Quel est l’impact de la guerre au Moyen-Orient sur les campings français ?
La crise dans le Golfe persique crée-t-elle de l’attentisme ? En tout cas, la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air (FNHPA) a dressé de premières perspectives sur la saison 2026, qui montre un fléchissement récent des réservations.
Nicolas Dayot, président de la Fédération nationale de l’hôtellerie de plein air (FNHPA), s’interroge. « Je ne sais pas s’il y a une corrélation avec la crise dans le Golfe persique, mais nous observons un ralentissement des réservations depuis le mois de mars », a-t-il expliqué ce matin lors d’un point presse.
Coup de frein dans les campings depuis la mi-mars
« Nous sommes au global stables en termes de réservations sur la saison, à +0,3% par rapport à 2025, avec un petit ralentissement sur la deuxième quinzaine du mois. »
Comme l’année dernière, les emplacements nus tirent mieux leur épingle du jeu que les emplacements équipés.
En termes de clientèles étrangères, la fédération note une hausse des Allemands et des Belges, ainsi qu’un tassement des Néerlandais et des Britanniques. « Quant aux Français, nous ne savons pas encore s’il y a un effet Golfe persique ou pas, poursuit Nicolas Dayot. Les clients des agences de voyages se montrent encore attentistes. Si la guerre dure longtemps, ils vont sans doute choisir la France, et pour certains d’entre eux le camping. » Les perspectives du secteur demeurent par conséquent « prometteuses ».
Un mois de mai porteur
Sur le printemps, mai s’annonce très fort, grâce notamment aux vendredis 1er et 8 mai propices à des week-ends prolongés, à l’Ascension et à la Pentecôte. Le mois devrait rafler à lui seul plus de 40% de la fréquentation du printemps.
Le mois de juin devrait en revanche s’inscrire en baisse pour des questions de calendrier.
Autre conclusion à retenir : les terrains de la moitié nord de la France affichent à date une meilleure dynamique que la moitié sud, laquelle représente toutefois les deux tiers des nuitées.

Une année 2025 en croissance de 4,5%
Au cours de la saison 2025, la fréquentation globale des hébergements collectifs a augmenté de 3,1%. Les campings incarnent « le mode d’hébergement collectif qui enregistre la plus forte croissance » (+4,5% à 147,5 millions de nuitées d’avril à septembre).
« Depuis quelques années, nous vivons une segmentation de l’offre qui permet à chacun de trouver une chaussure à son pied. »
Les tentes et les caravanes restent plébiscitées, sur fond de « tension sur le pouvoir d’achat », comme en 2024. « Le prix a été au cœur du comportement des clients », avec donc une préférence pour les terrains nus et moins de dépenses annexes (bars, restaurants, bien-être) sauf dans les campings CSP+.
Les Français correspondent à 70% des nuitées (102 millions de nuitées, +4,1%). « La bonne nouvelle, c’est que la clientèle étrangère a bien progressé » (+5,4%). L’augmentation des Allemands (+7,3%) et des Belges (+7%) compense le tassement des Néerlandais (-0,9%).
La montagne gagne du terrain
Le littoral demeure prisé (+3,3% en 2025). Les massifs montagneux bénéficient d’un regain d’intérêt (+3,6%), les territoires ruraux un peu moins (+2,7%).
Les régions de la moitié nord progressent nettement plus que les quatre champions du sud qui produisent néanmoins les deux tiers des nuitées. Comment l’expliquer ? Deux raisons sont invoquées : le réchauffement climatique et l’amélioration qualitative des infrastructures.
En 2025, les campings 4* et 5* progressent sur juillet-août (+3,3%). Les 3* se stabilisent dans le même temps, les 1 et 2* reculent (-2,8%). Enfin, les non-classés, pour la plupart municipaux, s’envolent (+8,7%), ce qui cache une autre réalité : l’augmentation des sites sans étoile, de 1472 en 2021 à 1630 aujourd’hui.
Autre tendance à retenir : le regain des emplacements nus en 2025 (+4,8%), à 52,7 millions de nuitées.
7637 campings en France
Les campings français sont parmi les mieux notés en Europe, ce qui correspond à l’« effet vertueux des investissements », assure la fédération. Seulement 13% de l’activité passe par des intermédiaires, principalement des plateformes digitales.
Au total, la France compte 7637 campings (dont environ 1400 municipaux). « Nous en avons perdu quelques dizaines en 2025, ajoute Nicolas Dayot. En 15 ans, les campings à la ferme ont disparu. » D’ici 2100, l’érosion du trait de côte pourrait condamner 1000 campings. La fédération appelle à une « stratégie nationale » pour protéger l’existant en assouplissant, surtout, la réglementation.
« Le fait qu’on ne puisse pas ouvrir des campings en France est un sujet auquel il faut que nous réfléchissions sérieusement » estime Nicolas Bouzou, directeur du cabinet d’études Asterès. Nicolas Dayot, lui, rêve d’ouvertures de terrains dans la diagonale du vide, pour faire du camping un « vecteur de revitalisation rurale ».
Un secteur qui pèse 5 milliards d’euros
La FNHPA a commandé une enquête auprès d’Asterès. Les campings ont généré 187 millions de nuitées en 2025. La nuitée moyenne s’élève à 22 euros. Le chiffre d’affaires direct atteint 4,7 milliards d’euros l’an passé, en légère croissance en comparaison avec 2024, d’après Nicolas Bouzou, directeur du cabinet d’études. L’effet « d’entraînement », lui, est estimé à 8,4 milliards d’euros. Le secteur représente 34540 emplois directs et 47600 emplois indirects. L’empreinte économique totale grimpe à 31 milliards d’euros selon l’enquête. Le camping incarne « un outil d’aménagement du territoire », estime Nicolas Bouzou.