Une France coupée en deux
Les touristes étrangers, et notamment américains, ont retrouvé le chemin du sud de la France et de Paris. Le nord du pays, souvent pénalisé par une météo moins clémente, a observé en revanche un recul de la clientèle, tant française qu’européenne.
Une France coupée en deux : tel est le premier enseignement des bilans provisoires réalisés par les 22 Comités régionaux du tourisme (CRT) auprès des professionnels sur le terrain. Si la saison n’est pas encore terminée, il semble que cette année, les touristes aient choisi d’avoir les pieds dans l’eau et la tête au soleil.
Exit le spectre de la canicule : après une saison 2004 décevante, le littoral méditerranéen, le sud de la côte atlantique, mais également la région Midi-Pyrénées et la Corse, ont retrouvé les faveurs des visiteurs, aux dépens du nord et du centre de la France. Christian Mantei, directeur général d’Odit France (Observation, Développement et Ingénierie touristiques) confirme un tassement de la fréquentation dans les régions situées au nord et à l’est, à l’exception de Paris et du littoral breton, seules régions de l’Hexagone à enregistrer cet été une hausse du nombre de touristes allemands.
Deuxième région touristique de l’Hexagone après l’Ile-de-France avec 33,5 millions de visiteurs (toutes nationalités confondues) en 2004, la région Paca retrouve le sourire. Selon l’Observatoire régional du tourisme, 84 % des professionnels de la région se disent satisfaits de la fréquentation de leur établissement cet été. Ils n’étaient que 66 % l’année dernière. En juillet, les hôtels de la Côte d’Azur affichaient une hausse de 4 % du nombre de nuitées par rapport à juillet 2004, et des recettes en légère augmentation, selon Michel Tschann, président du syndicat des hôteliers Nice-Côte d’Azur. Pour Jean-Marc Coppola, président du Comité régional de tourisme, ces belles performances s’expliquent par les efforts réalisés sur l’accueil, l’amélioration du rapport qualité-prix, la diversité des événements et une météo favorable. Mais également par le retour des touristes étrangers, au premier rang desquels figurent les Américains, suivis des Italiens, des Belges ainsi que des Britanniques.
Voyants au vert en Corse et sur la côte atlantique
Même optimisme de l’autre côté de la Méditerranée ou, après une saison 2004 catastrophique (le nombre de visiteurs avait reculé de 6,5 %), la Corse observe avec soulagement le retour de la clientèle étrangère, en particulier en provenance d’Italie. Une attractivité retrouvée dont témoigne la hausse de 6 % du trafic aérien en juillet. Le mois d’août s’annonce correct et les préréservations pour septembre sont bonnes, se félicite Daniel Charavin, directeur de l’agence du tourisme de la Corse. Les voyants sont également au vert le long de la côte Sud de l’Atlantique : Plus de 90 % des professionnels interrogés se déclarent satisfaits, se félicite Brigitte Bloch, directrice du Comité régional du tourisme d’Aquitaine. Si les Britanniques et les Espagnols sont en progression (pour 66 % des professionnels interrogés), et si le nombre de Belges et de Hollandais se stabilise, les Allemands sont en revanche à nouveau en retrait.
Seule exception au Sud : le Languedoc-Roussillon qui a tiré la langue et ce, pour la quatrième année consécutive. Début août, 45 % des professionnels déclaraient subir un recul de leur activité, reconnaît Marie-Estelle Baudouin, directrice adjointe du CRT. Si la région subit de plein fouet la baisse de fréquentation de la clientèle allemande, il est urgent pour les professionnels du Languedoc- Roussillon de remettre aussi en question leur positionnement…
Mais le grand gagnant de l’été, c’est Paris. En juin, les hôteliers ont enregistré un taux d’occupation moyen de 80,6 %, contre 78,6 % un an auparavant, accompagné d’une hausse de 6 % de la durée des séjours. Ce dynamisme a perduré au mois de juillet et devrait se confirmer en août pour 71 % des hôteliers interrogés.
Record de fréquentation dans la capitale
Sauf événement exceptionnel, l’année 2005 pourrait devenir une année de référence pour la capitale en termes de fréquentation, et détrôner l’an 2000, se réjouit Paul Roll, directeur général de l’Office de tourisme et des congrès de Paris. Ce succès, Paris le doit en particulier à ses hôteliers, qui ont su cette année adapter leurs prix au marché, et au retour des visiteurs étrangers. Les Américains tout d’abord (le nombre de leurs nuitées est en hausse de 17 %), mais également les Néerlandais, les Espagnols, les Britanniques et les Japonais.
Ces bons chiffres de la fréquentation étrangère en France compensent sans doute un recul du nombre de vacanciers français. Selon l’Association des tour-opérateurs (Ceto), les Français partent d’ailleurs de plus en plus souvent en vacances à l’étranger. Les ventes étaient en hausse de 21 % pour le moyen-courrier en juillet-août et de 8 % pour le long-courrier par rapport à la même période 2004. Cette année encore, les Français ont plébiscité les séjours dans le bassin méditerranéen, en raison de leurs tarifs attractifs. Et quand ils restent dans l’Hexagone, ils partent moins longtemps. Cette tendance s’est amplifiée en 2005, avec le ralentissement économique et la baisse du pouvoir d’achat. D’une manière plus générale, les professionnels et les institutionnels signalent partout un raccourcissement général de la durée des séjours et une baisse des dépenses, reflet des performances économiques médiocres des pays européens, qui apportent 90 % de nos visiteurs étrangers, souligne l’Odit France.
Le manque de soleil pénalise le Nord et la Normandie
Pas étonnant, dans ces conditions, que pour certaines régions où le soleil n’a pas toujours été au rendez-vous, la situation ait été plus difficile. Ainsi, dans le Nord-Pas-de-Calais, trois professionnels sur quatre jugent la fréquentation globalement stable ou en baisse. Constat identique en Normandie, même s’il faut préciser que la région souffre d’une comparaison avec un mois de juin 2004 exceptionnel, lié au soixantième anniversaire du Débarquement. En Rhône-Alpes, les prévisions pour le mois d’août sont au mieux équivalentes à celles de la saison 2004. Comme en Auvergne, la clientèle étrangère est moins nombreuse.
Reste que beaucoup de régions manquent de lisibilité pour mesurer véritablement leur fréquentation touristique. Deux tiers des Français qui sont partis cet été en vacances ont privilégié un hébergement non marchand. Sans compter tous ceux, de plus en plus nombreux, qui réservent à la dernière minute, au gré de leurs envies, de la météo ou de leur budget. L’Internet et le raccourcissement de la durée du temps de travail, conjugués aux nouvelles attentes des consommateurs (dont témoigne par exemple le succès rencontré par les formules week-end ou les campings haut de gamme, aux dépens des résidences et villages de vacances) imposent aujourd’hui à tous les professionnels du tourisme de revoir leur stratégie et d’évaluer la qualité d’une saison sur une période plus large, allant d’avril à octobre. L’époque où les régions faisaient le plein de touristes en juillet et août est terminée. Nous devons mieux adapter notre offre aux nouvelles attentes des vacanciers, concentrer nos efforts sur la fidélisation de nos clients, le marketing et l’innovation tout en garantissant un bon rapport qualité-prix, conclut Patrick Lévy, directeur du CRT de Midi-Pyrénées.
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