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Cornoavirus : dialogue de sourds entre hôteliers-restaurateurs et assureurs

Pétitions, assignation en justice : privés de perspective de réouverture, restaurateurs et hôteliers à l’activité sinistrée par la crise sanitaire en appellent aux assureurs pour couvrir leurs pertes d’exploitation. Mais ces derniers leur opposent majoritairement une fin de non-recevoir

« On peut comprendre que le système d’assurance ne puisse pas prendre 100% des pertes d’exploitation de tous nos établissements. On ne peut pas accepter que ce soit zéro » : Jean-Virgile Crance, président du groupement national des chaînes hôtelières (GNC), résume le dialogue de sourds qui s’est instauré sur BFM Business mercredi. Maintenir fermés les cafés, hôtels, bars, restaurants et discothèques au-delà du 11 mai, date de sortie progressive du confinement, est synonyme de « catastrophe économique », selon l’Umih, principal syndicat du secteur, pour qui « 2020 est une année perdue ». Son président Roland Héguy a exhorté les assureurs à « être aux côtés des entreprises », une demande relayée par l’exécutif qui a demandé au secteur d’être plus solidaire. Mais si les assureurs ont accru leur effort financier, et travaillent à l’élaboration d’un futur régime de catastrophe sanitaire, ils refusent de couvrir les pertes de revenus des établissements fermés pour ne pas propager le Covid-19. Exclu de la quasi-totalité des contrats, le risque d’épidémie ne peut pas être couvert car il touche tout le monde, font-ils valoir. Et indemniser 60 milliards d’euros de pertes mettrait le secteur « à terre », selon Florence Lustman, qui préside la Fédération française des assurances (FFA).

Assignation d’assureur en justice

La révélation d’un accord entre les assureurs allemands et le gouvernement régional de Bavière pour indemniser environ 15% des pertes d’exploitation des restaurateurs de la région a ravivé le débat. Les autorités bavaroises en assument majoritairement le coût et cette mesure ne concerne qu’une minorité de restaurateurs, rétorque la FFA. Le restaurateur Stéphane Manigold, à la tête de quatre restaurants parisiens, a finalement décidé d’assigner l’assureur Axa en justice pour le forcer à indemniser ses pertes d’exploitation, en l’absence de clause d’exclusion. Son courtier en assurances Satec le soutient, estimant que certains contrats couvrent la « fermeture administrative imposée par les services de police, d’hygiène ou de sécurité », selon un courriel à ses clients daté du 8  avril consulté par l’AFP, et demandant à Axa de réviser son « appréciation ». Axa argue que ses contrats ne couvrent pas l’interdiction « généralisée », prise « par arrêtés ministériels », de « l’accès du public à certains établissements pour lutter contre la propagation d’un virus ».

« Pas de règle générale »

Toutefois une poignée d’assureurs vont au-delà. Seul l’un des mastodontes du secteur, Covea (Maaf, MMA, GMF), s’est exprimé à ce sujet. « La Maaf devrait verser 190 millions d’euros à ses assurés ayant souscrit une assurance perte d’exploitation éligible en cas de pandémie. Cela représente en moyenne 30.000 euros par assuré », détaillait son PDG Thierry Derez dans le Figaro jeudi. Selon la présidente de la FFA, ces contrats prévoyaient un risque d’intoxication des clients pouvant occasionner une fermeture d’une ou deux semaines, « mais comme les dispositions ne sont pas claires », certains vont indemniser leurs clients, a-t-elle expliqué mercredi à la presse. « Il n’y a pas de règle générale », a-t-elle précisé le lendemain sur RTL, engageant les restaurateurs à voir s’ils peuvent bénéficier des nombreux fonds de solidarité créés par les assureurs pour aider très petites entreprises (TPE), indépendants, commerçants et artisans. Face aux critiques, les assureurs rappellent leur effort « massif » de 3,2 milliards d’euros via différentes mesures de soutien à l’économie, dont 400 millions dédié au fonds de solidarité pour les TPE et indépendants. Pour Stéphane Jégo, chef du restaurant l’Ami Jean à Paris, dont la pétition demandant au gouvernement de décréter l’état de catastrophe naturelle sanitaire a recueilli 130.000 signatures, les assureurs doivent aider à redémarrer à l’été, une activité forcément réduite par les distances à respecter entre les convives. « Il va falloir nous réinventer, développer l’activité traiteur, la vente à emporter, pour pouvoir réembaucher notre personnel, sinon il y aura un drame économique et humain », dit-il. « Les assureurs pourraient prendre en charge les salaires, les loyers, pendant 3 à 6 mois. » L’Etat va de son côté consentir des annulations de charges et garantit des prêts concédés par la Banque publique d’investissement (BPI).

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