Duel au sommet
Nouvelles dates, possibilité pour les visiteurs de fixer des rendez-vous… Top Resa entame sa mue, avant une révolution profonde du salon, annoncée pour l’année prochaine. Une manière pour le rendez-vous de Deauville de réagir à la nouvelle concurrence du MAP.
Depuis l’annonce, le 5 juin, de la création du MAP, le Monde à Paris, né du regroupement du Salon mondial du tourisme (SMT) et du MIT International, le tourisme est en ébullition. Les professionnels saluent ce rapprochement qui permettra de réduire la facture du poste salons. Nous économiserons environ 20 000 E sur les 160 000 consacrés annuellement au SMT, au MIT, à Top Resa et à divers salons régionaux, estime Jean-Pierre Mas, président d’Afat Voyages, qui n’entend pas faire l’impasse sur une des manifestations. Nous pourrons rationaliser nos prestations et être plus efficace. Cela évitera de se disperser, avec une année rythmée par un salon professionnel à Deauville et une manifestation mixte à Paris, ajoute Antoine Cachin, directeur général de Fram.
Toutefois, Reed Expositions, l’organisateur de Top Resa, entend réagir face à l’émergence de ce concurrent de poids, qui espère dès sa première édition attirer 15 000 professionnels (dont 2 000 étrangers), soit autant que le salon de Deauville, et 100 000 visiteurs grand public, aussi bien sur le créneau des voyages à l’étranger que le réceptif en France. Depuis l’arrivée de Vincent Lhoste au poste de directeur de Top Resa il y a quelques mois, Reed cogite. Une réflexion accentuée par la non-participation à l’édition 2007 de plusieurs voyagistes de renom, tels Kuoni, Marmara, Asia et Donatello, qui ont pour certains dénoncé le coût excessif et le retour sur investissement trop faible.
Premier changement notable cette année, le glissement de Top Resa dans la semaine, du mercredi au vendredi. Le salon normand, dont le côté festif avait repris le dessus ces dernières années, entend aussi remettre en avant son aspect professionnel. L’objectif est de travailler plus et mieux, précise Vincent Lhoste. Une dizaine d’espaces de travail, constitués de quelques tables et chaises, seront ainsi répartis sous le chapiteau.
Top Resa se remet au travail
Surtout, Top Resa se convertit à la prise de rendez-vous (le mercredi uniquement), adoptée par d’autres manifestations internationales. Ils pourront être réservés sur Internet dès fin juin. Les visiteurs pourront déposer des demandes d’entretien avec une société en général ou une personne en particulier. Nous devons mettre face à face les bons visiteurs et exposants, ajoute Vincent Lhoste.
Une visibilité accrue sera par ailleurs donnée aux différents métiers : le tourisme, le tourisme d’affaires, le voyage d’affaires, les nouvelles technologies et les acteurs du web (qui héritent d’un véritable village). Sans oublier, comme toujours, des conférences et formations. Le travail doit reprendre l’avantage sur le côté « Barnum », poussé par certains. Top Resa doit coller à la réalité économique de notre profession, avec plus de réceptifs et de prestataires, davantage de petits TO et de spécialistes, estime Jean-Pierre Mas.
Ditex, le sérieux avant tout
Cette orientation, loin de l’exubérance, est également revendiquée par Jean-François Alexandre pour le Ditex, le jeune salon de Saint-Tropez destiné aux responsables d’agences. Face à la guerre qui se profile entre le MAP et Top Resa, il met en avant son positionnement clair, une localisation dans le sud de la France, la prise de rendez-vous et des stands tout équipés. L’audience du Ditex reste toutefois confidentielle et la date de la prochaine édition (28-29 mars) , proche de celle du MAP, pourrait jouer en sa défaveur.
Top Resa joue gros pour sa prochaine édition, mais la véritable révolution n’est cependant pas attendue avant 2008, avec une nouvelle formule dont les grandes lignes seront dévoilées en septembre. Mêmes dates ou changement de calendrier, maintien à Deauville ou arrivée à Paris, manifestation professionnelle ou comportant une partie grand public… toutes les pistes ont été envisagées par Vincent Lhoste et Joël Gangnery, DG du pôle Hôtellerie, voyages et loisirs de Reed Expositions. Et les exemples étrangers passés à la loupe.
Si le site de Deauville est présenté comme exceptionnel, celui-ci affiche aujourd’hui ses limites en termes de superficie (le chapiteau installé sur l’hippodrome n’est pas extensible à l’infini) et de capacités hôtelières. Certains exposants ont d’ailleurs été priés de revoir à la baisse leurs exigences en matière de surface pour cette année. Pour autant, un déménagement à Paris apparaît problématique du fait de la place occupée désormais par le MAP, qui a su se glisser dans le calendrier des salons européens (juste derrière l’ITB de Berlin qui se déroulera du 5 au 9 mars 2008).
Le MAP pensé pour l’Europe
Notre salon représentera une économie d’échelle pour les professionnels étrangers qui font le tour de l’Europe, répond Gérald Duport, nouveau directeur commercial du MAP. Il sera organisé en trois parties : France, étranger, et un village pour les technologies avec Instant@anet. A l’intérieur, les stands seront regroupés par thématiques : croisière, bien-être, sports, culture, tourisme équitable… Pour les professionnels, le MAP proposera notamment des stands avec salon pour recevoir les clients, et envisage lui aussi la possibilité d’organiser des rendez-vous. Nos clients son emballés, précise Philippe Mugnier, DG d’Interface Tourisme, qui représente de nombreuses destinations (Equateur, Taiwan, Philadelphie, Abu Dhabi, Madagascar, Kenya…). Certaines ont déjà prévu de ne plus aller à Top Resa en 2008 car le salon n’a pas été capable de prendre le virage en matière de services, en plus des difficultés liées à l’hébergement. En revanche, rares sont les TO qui ont pris position à ce jour. Top Resa, MAP, ou les deux ? Tout est possible. Et ni Kuoni, ni Marmara, ni Asia, ni Donatello n’étaient joignables au moment de notre bouclage !
Face aux critiques
Ces critiques, Joël Gangnery les rejette fermement : Deauville n’est pas le problème. Le salon doit être considéré comme un investissement. Nous ferons la manifestation dont les agences de voyages ont besoin. Et de considérer que le MAP ne remplacera pas Top Resa auprès de cette cible. Il existait un équilibre entre le SMT et Top Resa. Le MAP veut attirer 15 000 professionnels, ce qui me semble ambitieux. Car les brochures d’été seront sorties depuis trois mois, et c’est la période de fortes ventes en agences. La date est inadéquate avec l’activité. Faut-il en conclure que Top Resa pourrait se positionner plus tôt dans l’année, dès janvier ? En attendant, nombreux sont les professionnels qui apprécient encore l’isolement normand, propice aux rencontres et aux échanges, y compris en soirée, en dehors du chapiteau…
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