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NANS et MOUTS : des baroudeurs au poil

C'est fesses à l'air et sans un sou que Nans Thomassey et Guillaume Mouton, alias Nans et Mouts, commencent chacune de leurs aventures, avec un rêve en ligne de mire, qu'il s'agisse de griller des Chamallows sur la lave d'un volcan en Sicile ou de bâtir un igloo en Autriche. En route, des personnes les vêtissent, les embarquent en voiture (ou en jet privé !), les nourrissent corps et &

L'Écho touristique : Au début de chaque épisode, les téléspectateurs vous retrouvent sans argent ni vêtements pour rejoindre une destination. Pourquoi avoir choisi de partir nus ?
Nans : Il y a un côté rigolo, mais c'est surtout une façon de créer un lien entre le monde sauvage et le monde citadin, culturel. Partir nu, c'est partir sans échappatoire. Pour t'en sortir, tu dois trouver les ressources en toi.

Mouts : Quand tu n'as rien matériellement, il n'y a pas de botte de secours, il faut aller voir les gens. Cet état de vulnérabilité totale change les conditions initiales qui aident à ce que les gens nous accordent leur confiance. C'est une nudité autant physique qu'émotionnelle, et c'est celle-là qu'on travaille le plus parce que se mettre à poil, ça prend deux secondes, mais faire le tri de tous nos tracas, ça, c'est plus long et pourtant essentiel pour ne pas alourdir la relation.

L'une des premières choses que vous faites est tout de même de trouver de quoi vous couvrir. Quelle est la tenue la plus insolite que vous ayez assemblée ?
Mouts : Une fois, on s'est habillés avec des bâches de balles de foin. C'était en plein hiver et on était bien contents parce qu'on pouvait fourrer de la paille dedans, mais ça donnait un truc vert fluo qui nous a valu d'être arrêtés par la gendarmerie. On a aussi été habillés en arbres de Noël avec des branches de sapin ou encore couverts de carex, une herbe de marécage qui a l'air idéale pour faire des fringues mais dont le bord est tranchant, si bien qu'après quelques pas, on était lacérés de partout.

Côté matériel, qu'emportez-vous ?
Mouts : On a notre baluchon et notre sac à dos. On a aussi une batterie, une carte, une autorisation de droit à l'image, un ordinateur pour sauvegarder les rushs, un téléphone de secours, deux petites caméras, une caméra de poing, une GoPro pour les images sous la pluie ou pour des très grands angles et une caméra de rechange.

Vous tournez toutes les images vous-mêmes. Pourquoi ne pas partir avec un cadreur ?
Nans : Ce serait plus simple. Mais partir seuls est un choix qu'on a posé fermement avec France 5 afin de préserver l'authenticité de la rencontre.

Mouts : Si nous, on est tout nus et sans ressources, et que derrière il y a un gars habillé avec son casse-dalle, ça fausse le rapport.

Voyager dans de telles conditions est plutôt extrême. Quelles ont été les expériences fondatrices qui vous ont menés à ce choix audacieux ?
Mouts : Je m'étais improvisé journaliste pendant mes études d'ingénieur. Avec ma copine de l'époque, j'ai fait le tour du continent américain en stop, pendant un peu moins d'un an, pour rencontrer des gens qui travaillaient dans le développement durable. Je me suis aperçu que l'argent, on en trouvait, que les idées ne manquaient pas, mais que ça pêchait souvent dans le lien humain. On peut inventer de nouvelles éoliennes, pondre de nouvelles écotaxes, mais tant qu'on n'arrivera pas à s'entendre avec la voisine, ça ne nous aidera pas à vivre mieux. Ce cheminement-là m'a amené à vouloir voyager plus localement et surtout à questionner la relation humaine.

Nans : L'étincelle du voyage a commencé à Die, dans la Drôme, quand je suis arrivé au lycée sport-nature. Un jour par semaine, à côté d'un programme général, on apprenait à évoluer dans un milieu naturel. J'y ai rencontré un ami, avec qui je partageais une chambre à l'internat. Un jour, on a formulé le souhait de faire le tour du monde sans avion, parce qu'on était déjà piqués par la fibre écologique. À la fin de nos études, on s'est retrouvés pour faire notre voyage. On est partis en stop, chez l'habitant, pendant deux ans. La première personne à nous avoir pris en voiture en France était un homme qui avait fait le même trajet que nous dix ans auparavant, en traversant l'Atlantique en bateau-stop. Il nous a parlé d'un monsieur qui s'appelle I Free et qui vit sur l'île de Grenade, dans les Caraïbes. Il nous l'a présenté comme un sage qui n'utilise ni le feu, ni l'argent, fait ses vêtements avec des végétaux et joue de la musique. « Il est connu du plus puissant politicien comme du plus pauvre des mendiants, c'est une star », nous a-t-il dit. C'était un peu devenu notre légende et nous l'avons rencontré à notre tour. Il nous a accueillis dans sa maison dans la jungle. C'est une rencontre phare de ma vie qui a certainement joué un rôle énorme dans le fait de partir plus tard avec Mouts pour retrouver nos racines.

