La Croatie est devenue trop chère
La Perle de l’Adriatique a perdu de la vitesse sur le marché français l’an dernier, accusant pour la première fois un recul de 15 %. En cause, un mauvais rapport qualité-prix et la hausse des tarifs.
Après six années de croissance fulgurante (32 000 touristes français en 1999, 600 000 en 2005), la Croatie a accusé un recul de 15 % sur le marché hexagonal l’an dernier (505 139 visiteurs), une première ! Un essoufflement que l’on retrouve dans le bilan 2005-2006 de l’Association de tour-opérateurs/Ceto, avec des ventes de forfaits en baisse de 1,7 %.
La Croatie est devenue trop chère justifient les TO, la plupart en perte de vitesse sur la destination. Il est vrai que la TVA a fait son retour le 1er janvier 2006, fixée à 10 % pour l’hébergement (et la formule alimentaire associée) et à 22 % pour les prestations annexes (musées, transferts…). Mais au-delà des taxes, c’est surtout le rapport qualité-prix et la folie tarifaire des hôteliers que les TO pointent du doigt. Car le niveau des hôtels 3b (qui représentent 55 % de l’hébergement) correspond souvent à du 2b. Les tarifs, en revanche, sont sur une courbe ascendante, ce qui donne du pain sur la planche aux services litiges des TO…
Le haut de gamme comme issue
Par ailleurs, les hôteliers privés, forts du succès de la Croatie, n’hésitent plus à saler l’addition. En particulier à Dubrovnik (fief des Français), avec des hausses allant jusqu’à 30 % ! Alors comment lutter quand on est TO sur un marché français qui ne représente que 4 % des visiteurs totaux et dont la baisse des nuitées (-11 % en 2006) n’a pas d’incidence sur le taux d’occupation des hôtels ? Dubrovnik est devenue plus chère que certaines côtes françaises, sans la qualité ni le service, dénonce Dominique Friedman, patron de Sept et Demi. Du coup, le spécialiste a abandonné ses engagements aériens et hôteliers en 2007, et ne fera plus que du à la carte.
Tous les TO ne sont toutefois pas logés à la même enseigne. Travel Europe justifie pour sa part un bon cru 2006 (36 000 clients) en partie grâce aux groupes récupérés à d’autres voyagistes et à sa logique aérienne (entrée par Pula, sortie par Dubrovnik). Il dit aussi alerter ses clients sur la qualité. Une situation plus facile à gérer pour un groupiste dont la clientèle ne passe qu’une nuit dans un hôtel d’étape que pour un TO qui a fait des séjours sa spécialité… Plein Vent a néanmoins trouvé la parade : la délocalisation ! Joost Bourlon, patron du TO, a abandonné son troisième hôtel à Dubrovnik en attendant que les hôteliers retrouvent la raison. Il commercialise à la place deux établissements à Sibenik et un plan de vol en conséquence.
Autre solution pour les TO : se positionner sur le haut de gamme, en adéquation avec la stratégie de l’Etat croate. Car si rien n’est prévu du côté des 3b, les hôtels de luxe fleurissent dans le pays : deux nouveaux 5b à Dubrovnik, un Méridien à Split, 190 appartements en résidence 4b en Istrie. Et le groupe immobilier Orco, qui a acheté 11 sites sur l’île de Hvar pour les transformer en hôtels de charme, a ouvert une première unité sous le label Small Luxury Hotels of the World.
La Croatie tourne donc le dos au moyen de gamme, nécessaire à sa relance, pour se concentrer sur des produits à plus forte valeur ajoutée. Un nouvel avenir touristique avec lequel devront composer les professionnels français. Rev.Vacances, qui lance la destination cet été, entend bien profiter de l’expérience de ses confrères. Pas de Dubrovnik dans sa brochure, mais une production à Split et Sibenik avec trois hôtels, l’un affichant 4b et l’autre 5b.