Y a-t-il péril en la demeure ?
La parution du rapport Attali, qui remet en cause certaines professions réglementées, et les déclarations récentes de la ministre de l’Economie Christine Lagarde constituent, selon les professionnels, une mise en danger de la profession d’agent de voyages.
En déclarant le 28 janvier ne pas voir pourquoi seules les agences de voyages pourraient vendre des voyages, Christine Lagarde, ministre de l’Economie, a mis le feu aux poudres parmi les professionnels du tourisme. Et plus particulièrement chez les distributeurs, qui crient à la concurrence déloyale. Une déclaration qui est tombée d’autant plus mal qu’au même moment, la publication du rapport Attali prônant la libéralisation de nombreuses professions réglementées, à commencer par les chauffeurs de taxi, pharmaciens, coiffeurs ou vétérinaires… faisait grand bruit.
Christine Lagarde, qui s’exprimait à Villepinte (93) lors des premières Assises nationales de l’industrie des rencontres et événements professionnels, a été très claire dans sa volonté de vouloir travailler à la levée des obstacles réglementaires qui empêchent les professionnels des congrès de proposer à leurs visiteurs des billets d’avion et des chambres d’hôtels. Elle entend ainsi donner une impulsion à cette activité, en mettant en oeuvre rapidement certaines des préconisations du Comité national de pilotage des foires, congrès et salons, mis en place en décembre 2006. Le Mice (expression anglaise pour meeting, incentive, convention, exposition) fait d’ailleurs partie des priorités de son collègue Luc Chatel, qui en a fait l’un des leviers de l’augmentation des recettes touristiques en France (lire aussi page 8).
Les oubliés des voeux
Mais le 30 janvier, le secrétaire d’Etat au Tourisme (présent au côté de Christine Lagarde à Villepinte), omettait, lors de ses voeux, de saluer les agences de voyages et TO. Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase pour les principales instances professionnelles. Le Syndicat national des agences de voyages (Snav) et l’Association professionnelle de solidarité (APS), mais aussi Afat Voyages ou Selectour, se sont fendus d’un communiqué pour dénoncer une fragilisation économique des agences.
Appelant à la mobilisation de ses adhérents, le Snav s’est déclaré surpris et opposé à un tel revirement de la part du gouvernement. Ceci montre que la loi de 1992, reprise récemment dans le Code du tourisme et régissant notre profession, est totalement oubliée. Et que notre métier d’agents de voyages, avec ses 50 000 salariés, est ignoré, estime le syndicat, qui a fait de la lutte contre le para-commercialisme l’un des axes de sa politique. Déjà fortement concurrencée, notre profession serait dans ces conditions réellement en danger, avec une perspective de pertes d’emplois inéluctable.
Lors d’un rendez-vous prévu de longue date, le président du Snav Georges Colson a pu, dans la foulée, exposer ses craintes à Luc Chatel, et lui demander une réponse rapide concernant les conditions de l’ouverture de la profession aux futurs habilités sur une base « mêmes droits, mêmes obligations », tout en assurant la protection du consommateur. Le syndicat souhaite aussi être associé à toute modification réglementaire. Afin de calmer la polémique, Luc Chatel a réaffirmé compter sur les avis du Snav (dont le conseil d’administration sera invité à Bercy le 12 février), tout en annonçant sa volonté de faire paraître le décret d’application de l’ordonnance de février 2005, définissant justement les obligations des futurs habilités, avant l’été. Il en a profité de l’occasion pour rappeler sa position : Il ne s’agit pas d’ouvrir l’habilitation à tout le monde par dogmatisme, de façon irresponsable… Il faut que cette concurrence soit loyale. Il considère par ailleurs que ce texte devra tenir compte de l’environnement juridique européen, notamment de la future directive Services.
Rencontres orageuses
Bernard Didelot, président de l’APS, a demandé quant à lui à être reçu par Christine Lagarde. Très remonté, il entend convoquer le bureau de l’APS, réunir les associations de consommateurs, faire pression sur la Commission européenne et envisage même une suspension totale ou partielle du système de garantie des fonds déposés pour faire reculer le gouvernement.
L’annonce de Christine Lagarde a en revanche rempli d’aise – on s’en doute – les professionnels des congrès et du tourisme d’affaires. L’Association des agences de communication événementielle (ANAé), qui s’est fortement impliquée dans les travaux du Comité national de pilotage Foires, Salons, Congrès (qui réunit 17 membres, dont le Snav), applaudit des deux mains à ces propositions, réclamées depuis longtemps. Cette ouverture permettra de hisser les professionnels français au même niveau de compétitivité que leurs concurrents européens, estime Frédéric Bedin, président de l’ANAé. La modernisation juridique qui va en résulter permettra de dynamiser le secteur de l’événement et des rencontres professionnelles, en clarifiant notamment le régime de TVA applicable entre les agences et les entreprises clientes, ajoute-t-il.
Bourde ou volonté politique ?
Cette évolution réglementaire n’est pas une revendication, assure pour sa part Annie Arsault-Mazières, DG de Foires Salons Congrès de France, une organisation professionnelle qui regroupe 250 membres. Elle répond à une demande du marché, car nos clients internationaux souhaitent traiter avec un interlocuteur unique. Jusqu’à présent, un organisateur de congrès doit détenir une licence ou une habilitation pour traiter la billetterie. A défaut, il doit recourir aux services d’une agence.
Ne comprenant pas la polémique, elle rappelle d’ailleurs que certains professionnels disposent déjà d’une licence ou d’une habilitation et qu’il n’y a pas de volonté de leur part de demander des règles différentes. Ce n’est pas les Palais des congrès contre les agences. Nous demandons que toutes les entreprises françaises soient placées dans les mêmes conditions d’égalité et de concurrence que les opérateurs étrangers. Nous nous conformerons évidemment à la réglementation nationale. La balle est désormais dans le camp des pouvoirs publics.
Grosse bourde ou volonté politique de Christine Lagarde d’appuyer le tourisme d’affaires afin qu’il puisse rivaliser plus efficacement avec d’autres concurrents européens et mondiaux ? Sa déclaration aura eu en tout cas le mérite de remettre sur la table le projet de réforme de l’exercice de la profession, avec l’espoir de le voir enfin aboutir. Elle aura aussi permis à certains professionnels de (re)découvrir l’importance d’un syndicat professionnel, pour défendre auprès des pouvoirs publics le caractère réglementé de la profession d’agent de voyages.
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