Justement, comment vous êtes-vous retrouvés à voyager ensemble ?
Mouts : On s'est rencontrés en école d'ingénieurs en 2005… dans une course de poubelles. On avait beaucoup bougé chacun de notre côté, avec la volonté de chercher des façons de mieux vivre avec moins de ressources. On avait tous les deux envie de tenter l'aventure localement, de comprendre nos concitoyens, les habitants de ce pays où on a grandi.

Nans : J'ai appelé Mouts et je lui ai dit : « Écoute, ça fait longtemps qu'on veut voyager ensemble. Est-ce que ça te dit de sauter le pas ? » Mouts, qui est joueur, m'a répondu : « Ouais, mais dans ce cas-là, on part non seulement sans argent, mais aussi sans sac à dos. » Moi, qui suis tout aussi joueur, j'ai proposé de partir sans équipement du tout. Et lui a surenchéri : « Et si on partait à poil ? » À ce moment-là, on est tous les deux dans le bluff. Deux mois plus tard, on s'est retrouvés au bord de la Drôme, en caleçon, et on s'est jetés à l'eau littéralement. C'est l'un des moments les plus forts de mon existence, et le début de six ans d'aventure avec Nus et Culottés.

Pour vous, cette émission s'apparente à une quête initiatique. Mais que souhaitez-vous transmettre à ceux qui vous regardent ?
Mouts : L'une des ambitions de ces films est d'éveiller l'envie de partir et de partager chez celles et ceux qui ont ce désir qui sommeille en eux. On reçoit de très beaux témoignages. Par exemple : « On a vu vos films, ça nous a fait du bien. P.S. : maintenant, on prend les auto-stoppeurs. » Eh bien, le stop, c'est un vrai vecteur de lien social et de confiance. Donc quand les gens le découvrent, on se dit qu'on aide à combattre la morosité ambiante.

Nans : On a envie d'inviter les gens à sortir de leur zone de confort, à oser l'inconnu, sans se mettre en danger. Avec Nus et Culottés, on capture grâce à la caméra cette magie qui enchante la vie. On se rend compte qu'avec la discussion, les murs qu'on érige se fissurent. On invite à explorer les chemins pour rejoindre le coeur des gens. Quand on n'a pas d'argent, on n'a pas le choix de qui on va rencontrer. Du coup, on est hébergés par des personnes très différentes, de gauche, de droite, d'extrême droite, de toutes les générations. Petit à petit a grandi cette quête pour trouver la lumière chez chacun. Même si, en de rares occasions, on n'y arrive pas.

Y a-t-il parfois de mauvaises rencontres ?
Mouts : Oui, mais les mauvaises rencontres sont celles qui apportent le plus. Elles nous invitent à dire stop, à nous protéger.

Et des rencontres particulièrement marquantes ?
Mouts : Sur la dernière saison, j'ai été très marqué par la rencontre avec une femme handicapée d'une cinquantaine d'années. On était hébergés par l'un de ses amis qui nous a proposé de lui faire monter les escaliers pour qu'elle passe la soirée avec nous. Elle n'avait jamais vu son appartement. Ça avait un goût d'exploit alors que c'était quelque chose de tout simple.

Nans : Il y a eu, dans la saison 3, la rencontre avec Noël, un jeune Belge qui a passé un peu de temps avec nous. Violenté par son père, il s'était enfui à l'âge de 8 ans. Il s'est construit en rencontrant des gens dans la rue et s'est prostitué très jeune. Vers l'âge de 16 ans, il a commencé à beaucoup fumer parce qu'il se détestait. Et puis un jour, il a eu une prise de conscience. Il s'est dit « soit je me laisse mourir, soit je décide de reprendre confiance en l'homme et de demander de l'aide ». Il m'a enseigné la résilience, la responsabilité qu'on a chacun de nos vies.

Vous arrive-t-il de garder contact avec les personnes rencontrées lors du tournage ?
Nans : Depuis le début, on a rencontré environ 2 000 personnes en tout. On ne

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