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Sous tension, la Toussaint fait le plein

Avec un bon taux de remplissage, les vacances de la Toussaint confirment la reprise de l’activité. Les professionnels s’inquiètent cependant des répercussions du mauvais climat social, alors que débute la saison d’hiver.

Des vacances qui font le plein, les professionnels du tourisme en rêvaient depuis longtemps. Celles de la Toussaint ont – presque – exaucé leurs voeux. Confirmant les prémices de reprise ressentis fin août, les ventes ont continué de monter en puissance en septembre-octobre, et ces premiers congés scolaires affichent complet chez pratiquement tous les voyagistes. Avec même, pour certains, des performances remarquables. « Les départs sont en hausse de 30 à 40 % par rapport à l’année dernière », témoigne ainsi Jean-François Rial, président de Voyageurs du Monde, en précisant que la moitié de ce trafic est à attribuer aux reports d’avril consécutifs au nuage de cendres du volcan islandais. « Les reports représentent un quart à un tiers de nos remplissages de la Toussaint, confirme-t-on chez Fram, mais par ailleurs, nous avions très bien vendu. Nos dernières chaînes charters de la saison tournent à plein vers le Bassin méditerranéen et l’Égypte, et nous avons même dû ajouter des vols supplémentaires vers le Maroc. » Les voyagistes sont à l’unisson, et afficheraient donc leur satisfaction, n’était le climat social qui fait peser des craintes sur la saison d’hiver, dont le début officiel est fixé au 1er novembre. La semaine qui a précédé les départs en vacances, sur fond d’incertitude sur les approvisionnements en carburant, voire de possible pénurie, a montré la sensibilité des clients aux tensions du moment.

UN FLÉCHISSEMENT GÉNÉRALISÉ

« Les ventes ont connu un gros ralentissement, car tout le monde a peur de partir, que ce soit par la route, à cause des problèmes de carburant, ou par train et avion, à cause des grèves, commente François Piot, président du réseau Prêt à Partir. Il est encore trop tôt pour chiffrer la baisse d’activité, sachant que le mois d’octobre n’est traditionnellement pas une forte période de ventes en agences de voyages. » « On a vu moins de monde la semaine dernière », confirme Jet Lag Voyages, à Paris. Le fléchissement a été ressenti de même par les agences en ligne. « Il y a effectivement une inquiétude vis-à-vis de la situation, remarque Guillaume Cussac, directeur général délégué d’ebookers pour les marchés France, Royaume-Uni et Irlande. Les grèves ont entraîné un léger ralentissement des ventes, mais on ne peut pas dire qu’elles gâcheront les vacances de la Toussaint des Français. » Reste que ce n’est évidemment pas bon pour le commerce, comme le déplore Guy Zekri, directeur général de Solea Vacances. C’est surtout pour partir en France que l’attentisme a été, et reste encore, le plus marqué. Odalys, qui se réjouit par ailleurs d’un très bon taux de remplissage, constate un net coup de frein des ventes de dernière minute. « Nous aurions pu largement dépasser nos objectifs en engrangeant ces VDM », note le porte-parole du groupe. Chez Pierre et Vacances, pour qui les réservations de Toussaint étaient identiques à celles de l’an dernier (déjà considérées comme bonnes), les possibles difficultés liées aux grèves avaient été anticipées avec la proposition de report éventuel sans frais ou d’un avoir aux clients souhaitant annuler. Au final, l’hébergeur ne déplore que quatre annulations. Même sérénité chez Lagrange (à + 3,5 % en nombre de semaines vendues pour ces vacances de Toussaint). « La situation n’est quand même si catastrophique », tempère Line Baudu, directrice générale, qui prône la fermeté et donc ni report ni annulation.

LE VOYAGE D’AFFAIRES UN PEU PLUS TOUCHÉ

Le voyage d’affaires a finalement un peu plus souffert que le loisir, en général, les entreprises et les salariés ayant parfois annulé ou reporté des déplacements devenus compliqués, voire incertains. Christophe Derumez, président d’Avexia Voyages, le réseau PME-PMI partenaire d’American Express Voyages d’Affaires, en témoigne : « Il y a eu une baisse des transactions à cause des grèves et des perturbations, avec beaucoup d’annulations de voyages prévus pour cette période. Nous enregistrons donc des taux d’avoirs anormalement importants. Nos conseillers sont très occupés, paradoxalement. La tendance du marché reste toujours à la reprise puisque notre niveau d’activité reste supérieur à celui de l’an dernier, une période de crise, mais inférieur à celui de 2008 qui était une période plus normale ». Les loueurs de voiture ont, eux aussi, ressenti un certain attentisme de clients craignant notamment la panne sèche. Du 18 au 20 octobre, Hertz a observé une baisse d’activité de 10 % à 12 % au niveau de la clientèle affaires, en partie due à des annulations. Le loueur a mis en place une cellule de crise. Objectif : rassurer les clients et prospects, mais aussi adapter momentanément sa politique commerciale. Lundi 25, les véhicules étaient délivrés avec un réservoir rempli à 50 %, voire 100 %, sur tout le réseau français. Avec aucun supplément facturé au client n’ayant pu ramener sa voiture avec le même niveau de carburant. Mais, en cas de panne sèche, les frais de remorquage restaient à la charge du conducteur malheureux. Chez Europcar, la clientèle loisirs s’est montrée plus frileuse que les voyageurs d’affaires. « Nous étions sur un rythme de croissance de 10% de notre activité globale début octobre, qui est tombé à zéro [pendant la semaine du 18 octobre, ndlr], explique Stéphane Corthier, directeur général France. En début de semaine, la tendance était à + 3 %. »

2011 : LES ESPOIRS DE VRAIE REPRISE

Le 26 octobre, le mouvement social semblait, un peu, en voie d’essoufflement et le risque de pénurie de carburant écarté, sans préjuger des journées d’action du 28 octobre et du 6 novembre. Outre-mer, un appel à la grève générale en Guadeloupe, Martinique et Guyane, « contre l’augmentation constante du prix des carburants, des prix alimentaires, de l’électricité et de l’eau », par les deux collectifs à l’origine de la crise sociale du début 2009 faisait écho aux tensions de la métropole. De quoi donc laisser les professionnels très circonspects sur la prochaine saison d’hiver. « Novembre est traditionnellement creux, note Olivia Even, directrice commerciale de STI Voyages. On espère que ces tensions sociales ne vont pas perturber plus l’activité. On regarde passer toutes ces crises successives en étant assez impuissants. À chaque fois, on ne peut qu’espérer que les choses redémarrent ». En sachant que 2011 cristallise beaucoup d’espoirs de vraie reprise. « Ce ne sera pas une année facile, conclut Olivia Even alors si le social s’en mêle… »

Ces premiers congés scolaires affichent complet chez pratiquement tous les voyagistes

Les loueurs de voitures ont, eux aussi, ressenti un certain attentisme

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