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Pascal de Izaguirre : « L’ambition de Corsair : devenir la référence pour le voyage long-courrier en France »

712 millions d’euros de chiffre d’affaires et 15,2 millions d’euros de résultats net : après avoir retrouvé l’équilibre l’année dernière, Corsair voit son redressement se confirmer. « Nos résultats sont robustes et l’embellie se poursuit nettement », nous indique Pascal de Izaguirre, son PDG, qui ne cache pas ses ambitions pour la suite. Entretien.

Après un retour à l’équilibre amorcé en 2024, la direction de Corsair dévoile lundi 1er décembre un résultat net positif à 15,2 millions d’euros. De bonne augure pour une compagnie passée proche de la casse dans les années Covid, et qui affichait encore en 2023 un résultat à -37 millions d’euros, consécutivement à plusieurs années de pertes. Des résultats obtenus dans un contexte géopolitique et économique difficile et qui ne surprennent pas son PDG, Pascal de Izaguirre, qui a pour l’occasion répondu à nos questions. 

L’Echo touristique : Vous annoncez être dans le vert pour votre exercice 2024-2025. Quels sont les chiffres clefs à retenir ? 

Pascal de Izaguirre : J’ai le plaisir d’annoncer que nous avons eu des résultats tout à fait robustes avec un résultat net qui s’établit à 15,2 millions d’euros, à comparer avec 1,1 million d’euros l’an passé et à un déficit l’année encore précédente. Le résultat d’exploitation de Corsair s’établit à 26,4 millions alors qu’il n’était que de 3 millions en 2023-2024. Ceci avec un chiffre d’affaires de 712 millions d’euros, 11 millions de plus que l’an passé. Le tout dans un contexte d’émeutes aux Antilles, de cyclone à Mayotte, mais aussi de réduction de 6% de notre activité due à l’arrêt de la desserte de Montréal. L’embellie se poursuit et nous sommes significativement dans le vert. 

Comment expliquez-vous cette amélioration aussi nette des résultats ?

Pascal de Izaguirre : D’abord, c’est la validation de la stratégie de transformation engagée depuis plusieurs années, avec deux piliers : la modernisation complète de la flotte et la montée en gamme de l’expérience client. 

Sur le plan commercial, toutes les lignes ont bien fonctionné, sans exception. Nous avons réalisé un deuxième semestre très solide – d’avril à septembre 2025 – et plus particulièrement un excellent quatrième trimestre, c’est-à-dire juillet-août-septembre. Le coefficient de remplissage progresse de 2,4 points pour atteindre 86% sur l’année, ce qui est notable, notamment sur nos lignes africaines où les taux d’occupation sont traditionnellement plus faibles. C’est le signe d’un bon dynamisme commercial.

Nous améliorons aussi le prix moyen par coupon d’environ 5%, et donc la recette au siège. Ce n’est pas uniquement un effet de hausse de prix : c’est surtout lié à un meilleur mix clients, avec davantage de sièges en business et en premium grâce à la flotte Neo. Là où nos anciens appareils proposaient 12 sièges business et 12 premium, nous sommes désormais à 26 business et 21 premium. Les classes avant se vendent bien, ce qui tire mécaniquement les recettes vers le haut. Enfin, la performance des recettes annexes et du fret est également solide.

Vous mettez toujours beaucoup en avant votre nouvelle flotte d’A330 neo, mais aussi votre « montée en gamme ». Concrètement, qu’est-ce qui a changé pour le client ces derniers mois ?

Pascal de Izaguirre : Début 2025, nous avons refondu l’image de marque, les codes visuels, et nous investissons davantage dans notre produit. Très concrètement : nous renforçons le divertissement à bord, ajoutons un sur-matelas en business, nous avons étoffé la gamme de services ancillaires… Nous avons lancé des offres de repas améliorés, un service de prise en charge des bagages à domicile, un service de limousine et de conciergerie à l’aéroport avec accompagnement et fast tracks… Ces services ne sont pas réservés aux classes avant : nous voulons les rendre accessibles à tous les clients prêts à payer un supplément. C’est à la fois un plus pour l’expérience et une contribution à la recette par siège.

En conséquence, qu’est-ce qui distingue à l’heure actuelle l’offre Corsair de celles de vos principaux concurrents, Air France, Air Caraïbes ou French Bee ?

Pascal de Izaguirre : Notre ambition est claire : devenir la référence du voyage long-courrier en France. Nous avons la flotte la plus jeune et la plus homogène du marché français, un produit que je considère souvent au-dessus de celui de nos concurrents. Nous travaillons sur tous les détails : modernisation des cabines, montée en gamme des prestations, mais aussi éléments moins visibles comme l’internalisation de l’entretien cabine, qualité de nos centre d’appels… C’est cette somme de choix qui fait de plus en plus la différence. Nous n’avons aucun complexe à avoir et nous allons continuer à capitaliser sur ces atouts. Nous avons transformé la compagnie, elle n’a plus rien à voir avec celle qu’elle était.

Quelles sont vos perspectives pour les mois à venir, dans un contexte toujours marqué par les tensions géopolitiques et les augmentations des taxes ?

