Alastair Crossley (Axa) : « L’enjeu est d’anticiper le risque, pas seulement de l’indemniser »
Dans le cadre de A World for Travel, Alastair Crossley, Head of Travel chez AXA Partners, est revenue sur la stratégie déployée par l’assureur.
L’Écho touristique : Comment Axa, et en particulier Axa Partners, définit le tourisme durable dans ce périmètre travel ?
Alastair Crossley : Les études montrent que les clients veulent désormais voyager plus durablement : 84% souhaitent que leurs voyages soient durables. Ce n’est plus une niche comme il y a dix ans. La majorité veut voyager, mais de manière durable, et s’attend à ce que l’industrie montre la voie. Les trois quarts des voyageurs attendent que les acteurs (hôtels, transports, assurance) rendent le voyage durable : nous avons un rôle fort à jouer, en collaboration avec les autres segments, pour faire évoluer l’offre et proposer des solutions plus durables.
La durabilité est-elle devenue un axe global de votre stratégie ?
Alastair Crossley : Pour l’assurance voyage, oui ; pour le groupe Axa, c’est une dynamique ancienne. Nous nous désengageons des industries lourdes et investissons dans des technologies et solutions plus vertes. Nous travaillons par exemple avec Axa Climate à de nouvelles solutions, dont un projet avec la London School of Hygiene & Tropical Medicine, qui consiste en un système mondial de prévision des épidémies de dengue. Cela nous permet d’anticiper, selon les conditions climatiques, les zones d’émergence afin d’orienter plus efficacement les soins, les conseils aux voyageurs et le soutien aux communautés locales en amont.
La hausse des événements climatiques extrêmes (comme en Jamaïque actuellement) vous a-t-elle conduits à faire évoluer votre approche de l’assurance et de l’accompagnement des partenaires et clients ?
Alastair Crossley : Oui. Traditionnellement, l’assurance voyage repose sur une tarification en trois zones (Europe, reste du monde, Amériques). Nous développons de nouveaux modèles de tarification par pays, intégrant le risque spécifique de chaque destination. Cela permet, là où le risque climatique est plus faible, de potentiellement réduire les primes, et, là où la fréquence d’incidents est plus élevée, de refléter plus précisément le risque pour le voyageur.
Comment concilier accessibilité tarifaire et couverture face à des risques climatiques en hausse ?
Alastair Crossley : Nos clients nous font confiance pour les assister et les couvrir à l’étranger, qu’il s’agisse de rapatriement pour maladie ou de bagages perdus. C’est la même logique en cas d’événement climatique. À ce stade, nous ne constatons pas une récurrence excessive des événements sur les mêmes destinations. Nous voulons que l’assurance reste accessible, tout en couvrant fidèlement le risque réel. Il s’agit aussi de prévention : ne pas seulement transférer le risque, mais le réduire. Nous travaillons avec nos partenaires de distribution pour diffuser des conseils aux voyageurs, en gestion des risques et en durabilité, afin qu’ils profitent de leur voyage avec la protection adéquate.
Comment voyez-vous évoluer la demande des voyageurs ? Quels sont les principaux freins et signaux positifs ?
Alastair Crossley : La demande évolue rapidement depuis le Covid. Plus de deux voyageurs sur trois sont influencés par les réseaux sociaux dans le choix de la destination. Beaucoup recherchent des expériences immersives, impliquant davantage les communautés locales. Les dépenses de loisirs augmentent : +24% par rapport à 2019. Les voyageurs continuent de prioriser leurs voyages, parfois au détriment d’autres dépenses domestiques, vont plus loin, sur des destinations « bucket list » ou des séjours plus haut de gamme, et ils veulent protéger cet investissement. Nous observons donc une croissance continue de l’assurance voyage.
Voyagent-ils moins pour voyager mieux ?
Alastair Crossley : Nous ne voyons pas d’indication de baisse. Le nombre de voyages par personne est stable, voire légèrement en hausse, autour de 2,8 voyages par an. L’un de ces voyages tend à être plus investi financièrement : plus lointain, plus onéreux sur place, plus expérientiel.
Quel mythe du tourisme durable aimeriez-vous déconstruire ?
Alastair Crossley : L’idée que la durabilité dépend uniquement de la destination. Elle repose sur trois piliers : communautés locales, secteur privé, secteur public. La responsabilité est partagée tout au long de la chaîne : assureurs, transporteurs (avion, bateau, train), gouvernements. Le cadre doit permettre au privé et aux communautés d’agir de manière coordonnée et durable.
Pourquoi participer à A World For Travel vous semble important, à la fois pour Axa et pour vous ?
Alastair Crossley : Pour Axa, cet engagement soutient la transition vers une société plus verte et offre une plateforme pour porter la voix de l’assurance, souvent peu représentée dans ces forums. C’est l’occasion de partager, collaborer et co-construire des solutions innovantes qui accélèrent la durabilité et produisent des améliorations tangibles. Parmi les secteurs du voyage, l’assurance bénéficie d’un haut niveau de confiance des clients pour les protéger, qu’il faut préserver. C’est un appel à l’action collective : passer du transfert de risque à la réduction du risque, avec des solutions innovantes, des conseils, de l’accompagnement et des investissements. L’enjeu est d’anticiper le risque, pas seulement de l’indemniser.
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