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Le tourisme urbain échappe à la grisaille

Villes et musées ont battu des records d’affluence cet été. La conséquence du mauvais temps, qui a condamné les plages de l’Atlantique. Mais aussi l’effet d’une offre culturelle dynamique et d’une tendance des Français à privilégier de plus en plus excursions à la journée et courts séjours.

C’est en grande partie la météo qui a dessiné la carte du bilan touristique de l’été en France. Au global, celui-ci est très mitigé. L’Ile-de-France, les villes et les sites culturels ont été très visités, ainsi que les régions ensoleillées du Sud. En revanche le littoral aquitain, la Bretagne, le Nord et la montagne, affligés par le mauvais temps, affichent un net recul. Les touristes ont donc privilégié les valeurs sûres (les deux régions les plus réputées de l’Hexagone), et surtout le tourisme culturel et urbain. Mais la pluie ne suffit pas à expliquer cet engouement. Villes et musées ont su renouveler leur offre et communiquer. Ils ont aussi bénéficié de la visite de nombreux excursionnistes français qui, faute de budget, ont pris leurs vacances… chez eux.

Beau fixe sur l’Ile-de-France

C’est l’Ile-de-France qui réalise le plus beau score de la saison. La région a connu sa meilleure année depuis cinq ans. Elle limite ainsi les dégâts au niveau national, puisqu’elle pèse pour 20 % dans les recettes touristiques de l’Hexagone. 56 % des professionnels interrogés par le Comité régional du tourisme (CRT) estiment l’activité de juillet en hausse par rapport à 2006, 47 % en août. Dans Paris intra-muros, les chiffres sont encore plus satisfaisants. 91 % des professionnels interrogés par l’Office de tourisme et des congrès de Paris (OTCP) jugent le mois de juillet meilleur qu’en 2006, et ils sont encore 79 % pour août. L’hôtellerie parisienne a fait le plein, avec des taux d’occupation atteignant 88,5 % le week-end du 14-Juillet et 79,1 % la semaine du 15-Août. Leurs principales clientèles furent les Britanniques, suivis des Allemands, des Espagnols, des Italiens et des Américains.

Les sites culturels et les musées ont pour leur part été pris d’assaut, et pas seulement à cause de la pluie. Il faut rappeler que Paris a ouvert ou rouvert cinq musées cette année ! Mais les classiques ont toujours la cote. Le centre Pompidou affiche par exemple une progression à deux chiffres (31 %), comme le musée d’Orsay (24 %), le toit de la Grande Arche (24%), la tour Montparnasse (21%) et le château d’Auvers-sur-Oise (21%). Quant à la tour Eiffel (premier site payant au monde) elle progresse de 3 % en juillet.

Sur le littoral atlantique, fuyant les plages trop arrosées, touristes et Girondins se sont réfugiés à Bordeaux, qui a enregistré une hausse de fréquentation de 17 % dans ses offices de tourisme en juillet. La ville avait déjà réalisé une excellente performance en 2006. Elle doit son succès de l’été en partie à son récent classement au Patrimoine mondial de l’Unesco qui a braqué les caméras sur elle. Même si celui-ci aura surtout des répercussions sur la clientèle étrangère en 2008.

Merci le TGV-Est !

Strasbourg, desservie par le TGV-Est, a enregistré elle aussi une progression de 12 à 25 % des nuitées hôtelières en juillet et août. C’est le résultat de l’ouverture du TGV et d’un important effort de promotion avec la campagne Alsacez-vous, estime Jacques Dreyfus, président du CRT. Nantes n’est pas en reste, avec une hausse de fréquentation de 17 % dans ses offices de tourisme. La ville a beaucoup fait parler d’elle avec la première édition de la biennale d’art contemporain Estuaire 2007 qui a dépassé ses objectifs (67 7817 visiteurs), mais aussi avec les Grandes Machines, comme cet éléphant de 12 mètres qui promener en ville 35 passagers. Lyon constate pour sa part une progression de 20 % des visiteurs dans ses offices de tourisme, avec une part exceptionnelle de clientèle étrangère (60 %). Les ventes de City Cards et de visites guidées ont explosé. Enfin, Besançon a réalisé une bonne saison grâce à ses animations liées à l’année Vauban.

Plus généralement, le tourisme culturel et ludique a été partout plébiscité. Les châteaux de la Loire voient leur fréquentation grimper de 10 % en moyenne par rapport à 2006. Chenonceau, le plus visité, devrait dépasser les 800 000 visiteurs cette année. L’aquarium de Saint-Malo et l’Océanopolis à Brest ont battu des records d’affluence, quand le Futuroscope a reçu 18 % de visiteurs supplémentaires par rapport à l’été dernier.

Le tourisme balnéaire et le tourisme vert se sont donc concentrés cet été sur les régions du Sud, les seules ensoleillées. Michel Tschann, président du syndicat des hôteliers de Nice-Côte d’Azur, chiffre la hausse de fréquentation entre 10 et 12 %. Beaucoup de touristes sont venus pour la première fois, se réjouit-il. Le CRT Riviera-Côte d’Azur note également une bonne saison. Selon son étude de conjoncture, l’hôtellerie haut de gamme a atteint des taux de remplissage allant jusqu’à 95 %, quand les résidences de tourisme frisent les 85 %. Bonne nouvelle, la Côte a retrouvé aussi sa clientèle haut de gamme traditionnelle, d’Amérique du Nord et du Proche-Orient.

Le plein air prend le bouillon

Ailleurs, en revanche, la morosité domine, notamment pour l’hôtellerie de plein air, ce qui se traduit par des chiffres nationaux médiocres. Selon le cabinet Protourisme, le nombre de nuitées en juillet et août dans les hôtels, campings et locations est ainsi en baisse de 3 % par rapport à l’an dernier. Dans les Pays de Loire et le Poitou-Charentes, les hôtels et campings haut de gamme sont en recul. En Franche-Comté, certains ont été évacués pour cause d’inondations ! C’est une saison médiocre, mais la baisse n’est pas dramatique et a pu être limitée grâce aux mobil-homes, tempère Guylhem Féraud, président de la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air (FNHPA).

Plus inquiétant toutefois, la baisse de fréquentation dans certaines régions est liée à d’autres facteurs que le mauvais temps. La montagne notamment continue de dévaler la pente, souffrant d’un manque de valorisation de son offre estivale. Déjà en recul en 2006, elle affiche une baisse de fréquentation de 8 à 10 % selon Gilbert Blanc-Tailleur, président de l’association France Montagne. Le littoral aquitain est aussi en recul. La pluie a joué un rôle mineur car les touristes ne peuvent pas toujours annuler leur location. La baisse de fréquentation s’explique avant tout par un amenuisement du pouvoir d’achat. Le littoral est essentiellement fréquenté par les classes moyennes. Or les prix ne cessent d’augmenter, analyse Brigitte Bloch, directrice du CRT Aquitaine.

Reste qu’au global, la clientèle française est en recul quasiment partout. C’était déjà le cas l’an dernier. Si la France a évité une saison catastrophique, c’est donc grâce aux étrangers, notamment aux Européens qui confirment leur retour. Mais ce bilan doit être relativisé. Luc Chatel, secrétaire d’Etat au Tourisme, a rappelé que l’été ne constitue plus que 57 % du bilan touristique de l’année. Et il espère que la Coupe du monde de rugby dopera l’arrière-saison. Même si, comme le rappelle Protourisme, ce ne sont que quelques villes qui en profiteront…

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