L’attractivité de l’Europe en question
Le risque terroriste en Europe, après les attentats de Madrid, inquiète les voyagistes. Ils continuent néanmoins de parier sur la timide reprise amorcée.
Samedi 13 mars, gare d’Austerlitz à Paris. Le train Elipsos à destination de Madrid s’ébranle avec, à son bord, une dizaine d’agents de voyages réunis par Transeurope pour un éductour de cinq jours en Espagne. Malgré les attentats de l’avant-veille, le voyage d’étude a été maintenu. La preuve d’une confiance renouvelée envers la destination et un joli témoignage de solidarité du TO à l’égard de ses partenaires en Espagne. Nous ne devons pas céder à la panique, insiste Philippe Bertholet, directeur commercial France de Transeurope. Et ce d’autant que nos clients nous ont montré l’exemple. Aucune des 34 personnes en partance pour Madrid le week-end suivant les attentats n’a renoncé à son voyage. Nous acceptions pourtant des reports sans frais, conformément aux recommandations de l’association des TO.
A ce jour, aucun appel pour d’éventuelles modifications
Les attentats perpétrés dans quatre trains de banlieue arrivant en gare d’Atocha à Madrid le 11 mars, et qui ont coûté la vie à deux cents personnes, ont entraîné seulement deux défections lors de l’éductour de Transeurope, à la dernière minute. Parmi les partants, Marina Alves (Simplon Voyages à Bourges) est la seule à orchestrer le départ de plusieurs dizaines de clients vers l’Espagne d’ici octobre. En toute sérénité : Pour le seul mois de mai, nous avons plus de 80 clients regroupés sur deux départs en Andalousie. Or nous n’avons reçu, à ce jour, aucun appel en vue d’éventuelles modifications.
Même s’il est encore trop tôt pour mesurer l’impact des attentats de Madrid, Transeurope reste lui aussi plutôt confiant. Je reste surpris par le fossé qui existe entre la couverture médiatique et l’impact quasi nul – du moins pour l’instant – sur les ventes, commente Philippe Bertholet. En début de semaine, la plupart des TO français interrogés affichaient la même sérénité. Certes, les réservations vers l’Espagne tournaient au ralenti, jusqu’à -40 % chez Iberica, spécialiste de la destination, mais les annulations étaient très contenues, quelques dizaines au total.
L’Espagne est, de loin, la première destination touristique des Français (avec 8 millions de visiteurs l’an dernier), la première aussi de grands généralistes comme Fram (175 000 passagers en 2003). Mais Madrid n’est pas dans le top 10 des villes de courts séjours, rappelle la direction de la communication du TO.
Le tourisme espagnol assez fort pour amortir le choc
Ce sont les côtes espagnoles et les îles qui concentrent la demande. La situation sera plus claire fin juin, le plus gros de la clientèle réservant de plus en plus tard pour ses vacances balnéaires, remarque Christian Rochette, directeur de la communication du groupe Nouvelles Frontières. Pas sûr donc que l’Espagne pâtisse énormément de la désaffection des touristes.
C’est un événement considérable, admet Salvador Pernas, directeur adjoint de l’Office espagnol du tourisme en France, très touché par les témoignages de sympathie reçus. Mais à mon avis, le tourisme espagnol est suffisamment fort pour amortir le choc. Premier signal encourageant : le ministère français de l’Education nationale qui avait, au lendemain des attentats, demandé à toutes les académies de suspendre les voyages scolaires à destination de l’Espagne, a levé la consigne dès le 16 mars.
Plus que pour l’Espagne en particulier, c’est pour l’Europe en général et pour le tourisme urbain que les voyagistes s’inquiètent aujourd’hui en premier lieu. Alors qu’au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, l’Europe avait fait figure de destination refuge avec des courts séjours devenant une ligne de produits de substitution, c’est aujourd’hui le Vieux Continent qui semble être dans le collimateur des terroristes, avec des menaces sur l’Italie, la Grande-Bretagne, le Portugal et même la France.
Je m’attends pour le printemps à un ralentissement des ventes week-end dans les capitales européennes, reconnaît Philippe Sangouard, DG d’Euro Pauli. Un point de vue qui n’est pas partagé par tous. Nous n’avons pas pour l’instant senti de fléchissement, précise de son côté Laurence Berman-Clément, DG de Jet tours, dont la brochure Courts séjours a séduit 38 000 clients l’an dernier. Mêmes échos rassurants chez Donatello. Les ventes se poursuivent normalement, note Antonio d’Apote, PDG du voyagiste. Depuis le 11 Septembre, je craignais un tel événement en Europe. La différence, c’est que nous savons désormais que le danger est partout et les touristes sont beaucoup plus fatalistes.
Regarder le passé pour garder un espoir en l’avenir
Une analyse partagée par Francesco Frangialli, secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme, qui se dit raisonnablement optimiste en dépit de ce qui s’est passé à Madrid. Il y a maintenant une atmosphère d’insécurité en Amérique du Nord et en Europe. Il semble que ce qui s’est passé à Madrid fasse partie de ce climat général, que les voyageurs ont appris à prendre en compte. Dans la plupart des cas, ils repoussent seulement leur voyage.
Il est vrai que le Maroc, touché en mai dernier par les attentats de Casablanca, a enregistré malgré tout une croissance de 12 % de la fréquentation française en 2003, selon les chiffres du Ceto. De même, la Turquie semble promise à une belle croissance cet été en dépit des attentats d’Istanbul. L’Asie, très affectée l’an passé par le Sras, connaît elle aussi un joli rebond. Même la Tunisie, à la traîne depuis deux saisons, enregistre des prises de commande en forte croissance chez la plupart des TO. De quoi garder l’espoir donc, malgré tout.
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