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VICTOR, ISMAËL, SAMUEL : Globe-trotteurs de convictions

Samuel est chrétien, Victor athée, Ismaël musulman, Ilan de confession juive, et Josselin agnostique. Les cinq jeunes hommes ont décidé de parcourir la planète, de la Mosquée Bleue au mur des Lamentations, des bidonvilles du Kenya à la Maison-Blanche. Las d'entendre que les religions engendrent des conflits, ils sont partis avec une quête commune : dénicher, de par l

L'Écho touristique : Comment est né le projet de tour du monde interreligieux ?
Victor : Le projet Interfaith Tour est né d'une rencontre entre Samuel, fondateur de l'association Coexister, et Christian de Boisredon, créateur du journal SparkNews, et fervent défenseur du journalisme de solution. Ils ont lancé ensemble l'idée d'un tour du monde de jeunes autour des initiatives interreligieuses, pour ensuite les relayer. Cinq personnes membres de Coexister sont parties, de juillet 2013 à juin 2014 : Samuel, Ismaël, Ilan, Josselin et moi-même.

Pourquoi avez-vous sélectionné 48 pays, et comment ?
Ismaël : Nous avons décidé de découvrir un grand nombre de pays afin de multiplier les rencontres, mais aussi pour effectuer des repérages en vue des tours du monde suivants, avec d'autres équipes. Nous avons pu nous renseigner sur 435 initiatives interreligieuses, à travers autant d'interviews. Pour autant, nous n'avons pas négligé la qualité à la quantité.

C'était un tour du monde peu banal, engagé. Qu'en retenez-vous ?
Victor : Une très belle expérience de vie, avec ses joies surtout, mais aussi quelques peines, entre les membres d'une équipe tous pratiquants : chrétien, musulman, athée… C'était aussi un engagement au service d'une cause, à la recherche d'initiatives interreligieuses développées à l'étranger, pour ensuite nous en inspirer. Nous voulions rapporter, du monde entier, des solutions pour le mieux vivre ensemble en France. Il fallait organiser notre hébergement, mener des interviews, monter des films. C'était fatigant et très formateur.

Samuel : Le projet fait écho à l'association Coexister. Ce qui m'a beaucoup surpris et touché quand j'ai rencontré Victor, même si nous avons des points d'opposition, c'est sa bienveillance par rapport aux autres religions, et sa volonté d'améliorer le vivre ensemble, de proposer des solutions concrètes. J'ai vécu de très belles rencontres dans l'équipe mais aussi dans les pays étrangers.

Pouvez-vous donner des exemples d'initiatives interreligieuses ?
Samuel : Tom a lancé un réseau social à Tel Aviv pour que des jeunes juifs et arabes apprennent à se connaître. Au Laos, un moine bouddhiste rassemble des personnes de différentes religions afin de lutter contre le sida. À Berlin, c'est un rabbin qui organise des soirées de slam contre l'islamophobie, avec des imams lisant des poèmes contre l'antisémitisme. Face à un désespoir parfois généralisé, avec une actualité pouvant entraîner le repli sur soi, il est important de se souvenir : les gens que nous avons rencontrés sont la preuve que, oui, nous pouvons vivre ensemble.

Comment avez-vous financé et organisé le voyage ?
Victor : Nous avons levé 123 000 euros. Nous avons aussi largement vécu sur la solidarité des gens, pendant les 12 mois incluant le tour de France : de notre réseau, créé autour des initiatives interreligieuses, découlaient souvent des solutions d'hébergement. Le réseau de la diplomatie française nous a également épaulés. Nous avons été hébergés gratuitement, jusque dans les appartements du Vatican…

Un regret ?
us aurions aimé constituer une équipe mixte. D'ailleurs, une fille devait partir avec nous, mais elle a dû renoncer, d'où notre groupe de cinq garçons. Ce n'est pas idéal en termes d'image, par rapport à nos valeurs. La deuxième équipe, InterFaith 2, est composée de trois filles et de deux garçons. C'est mieux, pour aussi recueillir des impressions et des informations complémentaires. En Palestine par exemple, les hommes sont dans le salon, les femmes sont dans la cuisine. Il nous est donc impossible de restituer la situation des femmes.

Quel est votre meilleur souvenir ?
Ismaël : Victor, je te laisse le Pape (rires). Plus sérieusement, la question n'est pas facile. Le voyage, en lui-même, est mon meilleur souvenir. Je peux difficilement choisir entre les heures de rigolade avec Victor, la rencontre avec le Pape, et celle avec un prêtre shinto, qui m'a permis de réaliser mon rêve de dormir dans un Shrine (sanctuaire, Ndlr) au Japon. La seule difficulté de cet hébergement, c'était les bains collectifs (nus, Ndlr). Quand on fait un tour du monde, en équipe, la douche devient le seul moment d'intimité, auquel nous avons dû renoncer, du coup, pendant quatre nuits.

