Ce que l’on sait du virus
A mesure que les semaines passent, on en sait plus sur le “mystérieux virus”, dont l’origine semble se trouver dans un marché de la ville chinoise de Wuhan, fermé depuis le 1er janvier. La souche incriminée est un nouveau type de coronavirus, une famille comptant un grand nombre de virus. Ils peuvent provoquer des maladies bénignes chez l'homme (comme un rhume) mais aussi d'autres plus graves comme le Sras (syndrome respiratoire aigu sévère). Pour rappel, en 2002-2003, ce virus hautement contagieux avait tué quelque 650 personnes en Chine continentale et à Hong Kong, et avait lourdement impacté l’industrie touristique. Une comparaison qu’il faut toutefois nuancer. “Le monde a énormément appris des crises précédentes, souligne Philippe Guibert, directeur médical régional, consulting Santé au sein d’International SOS. On a appris à mieux se préparer, à mieux répondre. Le monde de 2020 n’est pas celui de 2003, et la Chine de 2020 n’est plus non plus celle de 2003. Nos équipes sont sur place, et elles constatent que les autorités chinoises déploient des moyens impressionnants pour enrayer l’épidémie”. Selon les toutes dernières informations, ce virus, qui se transmet par les voies respiratoires, “pourrait muter et se propager plus facilement”, ont indiqué les autorités chinoises lors d’une conférence de presse. La contagion entre personnes est désormais avérée. A l’heure où nous rédigeons ces lignes, le bilan est de 9 morts. 440 sont confirmés mercredi matin. Près d’un millier de patients sont par ailleurs en observation, selon un communiqué la Commission nationale de la santé chinoise. Si l’épidémie inquiète, c’est aussi parce qu’elle intervient juste avant la période annuelle de voyages la plus dense du pays, avec les vacances du Nouvel An lunaire, qui a lieu le 25 janvier, prétexte à de nombreux déplacements pendant une période s’étalant sur plusieurs semaines. Et des inconnues subsistent : “Nous n’avons pas encore le profil exact de gravité, explique Philippe Guibert. C’est encore difficile d’établir des ratios sur quelques centaines de cas, pour définir un taux de sévérité ou de mortalité. Nous savons également encore peu de choses sur la période d’incubation et sa durée. Si le malade est contagieux avant l’apparition des symptômes, la gestion de la crise sera plus complexe.”
D’autres pays déjà touchés
Des cas ont été rapportés ailleurs en Asie : au Japon, en Corée du Sud, en Thaïlande, à Taïwan. Comme les Etats-Unis le redoutaient, un premier passager en provenance de Wuhan a contracté le virus, ont annoncé les Centres de prévention et de contrôle des maladies (CDC) américains mardi. L'homme a été hospitalisé par précaution et va bien. "Nous nous attendons à d'autres cas aux Etats-Unis et dans le monde", a prévenu Nancy Messonnier, responsable des CDC. Le risque pour les Américains reste cependant "faible à ce stade", a-t-elle dit. A Hong Kong, les autorités se disent en "alerte maximale". L'aéroport de la ville, l'un des plus fréquentés du monde, procède déjà en temps normal au contrôle thermique de tous les passagers. Ceux qui arrivent de Wuhan doivent également remplir un formulaire. Ils s'exposent à des sanctions pouvant aller jusqu'à 6 mois de prison en cas de mensonge. Les longues frontières terrestres de la Chine sont également surveillées, notamment au Vietnam. La Corée du Nord aurait quant à elle décidé de «temporairement fermer sa frontière à tous les touristes étrangers par mesure de précaution face au coronavirus», apparu dans la Chine voisine, rapporte une agence de voyages locale, Young Pioneer Tours. Cette agence indique toutefois qu’elle ignore les détails de cette mesure et attend de plus amples informations ce mercredi. “Ce qui est quand même frappant, c’est la vitesse de propagation du virus, remarque Philippe Guibert. En quelques jours il a atteint plusieurs continents. Ça va très vite, et notre monde hyperconnecté favorise ce type de transmission. Il sera intéressant de voir à quelle vitesse ce virus va se propager aujourd’hui du fait des moyens de transports. Wuhan est relié à 3 aéroports américains en direct, 3 aéroports européens, et bien sûr il est connecté à toute l’Asie. Par rapport aux épisodes précédents de cette nature, si la gestion s’est grandement améliorée, les connexions se sont largement développées, et cela peut jouer sur la propagation du virus.” "Etant donné le petit nombre de contagions d'humain à humain rapporté, le potentiel de transmission dans les pays développés "devrait être faible", a de son côté commenté Paul Hunter, professeur de protection sanitaire à l'université d'East Anglia, via l'organisation Science Media Centre, mais à condition que les procédures de contrôle soient appliquées rigoureusement."
