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[TRIBUNE] Retour sur AWFT 2025 : le tourisme entre dans l’ère de l’impact

Sur une période de deux mois, un arc inédit a traversé l’industrie des voyages. De New York à Paris, jusqu’à Riyad, trois forums majeurs – la UN Climate Week, A World For Travel et le Forum TOURISE – ont donné corps à une conviction : le tourisme n’est plus un spectateur de la transition. Il en devient un moteur. Une tribune de Christian Delom, secrétaire général de A World For Travel.

À New York, les climatologues ont posé le diagnostic et rappelé l’urgence. À Paris, le secteur s’affirme comme un levier de stabilité économique, culturelle et géopolitique et met à l’épreuve des solutions concrètes. Et, à Riyad, ces messages ont été amplifiés au plus haut niveau. Une dynamique, trois étapes. Un seul message : l’urgence n’est plus de s’engager, mais d’agir – rapidement, et à grande échelle.

Paris, laboratoire de la transformation

C’est dans cette dynamique qu’a eu lieu la 6e édition du forum international A World For Travel (AWFT), à l’Hôtel de l’Industrie, lieu symbolique des révolutions industrielles françaises. Près de 400 leaders de 40 pays ont répondu présent.

Serge Papin, ministre en charge notamment du Tourisme et des PME, a ouvert le forum, pour sa première prise de parole publique sur le tourisme, rappelant son rôle vital pour les économies locales. Il a décrit le secteur comme un « fleuve nourricier » dont la responsabilité est désormais d’irriguer durablement notre pays.

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Gabriel Attal, lors de sa prise de parole à AWFT. © Pepo Herrera

Les interventions se sont succédé, entre analyses stratégiques et actions concrètes. Thomas Gratowski, du BCG Center for Geopolitics, a dégagé les lignes de force de la nouvelle carte mondiale. Ce n’est plus la stabilité qui prévaut, mais la capacité à absorber l’instabilité sans renoncer à l’ambition. Et, à cette réflexion choc, Gabriel Attal, député, ancien Premier ministre, a répondu en soulignant que le tourisme est désormais un « laboratoire des solutions » et a souligné le principe du dépassement notamment concernant l’hybridation technologique et l’intelligence artificielle – une idée qui a eu son écho dans les couloirs du forum.

Une vision a guidé les échanges : le tourisme qui cesse d’être réactif pour devenir prédictif, équipé, stratégique. Dans les débats, la transformation n’avait plus pour horizon un discours, mais une méthode.

Le rôle stratégique et mérité de Paris

Ce rendez-vous mondial a aussi permis de rappeler une évidence trop souvent oubliée : le tourisme français n’est pas seulement le premier par les volumes, il est aussi international par sa capacité à catalyser les débats les plus audacieux.

La région Paris – Île-de-France, en accueillant A World For Travel, s’est affirmée comme destination d’idées. Et dans cette France, souvent perçue comme contrainte dans ses choix industriels ou réglementaires, il a été démontré que son tourisme peut être aussi global, innovant, exigeant – et source de solutions – que n’importe quel autre dans le monde. Un message qui est allé droit au coeur de Christian Mantei, président d’Atout France et a été porté par d’Adam Oubuih, son directeur général, et Jean-Baptiste Lemoyne, sénateur, ancien ministre du Tourisme.

Durabilité, technologie, culture : la nouvelle équation du pouvoir

AWFT a permis de mettre en lumière des réalisations tangibles :

  • Un baromètre de stabilité touristique pour anticiper les crises.
  • Des trajectoires sectorielles claires de décarbonation, exposées par les responsables de Radisson, Air France-KLM, AXA Partners, ICF, Zeero Group, Airbus, booking.com, easyJet, trip.com, Rome2Rio, Fliggy/Alibaba.
  • Des approches régénératives prouvant que les modèles économiques « à impact » peuvent être plus performants que les modèles extractifs, portées par Radisson, WHSA, Club Med, Hellio, Travel Fondation, Regenerative Travel.
  • Une première : la volonté assumée de parler de technologie non pas pour l’innovation, mais pour la cohérence – notamment au service du climat, des chaînes de valeur, des ESG, et de l’expérience voyageur démontrée par SNCF Connect & Tech, Pierre & Vacances Center Parcs, Amadeus, Cnes, Rina, CDS, GBTA, BCD travel, Roland Berger.
  • Le levier de l’humain, expliqué par WTTC, ETC, Choose Paris Region, City of Paris, Queer Destinations, Intrepid Travel, The Travel Corporation, HBX, Ponant, MMGY, Plantera Fondation, Transformational Travel Council.

La nouvelle équation du pouvoir touristique a été formulée ainsi : Durabilité = confiance. Technologie = portée. Diversification = résilience. Culture = attraction. Ceux qui maîtriseront cette équation feront plus que résister au changement : ils le dirigeront.

Une génération montante, à l’écoute du monde

Le forum a marqué les esprits lorsque des étudiants de la Sorbonne ont pris la parole : « On ne veut pas seulement voir, on veut comprendre. » Une phrase qui dit tout d’une génération qui refuse les récits creux, qui exige de participer à la construction du futur, qui demande que le voyage soit utile, profond, équitable.

Dans un keynote inspirant et marqué par l’émotion, Aziz Abu Sarah, fondateur palestinien de Mejdi Tours, dont l’action et le charisme aurait pu le porter au prix Nobel de la Paix, a livré la phrase la plus partagée du forum : « Le voyage peut créer la paix avant même que la diplomatie n’arrive. » Plus qu’un slogan, une invitation à redéfinir le tourisme comme espace de médiation – un secteur capable d’ouvrir des portes lorsque tout semble se refermer.

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© Pepo Herrera

Ce que le voyage devient

La marque de fabrique de AWFT, c’est que le leadership se lit dans l’agencement des contenus, dans le choix des intervenants, dans le rythme des échanges, dans la cohérence des perspectives qui se tissent. Son pouvoir est celui des architectes : créer un espace où les idées se rencontrent, où les visions se reconfigurent.

Le voyage n’est plus une échappée. Il devient une force d’attraction sociale, culturelle, économique et morale.

Le tourisme n’est plus défini seulement comme une industrie : il devient un projet géopolitique, un stabilisateur macro-économique, un outil diplomatique.

De la finance à l’infrastructure, du numérique aux ressources humaines, une nouvelle géographie du tourisme apparaît : circulaire, contributive, redistributive.

« Le voyage ne régresse pas. Il s’élève. » À mon sens, cette phrase résume l’esprit de cette nouvelle ère. Le voyage n’est plus une échappée. Il devient une force d’attraction sociale, culturelle, économique et morale.

Loin des slogans, on entre dans le temps des preuves : mobilité décarbonée, tourisme, adaptation, expérience désirable, récit authentique, coopération transfrontalière, technologie maîtrisée, éducation, régénération, investissement et viabilité.

Il se déploie maintenant. De New York à Paris. De Paris à Riyad. Et au-delà.

A World For Travel en est devenu un pivot et a trouvé son rythme.

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