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[Net Managers] Quelles sont les tendances de voyage d’ici à 2030 ?

Tourisme d’espace, hyper connexion et déconnection, tourisme de la dernière chance… Armelle Solelhac, PDG de l’agence de prospective Switch, identifie 8 grandes tendances d’avenir.

Le secteur du voyage reprend clairement du poil de la bête. Les arrivées de touristes internationaux devraient atteindre « entre 80% et 95% de leur niveau prépandémique » en 2023, selon l’OMT. Mais au-delà des chiffres, quelles tendances se profilent cette année, et même jusqu’en 2030 ? Armelle Solelhac, PDG de l’agence de stratégie et de prospective Switch, identifie 8 tendances, partagées avec les 45 décideurs présents à la conférence Net Managers à La Plagne du 22 au 25 janvier.

1. D’un tourisme de masse à un tourisme d’espace

La réinvention du tourisme passe par des questions liées au surtourisme, au numérique et aux prix, explique en préambule Armelle Solelhac. « Nous aurons un tourisme de masse et virtuel, que l’on peut pratiquer dans un salon (à moindre coût) via le metaverse par exemple. » Un tourisme immobile ou presque, avec des interactions humaines limitées. Un exemple ? Il est possible de gravir le point culminant des Alpes… sans quitter son fauteuil. « Le maire de Saint-Gervais a créé l’ascension virtuelle du Mont-Blanc, à travers une visite virtuelle à 360 degrés. »

Armelle Solelhac © Julia Luczak-Rougeaux

En parallèle, le tourisme d’espace, physique et de niche, va se développer, motivé par la recherche de lieux préservés. C’est idéalement celui d’un secteur aux flux mieux gérés, comme l’expérimente la région PACA avec Waze. Avec une grande qualité de service, une relation humaine plus forte, une dimension élitiste pour nombre de voyages. Et Armelle Solelhac de citer les propos de Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du Monde, lors d’une interview accordée à L’Echo touristique : « Le prix du voyage va augmenter. Parce qu’il faudra payer les conséquences écologiques de ce qu’est le voyage. »

2. Un monde sans friction

« La deuxième tendance, c’est celle d’une expérience la plus fluide possible », ajoute Armelle Solelhac, en livrant deux chiffres. 64% des consommateurs pensent que l’expérience client est plus importante que le prix. Et 51% des clients n’iront plus dans une destination ou n’utiliseront plus une marque après une première expérience négative. Or dans la mobilité, « on ne sait pas bien gérer les 100 derniers kilomètres, voire des 5 derniers avant l’arrivée en station de montagne », ajoute la spécialiste. Comprenez sans rupture de charge, alors que les clients skieurs ont des bagages particulièrement encombrants. D’où l’importance de l’intégration de solutions de mobilité au sein des infrastructures déjà présentes. Un exemple ? Zermatt (Suisse) est accessible en train comme en voiture. Avec depuis sa gare ferroviaire, pour les derniers kilomètres vers les sommets, le train à crémaillère le plus haut d’Europe.

3. L’hyper tourisme

« C’est une tendance qui montre que l’expérience touristique tend à être binaire. Avec d’un côté l’hyper connexion avec nos smartphones notamment, de l’autre l’hyper déconnexion. » L’hyper déconnexion, particulièrement forte dans l’outdoor mais aussi au Club Med avec ses bracelets connectés, a son corollaire : l’essor des séjours de digital detox, qui permettent un retour « à soi » et les retrouvailles avec sa tribu. « Ces séjours ont le vent en poupe, parfois avec des prix assez hallucinants. » Comme ce voyage dans les îles Turcs and Caicos, « à partir de 840 euros par nuit », sans TV ni device connecté. Avec confiscation des téléphones à l’arrivée, et une amende en fin de parcours pour les contrevenants… « C’est une expérience ponctuée avec beaucoup de recherche d’inactivité et de silence, pour des personnes qui ont fortement besoin de décrocher et de s’évader. » Il existe même une plateforme indexant les séjours de digital detox : https://www.digitaldetox.guide.

4. Le tourisme anytime anywhere

Staycation, slow tourisme, locatourisme, bleisure… Tous ces vocables renvoient vers un tourisme plus lent, plus proche de chez soi. La plateforme Staycation.co/fr en est l’incarnation. Le bleisure, lui, a l’avantage d’allonger la durée du séjour. « C’est un vrai sujet d’avenir pour stations de montagne. »

5. Le « Green » tourisme

C’est le tourisme qui satisfait la quête de sens, pendant les vacances. Doublé, parfois, d’un besoin de co-construction avec la population locale. Selon une étude Booking.com, 68% des touristes dans le monde déclarent préférer aller dans des destinations éco-responsables, rappelle Armelle Solelhac. Et 87% des voyageurs disent qu’ils préfèreraient voyager d’une manière pouvant diminuer leur impact sur l’environnement. Sur le thème du « Green » tourisme, parfois taxé de greenwashing, la fondatrice de Switch cite la chaîne américaine d’hôtels et resorts Outrigger, qui invite les voyageurs à une activité de plantation de coraux, pour 100 dollars. « Cette activité génère du repeat, les clients ont envie de voir un an plus tard si les boutures ont pris. » Dans cette démarche RSE, des acteurs du voyage vont jusqu’à la certification B Corp, comme l’agence de voyages Intrepid Travel, et les plateformes française Evaneos et HomeExchange.

6. Le « micro » tourisme

« Le minimalisme est de plus en plus dans l’ère du temps. » C’est l’esprit de Chilowé, Explora Project, Helloways, les micro-maisons façon « Tiny House ». Trois exemples illustrent ce micro-tourisme. Tout d’abord, la plateforme d’hébergements insolites Abracadaroom. Ensuite, le micro festival de Liège en Belgique réservé à 2000 personnes. Enfin, le concept Micro-Folie, qui est un « musée numérisé » d’œuvres provenant de musées nationaux (Louvre, musée d’Orsay…), se déplaçant de village en village.

7. Le tourisme de l’urgence  

Cette septième tendance se décline en deux sous-catégories : le tourisme dit « de la dernière chance » et le Travel Revenge, qui devrait s’étioler en 2023. Le tourisme de l’urgence, c’est lorsque des visiteurs, par exemple, souhaitent observer des sites ou des espèces menacés de disparition. « Pompéi est en cours de numérisation et ceraines parties du site seront bientôt fermées au public », prévient Armelle Solelhac. Se posent alors des questions éthiques et schizophrènes. Et pour cause, le tourisme autour de la barrière de corail en Australie peut participer à la détérioration des fonds s’il est excessif. Mais « les revenus issus du tourisme autour de la barrière de corail en Australie permettent de sensibiliser et de mener des actions de protection. »

8. Le tourisme régénératif

L’idée, et même l’idéal, c’est que les voyageurs laissent le lieu visité dans un meilleur état qu’ils ne l’ont trouvé, en s’impliquant dans la préservation des ressources locales. « Il faut aller au-delà des poncifs de l’OMT, et changer de paradigme, pour que moins de consommateurs dépensent plus, et bénéficient d’une meilleure expérience client. » Avec, à la clé, des quotas de visiteurs et des chartes du voyageur. Et la consultante de conclure avec une citation extraite d’une tribune de Christian Delom (A World For Travel), qui incarne pour elle l’avenir du tourisme pour les 10 prochaines années : « La production touristique se résume trop souvent à une production logistique. Or, mettre la composante humaine au cœur de l’offre touristique n’est pas inclure du service dans de la logistique, c’est construire la logistique autour du service. »

A lire sur le sujet, sur TOM.travel : Le tourisme de demain peut-il encore être durable ?

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