Easyjet défie Air France sur ses terres
L’offensive de la compagnie low cost au départ de Paris et Lyon vise surtout les lignes rentables d’Air France. C’est une offre supplémentaire aussi bien pour les voyageurs d’affaires que pour les touristes. Reste à savoir si les agences sauront capter une partie de cette clientèle.
La guerre est ouverte ! Depuis que ses concurrents ont abandonné la partie ou qu’elle les a rachetés, Air France régnait en maître dans l’Hexagone, tout juste dérangée par le TGV. C’est terminé ! Easyjet a annoncé son intention de développer fortement son trafic au départ de Paris/CDG et de Lyon/Saint-Exupéry, les deux hubs d’Air France !
En février 2008, le transporteur low cost (qui dispose déjà de six avions basés à Orly) positionnera trois Airbus supplémentaires à Roissy et lancera six nouvelles destinations : Biarritz (deux vols/jour), Porto, Marrakech, Venise, Cracovie et Hambourg. Deux mois plus tard, Lyon accueillera deux Airbus et sept nouvelles destinations : Bordeaux et Toulouse (deux vols/jour chacune), Venise, Porto, Lisbonne, Casablanca et Marrakech. Soit 200 ME d’investissement (600 ME d’ici 2011) et 200 emplois directs créés sur les deux aéroports… En 2011, Easyjet prévoit de disposer de 20 avions en France (desservant 80 destinations) et de transporter 12 millions de passagers par an, contre 6,5 millions en 2006.
Des prix d’appel alléchants
En choisissant systématiquement de se positionner sur les mêmes lignes que la compagnie nationale (cinq sur six au départ de Paris, quatre sur sept de Lyon) et notamment sur les deux transversales Lyon-Toulouse et Lyon-Bordeaux très rentables pour Air France (car sans réelle concurrence du train), Easyjet compte séduire les clients loisirs mais aussi les voyageurs d’affaires. Même si son premier objectif est de capter une nouvelle clientèle, selon François Bacchetta, directeur France. Les tarifs sont bien sûr à l’avantage d’Easyjet (du moins les prix d’appels) : l’aller Paris-Biarritz en mars 2008 est affiché à 31,49 E TTC, quand le prix démarre à 81 E TTC chez Air France.
Nous saurons nous adapter. Nous l’avons déjà fait sur Paris-Nice et Paris-Toulouse. Nous avons alors fait des efforts tarifaires qui nous ont permis de conserver l’avantage, explique-t-on chez Air France. Sauf que cette fois, le changement de terminal à Roissy (Easyjet abandonnera le T3, d’où elle propose déjà 20 vols par jour, pour le 2B, avec connexion au TGV), et l’installation dans le futur terminal simplifié de Lyon constituent de sérieux atouts pour capter la clientèle affaires.
Même si Air France dispose de points forts pour résister, à commencer par son programme de fidélité. Sur certaines routes, telle Lyon-Toulouse actuellement opérée en CRJ, la mise en ligne de plus gros avions pourrait aussi permettre à la compagnie de proposer plus de sièges, et donc plus de petits prix. Sans oublier l’efficacité des hubs de Paris et Lyon. 3,5 millions de passagers transitent annuellement via ce dernier. Il représente 50 % du trafic de l’aéroport, et pourrait faire la différence auprès de voyageurs d’affaires habitués à des connexions faciles et des enregistrements de bout en bout. Construire un hub est une opération compliquée, donc fragile. Si d’aventure l’économie mise en place depuis des années était remise en cause, nous aurions des difficultés à maintenir nos vols les moins rentables, menace Bernard Bazot, directeur régional d’Air France à Lyon. Il promet aussi de rester vigilant sur les redevances pratiquées par les aéroports qui doivent rester équitables et non discriminatoires, faisant référence à la tarification méconnue du futur terminal lyonnais à bas coûts.
Air France prête à casser les prix ?
Ce duel profitera-t-il aux agences ? La concurrence a toujours du bon, d’autant qu’avec la fin des commissions, les distributeurs ne dépendent plus économiquement du prix des billets. Généralement très réactive à chaque nouveau coup de semonce, Air France pourrait revoir ses tarifs à la baisse, ce qui doperait encore un peu plus le marché. Le scénario, déjà joué à Paris pour les vols vers Nice et Toulouse, risque de se renouveler sur Paris-Biarritz, mais aussi vers Bordeaux et Toulouse au départ de Lyon. A Nice, Easyjet et les autres low cost ont aussi permis aux agences de proposer de nouvelles destinations de week-ends. On ne peut plus s’en passer, les compagnies à bas coûts représentent 40 % du trafic de l’aéroport ! Easyjet est par exemple le seul transporteur à proposer Berlin. C’est une destination que je vends bien, explique Janie Bousquet, directrice de Grand Large Voyages (Selectour) à Nice.
Reste que la plupart des low cost (et en particulier Easyjet) ne sont pas accessibles sur GDS, ce qui complique la tâche des agences. Nous effectuons les réservations via la carte bleue de l’agence, qui se rémunère en facturant 10 E de frais par tronçon, poursuit Janie Bousquet. Tout le monde s’y retrouve, y compris le passager qui n’a pas à chercher sur le Net et paie malgré tout moins cher que sur un transporteur traditionnel.
Les agences ont sauté le pas
Longtemps rétives à proposer les low cost à leur clientèle affaires, les agences sont aussi de plus en plus nombreuses à sauter le pas sur ce point, répondant aux désirs des responsables d’achat dans les entreprises. Même si là encore, le process est plus complexe. Le réseau lyonnais OVP (Selectour) inclut par exemple de plus en plus souvent les low cost dans son offre aux entreprises. Comme la commission a disparu, nous n’avons plus vraiment d’intérêt à privilégier les compagnies classiques, explique Loïc Planche, PDG. A Nice, Janie Bousquet propose systématiquement les low cost à ses sociétés en compte. Les avions partent à l’heure, les réclamations sont inexistantes. Que demander de plus ? D’autant qu’Easyjet, soucieuse de capter cette clientèle, permet désormais des modifications de dernière minute, moyennant un supplément.
Le réseau rhônalpin Bleu Voyages a quant à lui peaufiné son portail Internet, proposant un comparatif de prix avec accès à 70 compagnies (y compris low cost). Pour le client affaires, c’est un service très prisé. Il peut rester sur notre site, choisir son vol et régler avec la carte bleue de sa société, sans multiplier les allers-retours avec les sites des low cost. Nous lui facturons des frais modiques, de transaction et de réservation. Grâce à ce système, le client profite aussi de nos statistiques, et ne nous échappe pas, conclut Gérard Luret, responsable aérien chez Bleu Voyages.
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