Thomas Cook change de style
Alors qu’on le disait il y a encore quelques mois appelé à prendre des fonctions élargies au niveau européen, Denis Wathier quitte le groupe, remplacé par Rachel Picard. Un nouveau coup de balai du conseil d’administration.
Il s’était déjà vu en haut de l’affiche. L’année 2011 aura finalement eu raison des ambitions de Denis Wathier. Lundi dernier, après plusieurs semaines de rumeurs, Thomas Cook France a officialisé le départ de son président et son remplacement par Rachel Picard. La décision aurait été scellée à la veille du week-end lors d’une réunion du conseil d’administration du groupe. Hypothèse la plus vraisemblable, ce départ sanctionne les mauvais résultats de l’exercice tout juste clôturé, même si l’éventualité d’une sortie préparée, ou du moins négociée, ne peut être complètement exclue. Dans un communiqué rendu public lundi, le groupe ne donne aucune explication mais s’en tient à tirer le bilan de quatre ans et demi de présidence Wathier : il « a amélioré la performance commerciale du réseau Thomas Cook Voyages, développé son réseau d’affiliés, fait croître de manière significative les ventes Internet, réalisé l’acquisition de Jet tours puis géré son intégration au sein du tour-opérating de Thomas Cook. Il a également lancé avec succès de nouveaux concepts comme Clubjumbo.fr, Au Coeur du Monde ou VacancesTresPrivées.com. » Un palmarès qui aurait dû lui ouvrir les portes de postes plus haut placés dans la hiérarchie du groupe.
Cette montée dans l’organigramme était d’ailleurs partiellement engagée, puisque Denis Wathier avait été nommé il y a un an à la tête de la joint-venture entre Thomas Cook et l’agence russe Intourist. Et l’intéressé, qui venait alors de recruter Rachel Picard au poste de directrice générale en charge du tour-opérating, ne faisait pas mystère que celle-ci avait vocation à le remplacer. « Il faut préparer l’évolution de Thomas Cook France, je ne suis pas éternel à mon poste », déclarait-il à l’époque. Il y a quelques mois encore, en mai, la promotion de Geert Gekiere, ancien directeur financier France, à la direction financière Europe semblait préfigurer une réorganisation européenne au profit du staff français… avant que ce dernier ne soit évincé il y a quelques semaines. Avant lui, durant l’été, le directeur général de Thomas Cook Group PLC, Manny Fontenla-Novoa, avait déjà été contraint à la démission. La nomination de son successeur était attendue pour cette semaine. Selon les informations de la presse britannique, elle devait se jouer entre Kate Swann, présidente des distributeurs de presse WH Smith, et Robert Cook, ancien directeur d’un groupe de boutiques-hôtels.
C’est donc à cette nouvelle tête dirigeante que Rachel Picard devra désormais rendre des comptes. Avec une nouvelle feuille de route ? L’intéressée n’a pas souhaité s’exprimer. Mais en France, le secteur touristique ne s’attend pas à une évolution stratégique majeure. « Je ne vois pas un groupe comme Thomas Cook changer d’orientation au gré des changements de dirigeants », commente ainsi Emmanuel Foiry, président de Kuoni France. L’une des principales interrogations porte sur la pérennité de la marque Jet tours. Le groupe ne communique déjà plus sur cette marque et les agences-enseignes, si elles continuent de recevoir des budgets communication de la part du siège, sont désormais chargées d’élaborer seules leurs opérations marketing. Dans le même temps, Thomas Cook Irlande vient de rassembler la production de ses deux tour-opérateurs, Panorama et Sunworld, sous l’unique marque Thomas Cook… Les TO fournisseurs du groupe en France n’anticipent pas, en revanche, de profondes évolutions dans les relations commerciales avec le réseau, même si la méthode Rachel Picard pourrait s’avérer plus douce que la manière forte qu’aimait à employer Denis Wathier. « À titre personnel, j’apprécie Denis tout comme Rachel, confie Patrice Caradec, président de Transat France. Mais sur le plan professionnel, je n’attends rien de Thomas Cook et Thomas Cook n’attend rien de moi. » Les hommes changent mais les affaires restent les affaires (voir encadré).
Un départ qui sanctionne les mauvais résultats de l’exercice tout juste clôturé
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