Royaume-Uni : le gouvernement approuve une extension pour l’aéroport de Gatwick
Le projet, d’un montant de 2,2 milliards de livres, fait face à de nombreuses oppositions. Le gouvernement entend toutefois le porter jusqu’au bout.
Le ministère des Transports britannique a indiqué ce dimanche donner son feu vert au projet d’une deuxième piste à Gatwick, dans le West Sussex, confirmant une orientation déjà esquissée par le gouvernement. L’aéroport, le plus fréquenté d’Europe avec une seule piste, avait accueilli plus de 43 millions de passagers en 2024.
Le gouvernement évoque l’extension dans une stratégie plus large de relance de l’investissement et des grands projets d’infrastructure – la chancelière, Rachel Reeves, en attendant des « milliers d’emplois et des milliards d’investissements ».
Le programme d’extension de l’aéroport, d’un montant de 2,2 milliards de livres, consiste notamment à décaler de 12 mètres la piste Nord afin de la rendre utilisable en exploitation régulière, à agrandir certains terminaux et à réaménager les infrastructures apparentées. De 280 000 vols gérés chaque année aujourd’hui, l’aéroport espère passer à 389 000, à la fin des années 2030. L’aéroport compte également pouvoir accueillir jusqu’à 80 millions de passagers annuels, contre 40 millions actuellement.
Le gouvernement présente ce projet comme une « évidence pour la croissance » du pays, la saturation actuelle étant perçue comme « un frein pour la bonne marche des affaires, le commerce et le tourisme ».
Conditions d’adaptation
Une source gouvernementale, citée par la BBC, souligne la possibilité que cette nouvelle piste soit utilisable d’ici les prochaines élections générales – soit 2029. Celle-ci serait dédiée prioritairement aux vols court-courriers, libérant de la capacité pour des liaisons long-courriers sur la piste principale.
Face à certaines réserves sur les impacts potentiels de cette extension en matière de bruit et de circulation, Gatwick a accepté des conditions d’adaptation : objectifs de report modal, avec 54% des passagers utilisant les transports publics avant l’ouverture de la piste Nord, programme d’isolation accrue pour les riverains (notamment la prise en charge de fenêtres à triple vitrage), et dispositifs d’indemnisation pouvant inclure certains frais de déménagement pour les propriétaires les plus affectés. L’amélioration de l’accès ferroviaire à l’aéroport fait également office de priorités – à commencer par le rétablissement du service Gatwick Express à quatre trains par heure sans arrêt entre l’aéroport et London Victoria, contre deux depuis 2022.
« Arrêt immédiat de l’extension des aéroports »
Malgré ces garde-fous, l’opposition reste forte. Hannah Lawrence, porte-parole de l’association Stay Grounded, citée par la BBC, a affirmé : « Nous avons besoin d’un arrêt immédiat de l’extension des aéroports et d’investir l’argent dans l’amélioration des transports durables, comme le rail ». Des craintes récurrentes portent sur « un bruit incontrôlable », des « ramifications sur les routes » et une « dégradation de la qualité de l’air ». Le collectif CAGNE (Communities Against Gatwick Noise Emissions) a par ailleurs évoqué la possibilité d’un recours juridictionnel si le projet se concrétisait.
Le gouvernement affirme toutefois avoir « pris des mesures sans précédent » pour faire aboutir le dossier, tout en annonçant des réformes destinées à simplifier les procédures à l’avenir.
En toile de fond, le soutien de l’exécutif à l’ouverture d’une troisième piste à Heathrow, estimé à 21 milliards de livres, rappelle l’ampleur des arbitrages à venir. S’il est jugé peu probable que l’extension de Gatwick remette en cause, à long terme, le statut de hub d’Heathrow, l’ensemble de ces projets s’inscrit dans une volonté gouvernementale d’expansion pour les aéroports londoniens.