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Le ciel des Antilles se consolide

Corsair et Air Caraïbes partagent leurs codes pour mieux résister à l'environnement économique, malgré une embellie pour la destination Antilles. Signe d'un modèle économique aérien à bout de souffle ?

Les concurrents de toujours sous le ciel antillais deviennent des partenaires « en CDI ». Depuis le début de la semaine, Corsair et Air Caraïbes partagent leurs codes sur leurs réseaux transatlantiques pour des vols opérés à partir du 1er mai. « Ce dispositif permettra aux passagers de disposer jusqu'à trois vols par jour vers Pointe-à-Pitre et Fort-de-France » expliquent les deux compagnies. De plus, « les accords des deux transporteurs avec la SNCF dans le cadre de TGVAir vont nous permettre de mieux toucher la clientèle de province en proposant plus de correspondances », poursuit Sylvain Bosc, directeur marketing et réseau de Corsair. « Même s'il n'est pas neutre juridiquement, ce rapprochement est surtout emblématique, car les deux compagnies restent concurrentes et gardent leurs indépendances stratégiques et commerciales », poursuit-il.

Il est surtout guidé par des raisons impérieuses : « Le carburant n'a jamais été aussi cher, il peut représenter jusqu'à 80 % des coûts totaux » souligne Sylvain Bosc. Marc Rochet, président du directoire d'Air Caraïbes confirme : « la signature de ce partenariat garantit à la compagnie une maîtrise de ses coûts, élément essentiel dans la conjoncture actuelle. » « C'est l'instinct de survie qui parle », commente Gilbert Cisneros, DG d'Exotisme. « Pour un TO comme le nôtre, tout ce qui peut consolider nos partenaires est bon à prendre. Notre intérêt est de travailler avec des compagnies en bonne santé ». Michel Quenot, directeur TO de Look Voyages est plus circonspect : « Cette offre groupée Air Caraïbes/Corsair est intéressante surtout si elle nous permet d'offrir des durées de séjours différentes, d'être plus flexible, mais il n'est pas sûr que le consommateur s'y retrouve car les prestations à bord des deux compagnies ne sont pas équivalentes ».

 

UNE ACTIVITÉ EN CROISSANCE

 

Cet accord de code-share n'est pas le résultat d'une baisse de trafic, au contraire. Même si les mois de mai et juin s'annoncent difficiles compte tenu des élections présidentielles. « Nous avons augmenté notre capacité de 30 % cet hiver entre octobre et la mi-décembre pour une croissance encore plus forte du chiffre d'affaires » déclare le directeur marketing et réseau de Corsair. « Et cet été, notre budget prévoit encore plus de capacités ». Le marché business porte particulièrement la croissance du trafic : « les agences de voyages spécialisées affaires, comme Havas, CWT ou Amex sont les plus dynamiques », constate Sylvain Bosc. « Elles préconisent de plus en plus notre compagnie pour ses prix, mais aussi l'accès au salon, notre offre Grand large qui va être rénovée à partir de septembre et les vols directs ». Si le marché loisirs packagé ne représente que 20 % du CA de la filiale de TUI, elle n'en est pas moins porteuse : « La saison hiver antillaise a été record, à + 60 % en CA par rapport à l'hiver précédent. On a quasiment retrouvé les niveaux historiques de 2007-2008 », confirme le patron d'Exotismes. Malgré l'absence de visibilité pour cet été, les TO spécialistes ont quelques raisons d'espérer : « Le moyen-courrier est poussif, beaucoup vont vouloir aller chercher du CA et de la clientèle sur la zone Antilles-Caraïbes » devine Gilbert Cisnéros. Le marché semble si porteur que les professionnels s'inquiètent de la pénurie de chambres qui menace : « Avec la crise, de nombreux hôtels ont fermé comme Le Méridien, l'Anse des Rochers, l'ArawaK. Ce sont presque 1 000 chambres qui manquent à l'appel, » regrette Gilbert Cisnéros. Pour Look, la solution passera par l'ouverture d'un Lookéa l'hiver prochain en Martinique. « Il y a un vrai potentiel et de l'espace pour de l'hôtellerie loisirs avec une grosse demande en France », résume Michel Quenot.

Malgré ces bonnes tendances du marché, les compagnies sont donc toujours en recherche de rentabilité sur ces axes : la faute à un modèle économique dépassé ? « Avec un pétrole aussi cher, les compagnies doivent mettre en place des solutions alternatives pour maintenir leur rentabilité. On voit donc des choses inédites comme la mise en place de code-share entre Etihad et Air France et aujourd'hui Corsair et Air Caraïbes. Les cartes sont en train d'être redistribuées », glisse Sylvain Bosc.

 

L'arrivée d'un 5e Airbus A330 en fin d'année 2011 a autorisé un élargissement de l'offre.

 

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