Pascal de Izaguirre : Sur la base de ce que nous voyons aujourd’hui, nous escomptons des résultats à nouveau significativement positifs. Nous allons continuer à améliorer notre niveau de profit, malgré des capacités qui vont rester stables. Les contraintes liées au dossier à Bruxelles limitent toute augmentation de flotte ou de capacité.

Évidemment, il existe des incertitudes : les tensions géopolitiques, la situation politique en France, la hausse de certaines taxes. Pour l’instant, les engagements de vente sur le premier semestre de notre exercice – d’octobre 2025 à mars 2026 – sont solides : octobre, novembre, décembre et le premier trimestre 2026 s’annoncent bien. La question, comme pour tous les acteurs, c’est de savoir si l’instabilité politique durable en France finira par peser sur les comportements de consommation. 

Faut-il s’attendre malgré tout à de nouvelles lignes ou à des hausses de fréquences ?

Pascal de Izaguirre : Non, pas à court terme. Nous sommes limités à neuf avions, qui ont déjà un gros taux d’utilisation. Nous sommes donc dans un univers de stabilité : pas de nouvelles ouvertures ni de forte augmentation de capacités tant que le cadre défini avec Bruxelles reste le même.

Vous évoquez justement votre dossier en cours à Bruxelles (Corsair a entamé une restructuration capitalistique dont les modalités sont en cours d’examen depuis près de 2 ans, ndlr). Aurez-vous un jour une réponse de la Commission européenne, et une mauvaise surprise est-elle totalement à exclure ?

Pascal de Izaguirre : Je reste très serein. C’est un processus long, très formel, qui exige beaucoup de patience. Tous les sujets ont été traités, y compris les remèdes. Il n’y a plus de questions en suspens sur la viabilité économique de Corsair : nos bons résultats, comme notre situation de trésorerie, sont connus de la Commission et jouent en notre faveur. Je ne me risquerai plus à donner de calendrier : ce serait imprudent. Mais il n’y a, à ce stade, aucune raison d’anticiper une mauvaise surprise. Les changements fréquents d’interlocuteurs côté français, liés à la vie politique, n’ont pas aidé, mais le processus suit son cours.

Le climat social reste-t-il apaisé au sein de la compagnie ?

Pascal de Izaguirre : Oui, et j’en suis très satisfait. Le climat est détendu, nous avons récemment signé plusieurs accords avec les pilotes, et les équipes sont très engagées. Les bons résultats sont perçus comme une récompense du travail collectif, pas comme “un miracle venu d’en haut”. Corsair reste attractive.

Entre l’arrivée d’Air Côte d’Ivoire sur l’axe Paris-Abidjan, la demande touristique qui s’annualise sur l’île Maurice, et les guerres tarifaires qui ne retombent pas sur la Réunion ou les Antilles, comment vivez-vous le jeu de la concurrence actuellement ? 

Pascal de Izaguirre : D’abord, je me félicite que notre programme de vol quotidien Paris–Abidjan ait été approuvé par les autorités ivoiriennes jusqu’à fin mars, tout comme celui d’Air France. Il y a eu des tensions, un petit psychodrame, mais la pression est retombée. Les autorités françaises et ivoiriennes discuteront de la suite, mais pour l’instant notre programme est validé et la ligne se comporte très bien.

Ensuite, je l’ai toujours dit : il y a de la place pour plusieurs acteurs, à condition d’accepter le jeu de la concurrence. L’offre crée la demande, et c’est bénéfique pour le consommateur : meilleure qualité, plus de fréquences, prix stimulés par l’émulation. Quand nous sommes arrivés en Côte d’Ivoire il y a une douzaine d’années, Air France opérait un vol quotidien, et c’était tout. Aujourd’hui, nous faisons 7 à 9 vols par semaine, Air France en propose 14 : on est passés de 7 à 23 fréquences hebdomadaires, et les deux compagnies vivent correctement. Air Côte d’Ivoire arrive à son tour : je lui souhaite la bienvenue. À chacun de jouer ses cartes.

Enfin, pour les Antilles et l’océan Indien, ce sont des lignes très résilientes, avec un socle de demande extrêmement solide. Chaque année apporte son lot de crises – depuis que je suis dans l’aérien, je n’ai jamais vécu une « année tranquille » – mais nous constatons que le trafic reste très dynamique.


Le réseau de Corsair sur l’hiver 2025-2026

Caraïbes

  • Pointe-à-Pitre : jusqu’à 13 vols/semaine
  • Fort-de-France : jusqu’à 10 vols/semaine
  • Bordeaux → Fort-de-France : 1 vol / semaine
  • Nantes → Pointe-à-Pitre : 1 vol / semaine
  • Extensions îles (via partenariat Air Inter Iles) : St-Barthélemy & Marie-Galante

Océan Indien

  • Réunion : 1 vol quotidien (jusqu’à 12 fréquences hebdo)
  • Île Maurice : jusqu’à 6 vols/semaine (4 vols directs + 2 vols via Réunion)
  • Madagascar (Antananarivo) : jusqu’à 3 vols/semaine
  • Mayotte : jusqu’à 2 vols/semaine
  • Lyon/Marseille → Réunion/Maurice : 1 vol/semaine

Afrique

  • Abidjan : 1 vol quotidien
  • Bamako : jusqu’à 6 vols/semaine
  • Cotonou : jusqu’à 5 vols/semaine

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