La France en panne
L’an dernier, le nombre des touristes étrangers en France est resté identique à 2003, année au cours de laquelle les arrivées avaient reculé de 2,6 %. L’Ile-de-France tire son épingle du jeu.
La France séduit-elle encore les touristes étrangers ? Rien n’est moins sûr à la lecture des chiffres 2004 de fréquentation publiés mercredi par Léon Bertrand, ministre délégué au Tourisme. Certes, l’honneur est sauf ! L’Hexagone a accueilli l’année dernière 75 millions de visiteurs, un chiffre en hausse de 0,1 % par rapport à 2003, année au cours de laquelle le nombre d’arrivées avait pourtant accusé une baisse de 2,6 % par rapport à 2002. Mais cette performance est décevante car, dans le même temps, le nombre de touristes internationaux a progressé de 2 % dans les pays d’Europe occidentale et même de 10 points au niveau mondial, selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT).
Pour expliquer ces résultats décevants, le ministère délégué au Tourisme évoque le raffermissement continu de l’euro qui, selon lui, n’aurait pas permis aux pays européens de profiter autant que les autres régions du monde de la croissance du tourisme international. Le coût élevé de l’euro par rapport au dollar n’a toutefois pas empêché les Américains de revenir en France, à Paris mais aussi en Normandie (60 ans du Débarquement oblige) et sur la Côte d’Azur. Les Américains ont effectué un retour en force pour représenter 41 % du total de notre clientèle. Un chiffre passé à 71 % depuis le début de l’année !, témoigne Ralph Holt, directeur général de l’agence réceptive VIP Riveria.
Accueil médiocre et forte concurrence
La stagnation de la fréquentation étrangère s’expliquerait davantage par les difficultés économiques rencontrées par les Pays-Bas ou l’Allemagne (deux de nos principaux pays émetteurs), la qualité médiocre de l’accueil soulignée par le rapport Plasait remis au Premier ministre en juillet dernier, la concurrence exercée par la Tunisie, le Maroc et les nouvelles destinations d’Europe comme la Croatie, mais également par les prix élevés dénoncés par les visiteurs étrangers. Selon l’Insee, les prix dans les secteurs du tourisme ont progressé bien plus rapidement que pour l’ensemble des produits de consommation (+1,7 % en moyenne depuis cinq ans). Ainsi, les prix des hébergements (villages de vacances, camping…) ont augmenté de 3,7 % par an, celui des hôtels de 3,9 %, celui des restaurants de 2,4 % et celui des transports (train, aérien et maritime) de 1,9 %…
Pas étonnant dans ces conditions que le volume de nuitées consommées par les touristes étrangers soit en recul de 1 % par rapport à 2003 et de 4,6 % par rapport à 2002. Selon l’Insee, la fréquentation hôtelière a même reculé pour la troisième année consécutive entre mai et septembre 2004, avec un total de 94,7 millions de nuitées (-1 %). Un repli essentiellement dû au raccourcissement de la durée des séjours (-1,9 %). Pour compenser le prix du séjour en France, les étrangers seraient donc toujours aussi nombreux, mais resteraient moins longtemps !
L’Ile-de-France remonte la pente et retrouve la cote
On note cependant d’importantes disparités selon les régions. L’Observatoire régional du tourisme de Bretagne fait état d’une diminution de 12,1 % des nuitées étrangères pendant l’été, en raison du mauvais temps et de la désaffection des touristes britanniques et italiens. En Languedoc-Roussillon, où le nombre de nuitées a fléchi de 4,2 % pour l’ensemble de l’année, le CRT dénonce un raccourcissement de la saison estivale. Elle est de plus en plus concentrée sur les 15 premiers jours d’août et l’on observe une baisse générale des dépenses, explique Vivian Vidal, responsable de l’Observatoire régional du tourisme.
En Aquitaine, la fréquentation étrangère s’est, à l’inverse, redressée après une année 2003 il est vrai pénalisée par la pollution du Prestige. Pour autant, le constat est le même qu’ailleurs : Les touristes anglais et allemands sont moins nombreux, regrette Brigitte Bloch, directrice du Comité régional d’Aquitaine. Il n’y a que les Espagnols qui continuent à venir en masse. Pour sa part, la Côte d’Azur fait état d’une baisse de 5 % de la fréquentation étrangère sur l’ensemble de l’année. Si le nombre de nuitées des Américains dans les hôtels et les résidences a bondi de 17 %, celui des Allemands, des Italiens et des Anglais a respectivement reculé de 16, 10 et 1 %.
Dans ce sinistre état des lieux, Paris Ile-de-France (qui demeure la première région française d’accueil de touristes internationaux), est l’une des rares à avoir tiré son épingle du jeu avec une progression de 13,2 % des arrivées et de 5,1 % des nuitées. Il est vrai que 2003 avait été plus que médiocre. L’Observatoire régional du tourisme d’Ile-de-France note en particulier un retour significatif des Allemands, avec une progression de 26,3 %, ainsi que des Espagnols (+19,8 %). En revanche, les arrivées des Britanniques et des Italiens ont augmenté plus faiblement (+11,9 % et +7,8 %). Les touristes nord-américains ont également retrouvé le chemin de Paris (+12,7 %) avec une hausse particulièrement sensible entre avril et juillet. Enfin, outre la hausse des Japonais (+8,9 %), il faut noter la très forte progression de deux marchés émergents : le Proche et Moyen-Orient (2,1 % des arrivées étrangères) et celui d’Asie-Australie-Océanie (5,7 %), qui ont respectivement enregistré l’année dernière des progressions de 15 et 28,9 %. En attendant les Chinois…
Parier sur une multiplication des courts séjours
Pour Gérard Brémond, président de Maison de la France, ces évolutions soulignent plus que jamais l’émergence d’un monde à deux vitesses. Avec, d’un côté, des croissances très fortes aux Etats-Unis et en Asie, et de l’autre, la vieille Europe ou de nombreux pays, comme les Pays-Bas ou l’Allemagne, sont en proie à des difficultés économiques. Au final, quand on sait que deux tiers des touristes qui se rendent en France chaque année sont européens, on peut même considérer que le bilan 2004 est meilleur que ce que l’on aurait pu craindre, nuance-t-il.
Dans ce contexte, et alors que la guerre des prix est de plus en plus intense entre les pays, ce dernier estime que si la France souhaite renouer ces prochaines années avec une croissance durable, elle doit non pas parier sur un allongement de la durée des séjours, comme le préconise le gouvernement, – un pari perdu d’avance – mais sur une multiplication des courts séjours. Un enjeu qui impose aux professionnels du tourisme de se doter rapidement d’outils Internet performants et de travailler plus souvent ensemble. Un message bien compris par le Comité du tourisme d’Aquitaine, qui lancera à la fin de l’année un site recensant l’ensemble de l’offre touristique (hôtels, campings, restaurants, agences réceptives via un accès professionnel…) de la région, ainsi que les différents moyens pour s’y rendre.
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