Les GDS sous pression
Après avoir supprimé les commissions aux agences, les compagnies aériennes veulent réaliser des économies en réduisant leurs coûts GDS. Ce qui contraint les agences anglo-saxonnes à mettre la main à la poche quand elles effectuent une vente via les systèmes de réservation.
Les compagnies aériennes mettent la pression sur les systèmes globaux de réservation, les fameux GDS. Lufthansa veut diviser par deux les sommes versées aux quatre ténors de la distribution automatisée (Amadeus, Galileo, Sabre et Worldspan pour chaque réservation). Ses concurrentes européennes aussi comptent réduire les frais, quitte à faire payer l’utilisateur, c’est-à-dire l’agence de voyages.
Il suffit de traverser la Manche pour en prendre la pleine mesure. En Grande-Bretagne, les agences équipées de Galileo (le GDS dominant outre-Manche) doivent désormais débourser 50 cents par segment réservé sur British Airways (BA), et même 1 livre (1,47 E) sur les classes tarifaires les plus basses. Tels sont les termes du récent accord de distribution signé entre Galileo et BA (lequel pourrait servir de référence aux contrats signés entre BA et les autres GDS). Sur les autres marchés, comme en France, BA laisse en revanche ses tarifs via Galileo en libre accès. La compagnie britannique, quand elle est en position de challenger, ne peut pas faire payer les distributeurs, au risque d’être boudée. Du moins pas encore…
Un nouveau moyen de pression
Aucune compagnie ne conteste le fait que les GDS sont le moyen le plus efficace de distribution, rappelle Jérôme Moisan, directeur général de Galileo France. Leur remise en cause n’est pas d’ordre technologique, mais économique. Depuis dix ans, la pénétration d’Internet a changé la donne. Et les compagnies nationales ont dû s’aligner sur la structure tarifaire des low cost, ce qui a entraîné une hausse du coût relatif de la distribution via les GDS pour les vols moyen-courriers.
Afin de réduire ce coût, elles ont donc trouvé un nouveau moyen de pression : menacer de ne proposer leurs meilleurs tarifs que sur leurs sites Internet grand public. Amadeus a acheté la paix en présentant aux transporteurs un nouveau mode de calcul d’honoraires : Avant, les frais étaient facturés de 3 à 4 E par dossier, que ce soit pour un Paris-Hongkong ou un Paris-Nice, rappelle Jean-Louis Richard, DG d’Amadeus France. Désormais, ils sont liés à la valeur. C’est-à-dire à l’itinéraire, mais aussi au pays où est enregistré le dossier. Dans le même temps, Amadeus a multiplié les services payants pour les agences, histoire de compenser en partie ce qu’il perd avec les compagnies.
Les sites professionnels pour contourner les GDS
Autre moyen de pression : les transporteurs tentent, semble-t-il, de trouver une parade en développant des sites Internet dédiés aux agences, qui pourraient faire de l’ombre aux GDS à terme. De plus en plus, Airfrance.biz sera disponible en accès direct sur les intranets des distributeurs, estime Sabine Dassonville, responsable du développement des ventes d’Air France sur le marché français. Cependant, même s’il est ouvert à la réservation, le site reste avant tout un outil d’information et de communication avec les agences. Pas question d’en faire un rival d’Amadeus et consorts, assure-t-elle.
Car, pour l’heure, rien de plus pertinent qu’un GDS pour réserver un billet d’avion. C’est un outil de comparaison neutre entre plus de 400 transporteurs, qui permet en outre de construire un dossier complet (avec hôtel, voiture de location…).
L’époque où les distributeurs étaient grassement récompensés par les GDS (à coup d’incentives, en fonction du volume d’affaires), qui leur fournissaient de surcroît leurs ordinateurs, est donc révolue. Le principe de l’utilisateur payeur est dans l’air du temps.
A l’image de la commission zéro, l’idée est née aux Etats-Unis. Car les GDS y pratiquent des tarifs prohibitifs estiment les compagnies aériennes, depuis qu’elles ont cédé leurs participations dans Galileo, Sabre et Worldspan. Un vrai bras de fer oppose désormais les deux parties. Les discussions sont particulièrement serrées depuis le 11 Septembre, qui a poussé les grands transporteurs à réduire leur train de vie. Après avoir supprimé les commissions, ils se sont de fait tournés vers les GDS pour trouver de nouvelles sources d’économies.
L’accès à tous les tarifs facturé 2 dollars par dossier
En 2006, la déréglementation intervenue en 2004 aidant, la tension est encore montée d’un cran : tout en s’intéressant à des canaux de distribution alternatifs (sites de ventes directes, GDS dits low cost…), les compagnies ont menacé de ne plus donner accès à l’intégralité de leurs tarifs (notamment les plus bas) si les GDS n’acceptaient pas de réduire leur facture. Résultat : avec son programme Content Plus (lancé début 2007), Amadeus garantit l’accès à la totalité de l’offre de Northwest, Delta, America West, United et US Airways, mais les agences doivent payer 0,80 $ par segment. Le GDS européen se base sur un montant de frais proche de celui fixé par ses concurrents (Galileo, Sabre, Worldspan).
Plusieurs réseaux d’affaires, dont Carlson Wagonlit Travel (CWT), ont décidé de répercuter le surcoût. Nous facturons à nos clients 2 $ par dossier, ce qui représente environ 0,4 % de la valeur du dossier, indique Hubert Joly, PDG du réseau. Les entreprises l’acceptent volontiers, puisque nous leur garantissons en échange l’accès à tous les tarifs. CWT a par ailleurs développé un outil interne Symphonie, qui donne à ses clients des accès directs aux compagnies sans supplément.
L’Europe n’échappera pas indéfiniment à cette révolution. Outre la pression des compagnies, le projet de réforme du Code de conduite des GDS avance à petit pas en Europe, et pourrait voir le jour en 2009. Les agences européennes (via l’Ectaa) l’ont fait ajourner, pour inciter la Commission européenne à mener une étude d’impact.
Mais la déréglementation, qui pourrait permettre aussi à chaque transporteur d’apparaître en tête sur les écrans s’il paie le prix fort (entraînant une perte de neutralité dans l’affichage), est à nouveau sur les rails. D’où l’actuelle période de consultations des acteurs de l’industrie (jusqu’au 27 avril). Galileo et Sabre ont déjà émis des réserves. Nous sommes opposés à une déréglementation tant qu’Amadeus sera détenu (à 47 %) par des compagnies aériennes, qui pourraient du coup favoriser le GDS, explique Claire Gagnaire, DG de Sabre France. Le risque majeur ? Qu’une compagnie actionnaire décide, sur son marché principal, de n’être plus distribuée que via Amadeus.
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