Bayanzag
« Sain baina uu, ça veut dire « bonjour » en mongol, une langue incompréhensible et tout aussi illisible, à moins de maîtriser l’alphabet cyrillique. Cela n’empêche pas Sumia de nous faire la conversation, très volubile au volant de sa jeep russe. Chauffeur émérite (pas de route, pas de panneau indicateur pour se repérer, juste sa connaissance instinctive de la topographie), Sumia a fière allure avec ses gants blancs (qui le protègen
Sain baina uu, ça veut dire bonjour en mongol, une langue incompréhensible et tout aussi illisible, à moins de maîtriser l’alphabet cyrillique. Cela n’empêche pas Sumia de nous faire la conversation, très volubile au volant de sa jeep russe. Chauffeur émérite (pas de route, pas de panneau indicateur pour se repérer, juste sa connaissance instinctive de la topographie), Sumia a fière allure avec ses gants blancs (qui le protègent de la poussière) et surtout ses deux gros écouteurs, censés l’isoler du sifflement du vent. Nous descendons vers le sud et, comme chaque jour, avalons nos cinq à six heures de steppe. Les chaos de la piste et l’immensité, à 360°, sans un arbre ni une construction, finissent par plonger dans un état second. On décroche, un peu comme le chaman quand il entre en transe ou le lama lorsqu’il récite sa litanie de mantras. On approche aussi le mode de pensée de nos hôtes, forcément influencés depuis des siècles par cet infiniment grand et cette nature omniprésente. Ici, l’horizon est si large que le ciel et la terre semblent ne faire qu’un. Pas étonnant que les Mongols soient animistes et croient aux esprits, ceux du ciel, des montagnes, de l’eau et du sol. Et les honorent. On sacrifie ainsi, avec Sumia, aux rites des ovoos, ces monticules de pierres ceints d’écharpes bleues qui jalonnent la route et dont on fait trois fois le tour, dans le sens des aiguilles d’une montre, pour se souhaiter un bon voyage. Avant de respecter les codes de l’hospitalité chez Jamian, le chamelier, qui nous accueille dans sa yourte. Un verre d’airag, ce lait de jument fermenté, un thé au lait salé, un peu de tabac à priser et nous voilà partis à dos de chameau (entre les deux bosses !) explorer les falaises ocre de Bayanzag, là où on a déterré oeufs et fossiles de dinosaures. Un lieu étrange, au soleil couchant, qui a inspiré Steven Spielberg…
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