries asiatiques.

Pascale Filliâtre

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