Dans le voyage, à qui profite le bleisure ?
Longtemps discret, le bleisure – contraction de business et leisure – s’impose aujourd’hui comme un marqueur fort de l’hybridation entre travail et loisirs. Accéléré par la crise sanitaire et l’essor du télétravail, il transforme en profondeur les pratiques des voyageurs d’affaires. Mais au-delà de la tendance, une question demeure. À qui profite réellement le bleisure : aux salariés, aux entreprises, aux hôteliers ou à l’ensemble de l’écosystème touristique ? Décryptage.
« Le bleisure n’est pas un phénomène nouveau. On le pratiquait déjà dans les grandes entreprises au milieu des années 2000 », rappelle Michel Dieleman, président de l’AFTM (Association française du travel management). Ancien directeur du travel management monde du groupe Orange, il a vu émerger cette pratique dans un contexte très différent de celui d’aujourd’hui. À l’époque, la logique était avant tout économique. « Marier les objectifs professionnels et personnels avait du sens et a contribué à réduire les budgets déplacements », explique-t-il. Les données confirment cette antériorité. Il y a dix ans, L’Écho touristique reprenait une étude menée par Carlson Wagonlit Travel indiquant que 20 % des voyageurs d’affaires associaient déjà du temps de loisirs à leurs déplacements professionnels, un chiffre annoncé comme stable depuis 2009.
Étendre un déplacement de quelques jours pour visiter la destination à titre privé représentait alors 7 % de l’ensemble des voyages d’affaires. Autrement dit, bien avant la pandémie, la pratique était installée, même si elle restait minoritaire. Le prolongement du séjour en constitue la forme historique. Le bleisure en a depuis élargi le périmètre.
Deux formes de bleisure
Directeur du cabinet Coach Omnium, Mark Watkins distingue deux situations. La première, classique : un cadre en déplacement qui prolonge son séjour ou arrive plus tôt pour profiter de la destination. « Cela existait déjà dans les séminaires organisés sur la Côte d’Azur ou à Courchevel », souligne-t-il. La seconde, plus contemporaine, associe travail et loisirs simultanément, favorisée par le télétravail. « Certains travaillent le matin depuis la Bretagne et font du sport nautique l’après-midi. On cumule travail et loisir dans la même journée. »
Pour autant, Mark Watkins relativise l’idée d’une rupture. « Huit clients affaires sur dix voyagent avec un ordinateur portable. Internet et le télétravail ont amplifié le phénomène, ils ne l’ont pas créé. »
Un changement d’échelle depuis la pandémie
Rémy Oudghiri, sociologue et directeur général de Sociovision (groupe Ifop), relève néanmoins un changement d’échelle depuis la crise sanitaire et la généralisation du télétravail.
Pour lire l’ensemble de cet article, veuillez vous identifier avec votre compte si vous avez déjà un abonnement à L’Echo touristique OU abonnez-vous.
