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La dangereuse fuite en avant des petits voyagistes

Pour offrir du stock et des prix, notamment aux agences en ligne, de plus en plus de petits TO prennent des engagements aériens démesurés. La défaillance du groupe Alara repose la question de la réglementation des affrètements et de l’information des distributeurs.

Le dépôt de bilan du groupe Alara (commercialisé sous les marques Teos Tours et Turquie N°1) intervenu la semaine dernière et révélé par l’Echo touristique sur son site Internet, n’est évidemment pas une nouvelle affaire Elégance. L’entreprise était, aux dires de nombreuses agences, honorablement connue depuis 7 ans. Et sa défaillance, si elle concerne plusieurs dizaines (voire centaines) de clients, n’a pas défrayé la chronique du 20 heures de TF1, comme ce fut le cas pour Elégance l’été dernier. Et pour cause. Les passagers victimes de cette cessation de paiement n’étaient pas encore partis. Aucun client bloqué à destination, ni aucun rapatriement à grande échelle à mettre en oeuvre, même si plusieurs distributeurs doivent aujourd’hui faire face à un sinistre financier.

De gros risques, quand le marché n’est plus au rendez-vous

Reste que cette défaillance remet en lumière de nombreuses questions, renvoyant à toutes les problématiques du tourisme. Elle rappelle notamment la fragilité accrue de nombreux petits TO, poussés à la course en avant pour tenter de se faire une place au soleil. Ces voyagistes, souvent mal référencés dans les réseaux traditionnels, ont en effet trouvé avec Internet un nouveau débouché. Mais pour offrir les stocks et les prix dont sont friandes les agences en ligne (et leurs clients !), ils sont amenés à prendre des risques disproportionnés, notamment aériens. Les marges sont si faibles que le moindre grain de sable enraye toute la chaîne, précise Gilles Gompertz, directeur du courtier aérien Avico.

De quoi mettre rapidement en péril l’équilibre financier de ces petits TO si le marché n’est plus au rendez-vous (comme c’est le cas pour la Turquie depuis un an) ou si la gestion n’est pas au cordeau, alors même qu’ils ont une faible surface financière. Car les affrètements aériens se règlent avant le départ, alors que les encaissements des clients (ou des agences) se font au retour, en général avec un délai de 30 jours. Nous nous prémunissons contre d’éventuelles défaillances par le biais d’acomptes. Nous demandons en général à l’affréteur 10 % du montant à la signature du contrat, 25 % trente jours avant le départ et le solde quinze jours avant le départ, confirme Ans Westerhoven, gérante du consolidateur Air Masters.

Le Snav botte en touche…

Une équation qui a été fatale au groupe Alara. Reste que cette défaillance aurait pu être anticipée. Les Voyages le Vacon, dirigés par Alain Hamon (par ailleurs président du Snav Ouest) ont été mis devant le fait accompli. Alors que 74 de ses clients devaient partir le 9 octobre en Crète avec Teos Tours, le TO (auquel l’agence avait versé un acompte de 15 000 E) était aux abonnés absents dès septembre. Le 3 octobre, Alain Hamon finissait par apprendre que le groupe Alara était sur le point de se déclarer en cessation de paiement et n’honorerait pas ses engagements.

Pour sa défense, Egenem Guner, le patron d’Alara, évoque la désaffection pour la Turquie, les paiements en attente de ses distributeurs, et des agences en ligne en particulier… Toutes causes recevables par ailleurs. Mais lors de la commission d’arbitrage TO/distributeur réclamée au Snav en urgence par Alain Hamon, qui se tenait le 10 octobre, ce dernier n’a eu que ses yeux pour pleurer. Les Voyages le Vacon ont dû se démener seuls pour re-protéger les clients, qui partiront finalement en Crète le 17 octobre, avec un préjudice financier et commercial pour l’agence qui aurait pu être évité.

En effet, aucun système d’alerte n’a fonctionné, alors même que plusieurs agences avaient déjà, dès cet été, connu des déboires similaires avec Teos Tours. C’est le cas d’Atrium Travel, dans le Xe arrondissement de Paris, plantée le 9 août alors que 125 de ses clients devaient s’envoler pour la Crète. Elle estime son préjudice à 300 000 E. A l’époque, Armand Larget, responsable du service groupes, avait tenté de prévenir les instances professionnelles et même joint par téléphone Georges Colson, président du Snav. Lorsque j’ai été contacté par Atrium Travel début août au sujet de Téos Tours, c’était pour un problème de surbook, qui ne permettait pas de conclure à des problèmes financiers du TO, se défend Georges Colson, qui préfère botter en touche. Dans tous les cas, nous ne pouvons pas porter publiquement un jugement sur la santé d’une société. Il nous faudrait des preuves. Nous n’envisageons pas de créer un système d’alerte des adhérents pour les prévenir de l’éventuelle défaillance d’un fournisseur, ce serait trop dangereux. Par ailleurs, chaque TO qui affrète doit s’assurer de disposer de la capacité financière suffisante et surtout, doit le signaler à la préfecture et à son garant financier. Les compagnies aériennes doivent aussi se montrer responsables et éviter de contracter avec des partenaires peu sûrs.

… et l’APS revoit sa copie

De son côté, l’APS a fait marche arrière sur cet épineux sujet des affrètements. Après l’affaire Elégance, l’association avait envisagé une réforme de ses statuts, pour soumettre tout affrètement réalisé par un de ses adhérents à une déclaration, voire une autorisation préalable de sa part. Depuis, l’APS a revu sa copie. Il ne s’agit pas pour nous de délivrer des autorisations d’affréter, explique Emmanuel Toromanof, fondé de pouvoir. Mais nous voulons être informés, en tant que garant financier, des affrètements réalisés par nos adhérents. Cette obligation d’information est déjà dans nos statuts. A charge pour nous de demander à l’adhérent une garantie bancaire supplémentaire, ou de le radier, si nous estimons que cet affrètement est trop risqué. Rappelons que dans le cas de la défaillance d’Alara, l’APS n’ a pas eu besoin d’intervenir, car le TO n’avait pas de clients directs. Le sinistre est donc à la charge des agences qui l’ont revendu, dans le cadre d’une relation commerciale classique.

Le Snav avait quant à lui lancé, toujours lors de l’affaire Elégance, l’idée d’un ordre professionnel pour surveiller les agissements des uns et des autres. Ce n’est pas pour tout de suite, nuance Georges Colson. Pour qu’un tel ordre soit légitime, il faudrait qu’une majorité d’agences et TO soient adhérents au Snav. Seulement 55 % sont membres du syndicat. Quant au renforcement des contrôles effectués par les préfectures, souhait qui avait été émis par le Snav, cela a tout du voeu pieux tant ces dernières semblent avoir d’autres chats à fouette…

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