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Les low cost ont sauvé la mise

Alors que le transport aérien français est sous le contrôle d’Air France, les compagnies à bas coûts ont su tirer leur épingle du jeu. Elles ont contribué à maintenir le trafic hexagonal à flots.

Guerre en Irak, épidémie de Sras, menaces terroristes sur les compagnies : 2003 a été une nouvelle fois difficile pour le transport aérien. Pourtant, avec un total de 99,4 millions de passagers, le trafic aérien au départ et à l’arrivée en France est resté quasiment stable en 2003 par rapport à l’année précédente (-0,5 %), selon le bilan annuel effectué par la DGAC (Direction générale de l’aviation civile).

Avec près de 44,2 millions de passagers, Air France et ses franchisés assurent traditionnellement une bonne part du trafic hexagonal. Mais alors que les défaillances dans le ciel français se sont multipliées (Air Lib, Aéris, Air Littoral, Euralair, Air Atlantique…), la vraie nouveauté réside dans la place prépondérante que prennent maintenant les compagnies à bas coûts. Qu’on en juge : alors que la place de challenger derrière Air France était jusqu’à présent réservée à une compagnie traditionnelle (française ou étrangère), c’est Easyjet qui a fait sensation en 2003 en prenant la deuxième place. Vient ensuite British Airways, talonnée par Ryanair qui, avec plus de 2,5 millions de passagers, se paie le luxe de coiffer Lufthansa sur le poteau. Certes, après la récente décision de la Commission européenne qui lui a enjoint de rembourser 4 millions d’E sur les aides qu’elle a reçues pour son installation à Charleroi (Belgique), Ryanair va certainement revoir sa politique de développement en France. Mais pour l’essentiel, ce sont les bonnes performances des compagnies à bas coûts qui ont permis au transport aérien français de ne pas s’effondrer l’an dernier.

Nice limite les dégâts, Beauvais passe au onzième rang

C’est particulièrement vrai pour plusieurs aéroports de province. Nice, par exemple, a limité les dégâts en 2003 (-0,6 %). La plate-forme, fortement touchée par une baisse de 4,9 % pour les vols vers Paris, s’est néanmoins maintenue à flots grâce à la dynamique des lignes internationales exploitées par les compagnies à bas coûts (Easyjet, mais aussi Basiq Air, Virgin Express et Germanwings). Elles représentent désormais 29 % du trafic niçois, contre 18 % en 2002. L’aéroport de Beauvais bénéficie lui aussi à plein de la dynamique low cost. Il est ainsi passé de 68 000 passagers en 1996 à près de 1 million en 2003, atteignant le onzième rang des aéroports français et peut raisonnablement espérer gagner encore une place en 2004.

Globalement, les principaux aéroports de province ont tous pâti de la baisse de 5 % du trafic intérieur métropolitain en 2003. Un mauvais résultat dû à une conjugaison de facteurs : concurrence du TGV, disparition d’Air Lib puis d’Aéris, baisse de trafic des lignes vers les grands hubs européens et hausse des tarifs. Diverses causes locales ont parfois accentué la tendance, comme la diminution de l’activité de Swiss à Bâle-Mulhouse (-19 %) ou le délestage du carrefour des régions d’Air France à Clermont-Ferrand (-12,3 %), qui a rétrogradé de deux rangs dans le classement des aéroports français. Du coup, les compagnies low cost, de plus en plus nombreuses, continuent d’être considérées comme la planche de salut par beaucoup de plates-formes françaises, Nice bien sûr, mais aussi Marseille, Bordeaux, Montpellier… ou même Bâle-Mulhouse, qui tente d’attirer Easyjet, et Strasbourg qui ne désespère pas du retour de Ryanair. La mainmise des low cost sur le transport en province prend d’ailleurs toute sa valeur sur l’aéroport alsacien.

Les liaisons vers le Royaume-Uni toujours à la première place

Avec l’ouverture de la ligne de Ryanair vers Londres, les résultats de Strasbourg ont été dopés cette année (+41,2 % pour le régulier international). Mais cette croissance s’est retournée en décembre (-45,4 %) avec le départ de la compagnie irlandaise.

Cette part croissante des compagnies à bas coûts est aussi très claire si l’on observe les flux par destination. Le trafic métropole-international a connu une hausse de 1 % en 2003, avec près de 69,4 millions de passagers. Les liaisons vers le Royaume-Uni, à forte connotation low cost, occupent toujours le haut du palmarès avec près de 10,5 millions de passagers transportés (+5,4 %). Mais la nouveauté est la montée en puissance du trafic vers l’Italie (+6 %), l’Allemagne (+2,2 %) et l’Espagne (+0,8 %), dopé par le développement des transporteurs low cost comme Volare, Germanwings, Hapag Lloyd Express et l’ouverture des lignes d’Easyjet au départ de Paris vers Barcelone, mais aussi Milan. A contrario, le retrait des compagnies à bas coûts vers la Suède (avec la disparition de Goodjet notamment) explique en partie le recul qu’a connu cet axe en 2003 (-11,7 %).

Autant de mouvements qui ont contribué à repousser au 4e rang le trafic vers les Etats-Unis, qui subit une baisse de 6,9 % (avec près de 5,3 millions de passagers). A signaler aussi que l’impact du Sras s’est fait fortement sentir vers la Chine (-17,4 %) et Hongkong (-23,4 %). A contrario, la République dominicaine continue son ascension, tirée par les vols charters, avec près de 681 000 passagers (+41,6 %). La destination concurrence par ailleurs fortement les liaisons vers la Guadeloupe (-8,3 %) et la Martinique (-9,4 %).

Pour cette année, les prévisions de trafic Iata d’octobre dernier (+5,1 % en Europe), fondées sur la reprise économique, sont encourageantes.

Des prévisions optimistes pour l’année 2004

Mais les craintes concernant l’avenir d’Air Littoral et d’Euralair subsistent et la persistance d’une menace terroriste noircit le tableau. C’est peut-être cela qui rend la Direction générale de l’aviation civile plus prudente. Elle prévoit une augmentation du trafic français comprise entre 1,8 et 3 % pour l’année 2004. Les low cost auront encore leur mot à dire, avec en particulier les ouvertures de Berlin et de Naples au départ de Paris par Easyjet, de Rome par Ryanair ou de Catane par Volare.

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