Pour Lionel Rabiet (EDV IDF), « le maillon le plus faible de la chaîne touristique paie le prix fort de la crise »
Pour Lionel Rabiet, le président des Entreprises du Voyage Île-de-France (EDV IDF), les agences de voyages sont en première ligne dans la crise au Moyen-Orient. Une position déséquilibrée par rapport à d’autres acteurs de l’industrie.
Devant les adhérents des EDV IDF, réunis à l’Atelier Kappa pour le cocktail de printemps du syndicat, Lionel Rabiet, son président, n’a pas évité le sujet du moment : la guerre au Moyen-Orient, et ses répercussions sur l’industrie du tourisme. « C’est une crise qui bouscule le monde du tourisme. Mes pensées vont d’abord pour les victimes de ce conflit », pose Lionel Rabit en introduction de son discours.
« Concernant nos métiers, j’identifie quatre conséquences immédiates. D’abord, il y a encore des milliers de clients à rapatrier, avec les conséquences économiques que cela implique. Ensuite, cette crise va entraînent des annulations. Nous nous attendons aussi à une hausse des prix dans l’aérien, alors que des surcharges carburants sont déjà appliquées. Enfin, les prises de commandes vont baisser. Le manque à gagner sera élevé, d’autant plus que nous sommes en très haute saison en ce qui concerne les ventes », constate celui qui dirige par ailleurs le tour-opérateur Voyages d’Exception.
« Les agences de voyages ne sont pas des multinationales »
Surtout, Lionel Rabiet tient à souligner la position fragile des agences de voyages au milieu de cette crise. Puissance des compagnies aériennes, décharge des assureurs ou encore droit des passagers : « la situation actuelle met en lumière la difficulté de nos métiers. Nous sommes coincés entre des réglementations toujours plus favorables aux consommateurs – et c’est une bonne chose – et des entreprises, notamment les compagnies aériennes, parfois dirigées par des États ».

Finalement, le président des EDV IDF identifie « une distorsion » entre le niveau de responsabilité de chaque acteur de l’industrie, et son niveau de prise en charge économique légalement imposé. « Le paradoxe, c’est que les agences de voyages ne sont pas des multinationales. Ce sont des PME. C’est le maillon le plus faible de la chaîne touristique, et quand je dis faible, ça n’est pas négatif, qui paie le prix le plus fort de la crise ».
« Il faudra qu’une nouvelle réglementation émerge »
Et même s’il est « bien trop tôt pour tirer des conclusions » d’une crise qui n’est pas terminée, Lionel Rabiet espère que les cartes seront redistribuées. « Comme à l’issue de chaque crise, nous devrons faire du lobbying pour faire passer nos messages auprès du législateur. Il y a eu l’éruption du volcan islandais (Eyjafjallajökull, NDLR) en 2010, qui a donné la directive de 2015*. Il y a eu la crise sanitaire, qui a donné la directive européenne** qui sera bientôt traduite en droit français. Il faudra qu’une nouvelle réglementation émerge. Car, malheureusement, nous revivrons sans doute ce genre de situation dans le futur. C’est le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui ».

Pour terminer sur une note positive, Lionel Rabiet a tenu à mettre en lumière l’action de la fondation Je pars tu pars il part, fondée par Germain Lelarge. Consacrée au départ en vacances du plus grand nombre, elle continue de tisser son réseau à travers l’industrie, en mobilisant les acteurs via des dons numéraires ou des dons de stocks invendus.
*Directive (UE) 2015/2302 du Parlement européen et du Conseil du 25 novembre 2015 relative aux voyages à forfait et aux prestations de voyage liées
**COM(2023) 905 du 29 novembre 2023 – Directive modifiant la directive (UE) 2015/2302. En cours d’adoption

Le Ministère du Tourisme peut en partenariat avec les autres acteurs touristiques concernés mettre un comité de gestion de la crise en place en attendant l’adoption des Directives et leur transposition dans les législations nationales.