Acheter des fans : gare aux arnaques !
Certains sites Internet proposent à des entreprises souhaitant développer leur page Facebook d’acheter des fans. Cette pratique, qui permet de gonfler ses statistiques sur les réseaux sociaux, est critiquée par avocats et experts.
40 Euros HT les 1 000 fans internationaux. 160 Euros HT les 1 000 fans français, 99 Euros HT les 10 000 followers Twitter. Sur Internet, les afficionados des réseaux sociaux se vendent au forfait, comme des poignées de cerises. « Il s’agit clairement d’une arnaque », lance un observateur avisé. Pierre Matuchet, fondateur de Milky, société experte en stratégies digitales, n’en pense pas moins. Mais les propos de cet ex-cadre de Voyages-sncf.com sont plus mesurés : « Il vous est proposé d’avoir des fans qui n’ont aucun attachement à votre marque. Vous risquez de récupérer des fans des pays de l’Est… ».
« ON N’ACHÈTE PAS DE LA FIDÉLITÉ, CELA SE MÉRITE »
« C’est de la publicité mensongère, puisqu’on détourne l’objet même du réseau social, pour en faire un élément de valorisation qui n’est pas viral ni conforme à ce que le fan a voulu », souligne Anne-Sophie Poggi. D’après cette avocate du cabinet Poggi Avocats, il s’agit du pendant des faux avis de consommateurs.
La pratique pose problème au chapitre de la protection des données personnelles. « Il semblerait que le fan, vrai utilisateur de Facebook, n’ait pas donné son accord pour être « fan » de la page concernée, relève Emmanuelle Llop, avocate à la Cour. Or la CNIL, par exemple, dénoncerait sûrement ce système qui n’est pas légal, puisqu’il y a utilisation de fichiers et de données personnelles à des fins commerciales ou publicitaires sans l’accord de l’intéressé. On pourrait également considérer qu’il y a usurpation d’identité (infraction pénale), voire piratage de la page des fans concernés ». Fastbooking, fournisseur technologique pour les hôtels, déconseille une telle pratique. « L’achat de fans n’a aucun intérêt, si ce n’est épater son patron ou rendre jaloux ses concurrents, lâche Jean-Louis Boss, son vice-président France. C’est une pratique interdite par Facebook – encore faut-il que ce dernier s’en rende compte. On n’achète pas de la fidélité, cela se mérite ».
Si un marchand se laisse toutefois tenter, qui est responsable en cas de plainte ? Anne-Sophie Poggi : « La société qui vend des prestations a priori illicites, mais aussi la société utilisatrice en tant que complice ». La plus grande vigilance est donc de mise. D’autant qu’il n’y aura donc pas d’interaction sur la page concernée avec ces fans « contraints ». Et les effets collatéraux, au niveau de l’e-réputation, très néfastes à long terme.
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