Victor : Mon meilleur souvenir fut cette rencontre, forte et émouvante, avec le Pape qui m'a dit : « Tu es athée ? C'est parfait, tu es mon nouvel ami, ne change surtout rien. ». S'adresser à lui pendant une petite dizaine de minutes est un privilège rare, surtout pour un athée comme moi !

Samuel : Mon plus beau jour, étonnement, ce fut l'arrivée à l'aéroport : le retour, avec la famille d'Ismaël (rires). Depuis l'étranger, j'ai très fortement ressenti le manque de la France. Ce tour du monde a redonné de la saveur à tout ce que nous avions vécu d'exaltant, de fatigant, de contraignant.

Et le pire souvenir ?
Ismaël : Notre arrivée à Amsterdam, au tout début du voyage. La personne qui devait nous loger nous a fait faux bond. Il était 18 heures, nous n'avions pas d'hébergement, les hôtels étaient complets. Nous avons toqué aux églises et au consulat. Le génie Victor a finalement trouvé une solution.

Victor : Une engueulade avec Samuel, en Indonésie, dans un taxi, à propos d'une question futile de shampoing. C'était un point de détail, après au moins sept mois de tour du monde. Quand on entreprend un voyage avec de l'hébergement solidaire, on vit à cinq dans un bocal, dans les mêmes chambres, les mêmes taxis, à poser les mêmes questions lors des interviews. Et tous les soirs, vous racontez à table les mêmes choses. Un périple de 300 jours de voyage, en passant par 70 villes, crée aussi des tensions humaines, même quand nous sommes complètement en phase.

Ismaël : C'était de la routine dans l'extraordinaire. Tous les jours, nous réalisions des rencontres incroyables, ce qui nous motivait malgré la fatigue.

Samuel : Parmi les souvenirs difficiles, en dehors des temps de tension dans l'équipe, il y a l'Asie. Nous avons traversé onze pays asiatiques successifs, avec de grands chocs culturels et climatiques qui s'accumulaient. C'est très violent, le Bangladesh étant le plus marquant. Le Moyen-Orient, l'Europe, l'Amérique et l'Afrique partagent un fort socle lié en partie, malheureusement, à l'héritage colonial. Ces continents sont assez uniformisés au niveau de leur vision du monde, progressive : on vit, on meurt. L'Asie a une autre conception, avec une vie circulaire, qui recommence. Dieu, s'il existe, est en fusion avec l'harmonie des hommes et la terre.

Dans votre récent livre, Victor, vous évoquez souvent la bienveillance, jamais la tolérance ? Pourquoi ?
Victor : La tolérance sous-entend la contrainte. Cela signifie qu'on accepte par défaut, parce qu'on n'a pas le choix. Il faut aller plus loin. La bienveillance est un terme plus approprié. Nous ne parlons d'ailleurs plus d'interreligieux, qui exclut l'athéisme et l'agnosticisme. Nous préférons le terme interconvictionnel.

Vous avez aussi réalisé un Tour de France de deux mois, juste après avoir posé les valises. Dans quel but ?
Samuel : Pour sensibiliser les écoles, les mairies, les collectivités… C'était la suite logique, et un moyen de rencontrer aussi ceux qui nous ont suivis sur Internet. Nous avions posté 40 vidéos sur YouTube, qui ont généré 63 000 vues à ce jour. Nous voulions également permettre à Coexister de changer d'échelle, en montrant que tout le monde peut apporter sa pierre. Désormais, nous avons 30 groupes de coopération en France, au sein de notre mouvement, qui rassemble 2 500 jeunes. Interfaith Tour est un programme du mouvement, comme notre festival de musique. Dans la continuité, nous venons de créer, avec Victor, une société de conseils.

Ce long voyage a donc modifié vos projets professionnels ?
Victor : Oui, avec Samuel, nous avons décidé de nous lancer dans l'expérience entrepreneuriale, avec Convivencia Conseil depuis le mois de janvier. Nous voulons faire bénéficier de nos rencontres les entreprises, les collectivités, les associations, pour les accompagner dans la prise de décision par rapport à la laïcité et au droit. Nous pouvons les aider au niveau de la politique RSE et des ressources humaines par exemple. Nous travaillons sur la question de la discrimination et du racisme. Nous intervenons en termes de conseil, formation, médiation quand tout se passe bien, ou quand il y a conflit avec des collaborateurs. Nous avons déj&

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