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Didier Tappero : « Aircalin a besoin d’une aide d’ici la fin de l’année 2021 »

Malgré des finances saines et des aides gouvernementales, Aircalin a un besoin urgent de liquidités, nous confie Didier Tappero, directeur général de la compagnie.

L’Echo touristique : Quelle est la situation d’Aircalin depuis le début de la crise ?

Didier Tappero : Tout d’abord, il faut savoir qu’Aircalin, avant la crise, n’était pas une compagnie moribonde. Elle n’était pas du tout en mauvaise situation financière. Les cinq derniers exercices étaient bénéficiaires. Créée en 1983, la compagnie a pour actionnaire majoritaire le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie (99,4%).

Dès le début de la crise nous avons procédé à des mesures d’économie générale. Depuis le 1er janvier 2020, il y a eu plus de 100 départs au sein de l’entreprise. La diminution des effectifs atteint 20% au global – soit -17% pour le sol et -26% pour les PN – entre l’effectif estimé en début d’année et l’effectif prévisionnel du budget 2021. Quasiment tous les effectifs ciblés au Plan de départ volontaire ont quitté l’entreprise. Au total, par rapport à 2019, la masse salariale aura baissé de 22,5% en 2020 et baissera de 27,5% en 2021.

Les charges fixes hors masse salariale ont fait l’objet de renégociation avec pour résultat une baisse de 10,2%. Mais malgré toutes ces mesures prises et bien d’autres, la situation devient intenable. Sur l’année 2020, la compagnie a perdu 68% de son trafic passager et 46% de son chiffre d’affaires, en incluant la convention Nouvelle-Calédonie.

Concrètement Aircalin est-elle en danger ?

Didier Tappero : Nous avons de quoi voir venir jusqu’à fin 2021. Mais au-delà cela risque d’être compliqué pour nous. La compagnie a obtenu un PGE d’un montant correspondant à 25% du chiffre d’affaires 2019, soit 40 millions d’euros. Sur les 20 derniers mois, nous avons tenu avec seulement 20% de notre CA. Là nous arrivons vraiment au bout de nos réserves. Nous ne voulons pas redemander un PGE car nous estimons que la reprise sera lente et redemander un prêt pour nous n’est pas la bonne solution. Une aide complémentaire de l’État, au-delà du PGE contracté en 2020, sera nécessaire. J’ai rendez-vous avec les directeurs de cabinet du ministère des Transports et du ministère de l’Économie et des Finances pour en parler. Avec une reprise de l’ordre de 40% du CA 2019 en 2022, nous nous calons sur une aide allant entre 3 et 5 mois du CA de 2019. Ce qui est certain, c’est qu’il nous faudra une aide d’ici la fin de l’année sauf à obérer le futur d’Aircalin dès 2022.

C’est une compagnie importante car elle permet le désenclavement de la Nouvelle Calédonie. Mais c’est aussi une compagnie stratégique. C’est la seule compagnie française qui relie les trois territoires français du Pacifique sud (Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna et la Polynésie). On peut imaginer que la place sera prise par les compagnies asiatiques…

Nos avions permettent de relier directement la France, c’est quelque chose que nous regardons.

Paradoxalement, la situation sanitaire de la Nouvelle-Calédonie est très bonne…

Didier Tappero : Nous avons pu imposer des contrôles très stricts car la santé relève du gouvernement calédonien. Après le premier confinement au mois de mars, de 4 à 5 semaines, la vie est vite revenue à la normale. Malgré une nouvelle alerte il y a un peu plus d’un mois, avec un confinement de 3 semaines, il n’y a désormais plus de cas. L’économie fonctionne un peu mais en aucun cas le tourisme ni le transport aérien. De toute façon, le Japon, la Nouvelle-Zélande et l’Australie sont fermés. Or ce sont nos plus gros pourvoyeurs de touristes avec la France. Malgré le peu de cas ici, nous suivrons le mouvement et rouvrirons nos frontières quand ces pays seront prêts à le faire.

Quels sont les axes de développement de la compagnie ?

Didier Tappero : En 2019, la compagnie a renouvelé sa flotte long-courrier en accueillant deux A330neo et en décembre 2020, elle a réceptionné le premier A320neo d’une commande de deux avions. La livraison du deuxième a été décalée à septembre 2023. Au moment du redémarrage, ces avions seront un atout, un avantage grâce aux économies de carburant. Nous allons développer les pays forts sur lesquels nous sommes déjà présents : Japon, Australie, Nouvelle-Zélande et la France. Nous pensons à Singapour,c’est un hub intéressant pour les Calédoniens. Et puis nos avions permettent de relier directement la France, c’est quelque chose que nous regardons. C’est un élément qui peut être intéressant pour la progression touristique de la Nouvelle-Calédonie.

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