Municipales 2026 : l’Umih insiste sur la concurrence déloyale des meublés touristiques
À l’approche des élections municipales, le syndicat patronal de l’hôtellerie-restauration adresse douze propositions aux futurs maires. Parmi elles, l’alignement des normes de sécurité des meublés de tourisme sur celles applicables à l’hôtellerie.
« À travers ces douze propositions (voir ci-dessous), nous voulons mettre l’accent sur la dérégulation de nos sociétés et interroger nos futurs élus sur cet aspect », résume Thierry Marx, président de l’Umih. « C’est une démarche apolitique, complète Franck Chaumès, président national de la branche restauration du syndicat. Il s’agit simplement de leur demander comment ils entendent répondre aux problématiques que nous rencontrons au quotidien. »
Parmi les axes forts de ce manifeste, l’Umih appelle les (futurs) maires à « travailler ensemble » sur la régulation de l’offre d’hébergement touristique. Un enjeu d’autant plus stratégique que les collectivités disposent désormais d’outils juridiques renforcés pour encadrer le phénomène : enregistrement des meublés de tourisme, plafonnement du nombre de nuitées, facilitation des contrôles, ou encore amélioration de la collecte de la taxe de séjour, dont l’utilisation, selon le syndicat, doit être « réservée à l’attractivité touristique du territoire. »
Airbnb présent dans 81% des communes françaises
Cette problématique concerne désormais une très large partie du territoire. En France, 81% des communes disposent d’au moins une offre d’hébergement via Airbnb, selon une étude du centre de réflexion Terram. Des chiffres proches de ceux avancés par la plateforme elle-même. « Alors que seules 5 300 communes disposent d’un hôtel, Airbnb est présent dans près de 29 000 communes, sur un total d’environ 35 000 », confirmait récemment à L’Echo touristique Clément Eulry, directeur France d’Airbnb, qui revendique le statut « d’acteur numéro un de la dispersion touristique. »
Cette diffusion très large de l’offre d’hébergement touristique confère aux élus locaux un rôle central. Autant de leviers qu’ils sont invités à activer afin de réguler un marché déstructuré et de préserver l’intérêt général. « Les meublés de tourisme sont devenus une véritable source de concurrence déloyale, à la fois pour l’hôtellerie et pour le logement », répète Thierry Marx.
Loi Lemeur, un cadre encore incomplet
Si le président de l’Umih se félicite de l’adoption de la loi Lemeur, censée renforcer l’encadrement des locations de courte durée, il regrette toutefois l’absence persistante de ses décrets d’application. Une situation qui, selon lui, freine l’efficacité des dispositifs existants et entretient une forme d’opacité. « Les maires doivent en prendre pleinement conscience. Lorsqu’ils autorisent des meublés touristiques sur leur commune, ils doivent à minima savoir qui les exploite. Or aujourd’hui, nous ne disposons toujours pas de listes claires et exhaustives des personnes qui proposent ce type d’hébergement. Que ce soit à Paris, Bordeaux, Nice ou Marseille, il est impossible d’identifier précisément les acteurs de ce para-commercialisme de l’hébergement », déplore-t-il.
Des règles inéquitables entre acteurs économiques
Pour Thierry Marx, cette situation crée une rupture d’égalité entre les professionnels soumis à des obligations strictes et des acteurs opérant dans des zones grises réglementaires. « Il est indispensable que les élus, et en particulier les maires qui auront des responsabilités demain, comprennent qu’on ne peut pas exiger des restaurants, brasseries, cafés et hôtels qu’ils respectent des normes strictes et s’acquittent de taxes, tout en laissant se développer sans contrôle une forme de para-commercialisation qui échappe à ces règles », insiste-t-il.
Au-delà de la seule question des meublés touristiques, le président de l’Umih voit dans cette problématique le symptôme d’un dérèglement plus large. « Le sujet de fond, derrière l’ensemble de ces questions, c’est bien celui de la dérégulation », analyse-t-il.
Le risque des hôtels clandestins
Dernière alerte : les dérives potentielles liées à l’absence de contrôle effectif. « Les meublés touristiques nous conduisent aujourd’hui à une dérive encore plus grave, l’émergence d’hôtels clandestins », prévient Thierry Marx. Et de conclure : « Que faut-il attendre ? Un accident ? Il y en a déjà eu, même s’ils sont passés sous les radars médiatiques. Il y a donc une nécessité urgente de réguler et de mieux comprendre un marché qui a profondément évolué. »
Convaincre les élus sur le terrain
Dans cette perspective, l’Umih entend désormais aller à la rencontre des candidats dans chaque département. Avec le vœu, comme le formule Franck Chaumès, « d’inciter les futurs maires à se former, ou à désigner un référent CHR au sein de leur municipalité, afin de maîtriser les règles et contraintes d’un secteur qu’ils connaissent souvent mal. »
Le syndicat plaide pour un véritable dialogue de terrain, y compris dans les petites communes, et se félicite de voir certains candidats prendre l’initiative de venir interroger la profession. Une démarche jugée indispensable, alors que l’hôtellerie-restauration représente « une industrie à part entière, forte de 1,3 million de salariés », comme l’a rappelé à plusieurs reprises son président Thierry Marx.
Les 12 propositions de l’Umih aux candidats des élections municipales 2026
- Respecter les quotas et les règles pour la délivrance des licences, applicables aux buvettes associatives, festivals, marchés, et aux épiceries et commerces en ligne. Dans le cadre du paracommercialisme.
- Aligner les normes de sécurité des meublés de tourisme sur celles de l’hôtellerie, avec des contrôles et des sanctions en cas de non-respect.
- Favoriser le logement des salariés, en soutenant la création de résidences adaptées aux saisonniers, étudiants et apprentis.
- Réserver l’utilisation de la taxe de séjour à l’attractivité touristique du territoire.
- Revaloriser les métiers et les formations du secteur, en promouvant la diversité des carrières et les opportunités auprès du grand public et des jeunes.
- Améliorer l’accueil en modernisant la signalétique, en réinstallant les préenseignes et en engageant tous les acteurs du territoire dans une charte locale de l’accueil.
- Renforcer l’animation des centres-villes par une politique de terrasses attractive et en protégeant les licences IV au bénéfice exclusif des communes.
- Réduire les déchets à la source et encourager les comportements vertueux, avec la mise à disposition d’un kit « zéro déchet pro » et une tarification adaptée aux efforts réalisés.
- Valoriser des établissements vertueux en donnant de la visibilité aux labels écoresponsables
- Créer un guichet unique « Accessibilité CHRDT » regroupant l’ensemble des aides financières et techniques existantes.
- Mesurer l’impact économique et social avant toute réduction d’horaires ou limitation des terrasses.
- Associer pleinement les représentants du secteur, par leur participation régulière aux commissions consultatives départementales de sécurité et d’accessibilité (CCDSA) et la création d’une commission dédiée au tourisme.
bonjour, la proposition no 11 se moque clairement de ceux, et il y en a, qui habitent à côté de ces établissements et pour qui, passer une soirée au calme et dormir est devenu IMPOSSIBLE.