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Création d’agences, le labyrinthe

Le contexte : Depuis trois ans, l'immatriculation des agences de voyages s'opère directement auprès d'Atout France. Les nouveaux entrants dans la profession sont peu nombreux. La situation : L'examen local des dossiers de candidature est supprimé. Le financement du démarrage de l'activité reste problématique. Les enjeux : La déréglementation du marché a-t

«On ne peut pas définir le profil type du créateur. La plupart des nouveaux entrants dans la profession découlent de rachats d'agences, ou de séparations ». AS Voyages, leader français parmi les réseaux de distribution avec 1 190 agences établies, observe une prédominance des spécialistes parmi les créations de PME : des niches telles que les agences spécialisées dans les marathons, les pèlerinages ou l'oenologie sont « tendance », mais « les statistiques sur les vraies créations sont insignifiantes » parmi les nouveaux entrants. Cédric Denis, un Bordelais de 37 ans entré dans le réseau en octobre 2011, est l'un d'eux. « J'ai étendu une licence réceptive, obtenue depuis quelques années, en immatriculation. J'ai ouvert une agence traditionnelle dans un quartier typé CSP +, à Bordeaux. Mon point de vente, c'est une devanture de 3,50 mètres, qui fonctionne comme un commerce de quartier ». Affilié Selectour, Cédric Denis raconte son parcours de créateur comme un voyage dans un labyrinthe, en solitaire. « Je n'ai pas bénéficié de l'aide aux chômeurs créant ou reprenant une entreprise. Les banques n'ont pas voulu me prêter d'argent pour financer le démarrage de l'activité et son fonds de roulement. Alors, en garantie, j'ai dû risquer ma maison. Le fonds de roulement, 15 000 E, a été financé par un emprunt personnel. La banque m'a seulement avancé le droit au bail, au centime près, pour un commerce de 35 m2. Résultat, depuis un an, j'ai régulièrement des sueurs froides. Il suffirait qu'un client me plante, sur un dossier à 5 000 E pour lequel j'aurais déjà réglé un acompte, pour que je ne puisse pas sortir mon salaire le mois suivant ! » Optimiste, avec ses destinations best-sellers dans l'Océan Indien synonyme de bonnes rentrées commerciales, Cédric Denis s'apprête à recruter un agent de comptoir. « Un senior, parce que je n'aurai pas le temps de le former ».

 

« FINANCIÈREMENT, LA CRÉATION, C'EST RISQUÉ »

D'autres se lancent dans la création d'une PME en fin de carrière, après un plan social ou à l'issue d'un licenciement. Jean-Marie Baillot, salarié pendant 27 ans d'un réseau dans l'Est de la France, a créé et installé Couleur Monde dans son village du Val d'Ajol, dans les Vosges, sur une niche « thermale » dans le réceptif, puis dans les voyages et croisières sur mesure. « J'ai travaillé en marque blanche avec Go Voyages, mais je ne pense pas renouveler mon contrat », révèle Jean-Marie Baillot, qui se présente comme « un pré-retraité », travaillant « sur le téléphone portable, sans locaux avec pignon sur rue » sans oublier d'entretenir son jardin quand les groupes sont partis, ou quand les dates sont bien remplies… « Financièrement, la création, c'est risqué. La garantie ne m'a servi à rien, l'année dernière, quand Vision du Globe a déposé le bilan après avoir encaissé 4 000 E d'acomptes de mes clients. L'APS me servira seulement si, un jour, ma propre agence est défaillante. À quoi bon dépenser deux fois 1 200 E par an pour le suivi de ma garantie et pour ma responsabilité civile, si je me retrouve seul en cas de pépin ? » s'interroge Jean-Marie Baillot.

Emmanuel Toromanof, secrétaire général de l'APST (Association professionnelle de solidarité du tourisme), reconnaît l'isolement et les difficultés financières rencontrées par les créateurs de PME. « Nous avons mis en place un partenariat avec l'Association française des seniors du tourisme, qui leur permet d'avancer », explique-t-il. « Chaque créateur rencontre son tuteur tous les trois mois. L'adhérent échange avec une personne qui a de l'expérience, qui est volontaire dans un vivier de plus de 300 personnes. Il faut arrêter d'avoir cette image pessimiste du tourisme. Depuis quinze ans, le secteur résiste, crée des emplois ». Les statistiques annuelles de l'APST, passage obligatoire pour les créateurs, traduisent pourtant le faible niveau des lancements d'activités, en 2011 et 2012. L'année dernière, l'APST a enregistré 318 demandes d'adhésion, et radié ou enregistré la démission de 218 adhérents. Au premier semestre 2012, les demandes d'adhésion représentent 80 dossiers, pour 66 radiations ou démissions. Dans 10 % des cas, les demandes sont refusées, « parce que les dossiers arrivent sans aucune contre-garantie financière », observe Emmanuel Toromanof.

Avec 3 679 « agents de voyages ou apparentés » immatriculés et en activité au 11 septembre 2012, Atout France n'opère pas de distinction statistique entre les nouveaux entrants dans la profession et les opérateurs de voyages qui passent de l'ancien régime (licence, habilitation, agrément, autorisation). La loi de modernisation et de développement des services touristiques du 22 juillet 2009, censée assouplir l'accès à la profession aux nouveaux venus, n'a pas dopé les créations, mais les statistiques restent à affiner : en avril, 30 % des professionnels du tourisme n'avaient pas effectué leurs démarches d'immatriculation ! La « tricherie », qui consiste à pratiquer une activité commerciale touristique sans immatriculation, ne semble pas avoir progressé pour autant.

 

« Les banques n'ont pas voulu me prêter d'argent pour financer le démarrage de l'activité et son fonds de roulement, » Cédric Denis, entrepreneur.

Les statistiques annuelles de l'APST, passage obligatoire pour les créateurs, traduisent le faible niveau des lancements d'activités, en 2011 et 2012.

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